Le déploiement des guichets d’accès aux soins de première ligne reporté

De plus en plus sollicités, ces nouveaux guichets ont connu des ratés dans les dernières semaines.
Photo: iStock De plus en plus sollicités, ces nouveaux guichets ont connu des ratés dans les dernières semaines.

Le ministre Christian Dubé avait promis au printemps que les guichets d’accès à la première ligne (GAP), une mesure phare de son plan de réforme du réseau public de santé, seraient complètement déployés partout au Québec d’ici le 1er septembre. Le Devoir a appris que cette date d’échéance venait d’être repoussée d’un mois.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) demande maintenant aux GAP des diverses régions d’être pleinement fonctionnels « en septembre ». « Ça pourrait être le 30 septembre, dépendamment des établissements de santé », reconnaît la porte-parole du MSSS Marie-Hélène Émond. « On ne veut pas créer de fausses attentes [dans la population]. »

Lancés en juin, les GAP visent à offrir aux patients orphelins — en attente d’un médecin de famille ou bien inscrits à un groupe de médecins de famille — le bon soin au bon moment par le bon professionnel.

De plus en plus sollicités, ces nouveaux guichets ont connu des ratés dans les dernières semaines. Une patiente a rapporté avoir attendu quatre heures sur la ligne téléphonique du GAP de l’Estrie sans réussir à parler à quelqu’un.

La Côte-Nord a décidé de reporter au 19 septembre le déploiement complet de son GAP afin d’éviter que son système « plante », indique le chef de son Département régional de médecine générale, le Dr Roger Dubé. Le GAP de la région manque de personnel. Au total, trois infirmières doivent y être affectées en septembre, mais l’une d’elles doit retourner dans son ancien poste pendant quelques semaines afin d’aider ses ex-collègues. Selon le Dr Dubé, la cible du 1er septembre — une promesse qu’il qualifie de « politique » — ne tenait plus la route dans le contexte. « Je veux respecter les échéanciers qu’on me donne, dit-il. Mais on va être humains, on va respecter notre monde aussi. »

Malgré le changement de date, le CISSS de l’Outaouais dit, de son côté, garder le cap sur le 1er septembre.

Le CISSS de Chaudière-Appalaches assure pour sa part qu’il respectera la nouvelle échéance du 15 septembre. Il précise que quatre employés doivent entrer en fonction au GAP le mois prochain. Quatre nouveaux postes seront aussi créés lors du prochain affichage.

Scepticisme chez les patients

 

Le Regroupement provincial des comités des usagers estime que le gouvernement doit arrêter de faire des annonces s’il « n’est pas en mesure de respecter ses engagements » sur le terrain. « On nous indique qu’on va avoir une prise en charge par une équipe », dit leconseiller stratégique Marc Rochefort. « On est déjà en pénurie d’employés dans les hôpitaux, dans les CLSC, les CHSLD. On va les prendre où, ces effectifs psychosocial, médical et infirmier, pour travailler dans les différents GAP ? »

Selon M. Rochefort, les patients « ne croient pas » en ce nouveau « gadget » qu’est le GAP. « C’est comme si les gens éprouvent le sentiment qu’ils sont abandonnés derrière tout ça. »

Le président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet, estime que les CIUSSS et les CISSS doivent profiter du délai supplémentaire pour corriger les problèmes de leur GAP. « Les appels téléphoniques rejetés, les appels sans réponse, les rendez-vous donnés très loin de là où la personne habite… Et surtout, l’intervalle maximal de 72 heures non respecté [pour un besoin urgent], c’est une promesse », souligne-t-il.

Selon lui, un seul « chiffre magique » indiquera si les nouveaux guichets fonctionnent. « Si les gens continuent d’aller à l’urgence et que le nombre de patients ambulatoires ne diminue pas, ça voudra dire que le système [du GAP] est rébarbatif, qu’il n’est pas pratique ou que les gens ne réussissent pas à voir un professionnel de la santé entre 36 et 72 heures comme promis », dit Paul Brunet.

Pour le moment, les GAP n’ont pas d’effet sur les urgences, selon le président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec, le Dr Gilbert Boucher. « Il y a encore beaucoup de patients qui nous disent qu’ils n’ont pas réussi à avoir des rendez-vous ou des services ailleurs », relève-t-il.

Environ la moitié des quelque 10 000 visites à l’urgence sont des cas moins urgents ou non urgents, indique le tableau de bord du MSSS.

Pas encore à leur plein potentiel

Les GAP sont encore loin d’avoir atteint leur plein potentiel, selon la cheffe du Département régional de médecine générale de Montréal, la Dre Ariane Murray, responsable du déploiement des GAP. Actuellement, les patients renvoyés à un professionnel sont souvent dirigés vers des médecins de famille.

La Dre Murray s’attend d’ailleurs à ce que cette situation perdure « au début des premières phases des GAP ». « Quand ça fait trois, quatre ou cinq ans que tu es au guichet [d’accès à un médecin de famille] et que tu n’as pas eu de renouvellement de médicaments, un moment donné, tu as besoin d’une évaluation par un médecin de famille », dit-elle.

Elle estime que dans un monde « idéal », une dizaine de types de professionnels seraient facilement accessibles grâce au GAP. Les Québécois devront toutefois faire preuve de patience pour que cette « innovation » puisse se développer, soutient la Dre Murray. « Ça va prendre encore un peu plus de temps avant ­[que les patients aient] un réel accès, de façon significative, à d’autres professionnels comme des physiothérapeutes, des psychologues, des travailleurs sociaux. »

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