Un été critique dans les urgences

La septième vague a entraîné l’absence de nombreux employés, ce qui a contribué à diminuer le nombre de lits disponibles. Mais bien des travailleurs de la santé ont aussi le moral à plat dans les urgences du Québec.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir La septième vague a entraîné l’absence de nombreux employés, ce qui a contribué à diminuer le nombre de lits disponibles. Mais bien des travailleurs de la santé ont aussi le moral à plat dans les urgences du Québec.

L’Hôpital Anna-Laberge à Châteauguay, le Centre hospitalier régional de Lanaudière, l’Hôpital général juif à Montréal, l’Hôpital de Mont-Laurier, l’Hôpital de Sept-Îles … La liste des urgences dont le taux d’occupation frôle ou dépasse les 200 % ne fait que s’allonger depuis une semaine.

L’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec (ASMUQ) estime que la situation est pire que l’été dernier, malgré un achalandage équivalent. « Il y a plus de congestion », dit son président, le Dr Gilbert Boucher.

Il explique que le nombre de patients qui se trouvent aux urgences en attente d’une admission aux étages d’hospitalisation est plus élevé cet été que l’an dernier sur l’île de Montréal : 260 chaque jour en moyenne entre le 27 juin et le 22 août, contre 199 durant la même période l’année dernière.

Pourquoi autant de malades coincés aux urgences ? Car il manque de lits dans les étages. En effet, des patients qui ne requièrent plus de soins hospitaliers doivent demeurer à l’hôpital en attendant d’obtenir une place en CHSLD ou dans une autre ressource.

« À l’été 2022, 689 lits dans les hôpitaux de Montréal étaient occupés en moyenne par des patients de niveaux de soins alternatifs [donc, pas hospitaliers,] pour environ 5000 lits au total, indique le Dr Boucher. Ils étaient 523 en moyenne l’été dernier. »

La septième vague a entraîné l’absence de nombreux employés, ce qui a contribué à diminuer le nombre de lits disponibles.

Selon le Dr Boucher, les urgences ne peuvent absorber seules ce lot de patients devant être hospitalisés. « Quand on regarde ce qu’on peut faire en ce moment, c’est pas magique, affirme-t-il. On n’aura pas plus d’employés. Mais une solution facile à court terme, c’est de dire “tout le monde prend un ou deux patients de plus” sur son étage. »

Un été « très difficile » en Montérégie-Ouest

Bien des travailleurs de la santé ont le moral à plat dans les urgences du Québec. Selon la FIQ – Syndicat des professionnelles en soins de Montérégie-Ouest, l’été a été « très difficile ». Le taux d’occupation était de 219 % à l’urgence de l’Hôpital Anna-Laberge mardi après-midi, et de 147 % à l’Hôpital du Suroît.

« Il y a du temps supplémentaire et du temps supplémentaire obligatoire en grande quantité un petit partout dans notre réseau », signale son secrétaire-trésorier, Maxime Laforce.

Les deux hôpitaux souffrent d’une grave pénurie de personnel. À l’Hôpital Anna-Laberge, une unité de médecine a dû être fermée en avril, faute d’employés suffisants. « La population dans la Montérégie-Ouest grandit beaucoup, que ce soit à Valleyfield, Vaudreuil-Dorion et Châteauguay, ajoute Maxime Laforce. Les urgences n’ont jamais un taux d’occupation en bas de 125 % ou 150 %. »

Les hôpitaux de Saint-Eustache et Saint-Jérôme avaient respectivement des taux d’occupation de 163 % et 164 % mardi après-midi. Ce taux a atteint 220 % à celui de Mont-Laurier en journée.

« La région des Laurentides est en pleine expansion, dit Dominic Presseault, président du Syndicat des travailleuses et travailleurs des Laurentides en santé et services sociaux – CSN. On ne réussit juste plus à fournir, même en période tranquille. Ça n’a pas lâché depuis le printemps. »

Il y a deux semaines, le CISSS des Laurentides a demandé à « la population d’éviter toutes les urgences de la région », en raison des « hauts taux d’occupation ». Il a invité les gens « ayant des problèmes de santé non urgents à opter pour d’autres solutions que de se rendre à l’hôpital », et a réitéré cette consigne du 19 au 22 août pour l’Hôpital régional de Saint-Jérôme seulement.

Selon Dominic Presseault, « beaucoup » de gens hospitalisés sont en attente d’hébergement dans les Laurentides, ce qui engorge les urgences. Des travailleurs de la santé sont aussi en vacances. « On a encore deux semaines à peu près à passer au travers, estime-t-il. Le personnel va revenir. »



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