Un externe en médecine sur six aurait songé au suicide dans la dernière année

Plus de 15% des étudiants au premier cycle admettent avoir eu des idées suicidaires depuis le début de leur parcours, selon une enquête.
Photo: Alice Chiche Archives Le Devoir Plus de 15% des étudiants au premier cycle admettent avoir eu des idées suicidaires depuis le début de leur parcours, selon une enquête.

Plus du tiers des étudiants au doctorat de premier cycle en médecine estiment que leur santé mentale s’est détériorée depuis le début de leurs études. À tel point que, chez les externes, environ une personne sur six a songé au suicide dans la dernière année, révèle un tout récent sondage de la Fédération médicale étudiante du Québec (FMEQ) obtenu par Le Devoir.

« On dirait qu’on n’arrive pas à diminuer ces données de détresse là chez les étudiants », soulève Florence Morissette, étudiante en médecine et déléguée au bien-être de la FMEQ de juillet 2021 à juillet 2022. Et ce, malgré les ressources psychologiques mises en place au fil des années.

Plus de 15 % des étudiants au premier cycle — qui inclut l’apprentissage préclinique et en externat — admettent avoir eu des idées suicidaires depuis le début de leur parcours, selon l’enquête menée en avril et en mai derniers auprès de 764 répondants des quatre facultés de médecine du Québec.

Cette proportion est presque doublée si l’on isole le groupe des étudiants à l’externat (une période intense de stages de deux ans). Parmi ceux-ci, un étudiant sur quatre aurait pensé au suicide depuis son entrée en médecine — le même taux qui avait été rapporté par un sondage de la FMEQ réalisé en janvier et en février 2020.

La santé mentale de Maxime Bell, qui entamera sa troisième année en médecine l’automne prochain, en a pris un coup lors de son entrée dans le programme. La pandémie, jumelée au passage du cégep aux études universitaires et au stress des premiers examens, a contribué à cette « passe plus difficile », raconte l’étudiant de l’Université de Sherbrooke, qui songe à devenir psychiatre.

La santé mentale des jeunes adultes et des adolescents en général a été grandement affectée par la pandémie, soulève Nicholas Chadi, pédiatre et clinicien-chercheur spécialisé en médecine de l’adolescence et en toxicomanie. Dans cette population, les symptômes anxieux et dépressifs augmentent d’ailleurs de façon assez constante depuis les 15 dernières années en Amérique du Nord, souligne-t-il.

En ce qui concerne les étudiants en médecine, ces derniers font partie de la « grande famille des professionnels de la santé », dont le milieu de travail et la vie ont été ébranlés par la COVID-19, note le Dr Chadi.

La pandémie est « éprouvante » pour le réseau de la santé et les étudiants en médecine, reconnaît David Eidelman, président de la Conférence des doyens des facultés de médecine du Québec. Mais « les études médicales posent toujours de grands défis, même en temps normal », nuance-t-il. Il estime toutefois que certains résultats du sondage sont « préoccupants ».

Épuisés par la charge de travail

 

Selon Florence Morissette, cette détresse « est surtout liée aux sources de stress des étudiants en médecine ». Parmi les facteurs stressants cités par les répondants, le manque de temps se hisse au premier rang (64,8 %), suivi de la charge de travail (60,7 %) et des résultats scolaires (60,3 %).

Près de 63 % des futurs médecins disent se sentir épuisés par leur charge de travail au moins une fois par semaine. Parmi eux, plus de 12 % ressentent ce poids au quotidien.

En période d’examens, la charge de travail est si importante qu’il peut arriver aux étudiants en médecine de sauter des repas et de ne dormir que cinq heures par nuit, raconte Maxime Bell. « On étudie tard, on se réveille tôt et on recommence le lendemain », dit l’étudiant de 20 ans. Ce dernier relève que ces comportements sont « d’autant plus ironiques de la part de futurs professionnels de la santé ».

Pour Florence Morissette, le « nerf de la guerre » dans la réduction de l’épuisement et de la détresse des futurs médecins serait l’amélioration des conditions de stage. « Je pense que les étudiants en ont beaucoup sur les épaules avec les longues heures de stage, le fait d’être toujours évalués et de devoir toujours performer. »

D’un autre côté, les facultés estiment que les étudiants doivent se préparer à avoir une lourde charge de travail lorsqu’ils seront médecins — « ce qui n’est pas totalement faux non plus », note-t-elle.

Besoin d’aide ? N’hésitez pas à appeler la Ligne québécoise de prévention du suicide : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Pour obtenir de l’aide concernant votre santé mentale ou celle d’un proche, n’hésitez pas à contacter le service Info-Social 811.

Des étudiants préoccupés par l’état du système de santé

Même si son parcours « se passe vraiment bien » jusqu’à présent, l’étudiante en médecine Anne-Marie Turcotte redoute le début de son externat. Surtout avec le manque de personnel dans le réseau de la santé, qui a été exacerbé durant la pandémie. « Essayer d’apprendre notre futur métier avec des patrons qui sont déjà débordés, ça risque d’être tout un défi », souligne la femme de 22 ans.

Pour Christina-Maria Maalouf, étudiante en médecine à l’Université de Montréal, les lacunes du système de santé mises en lumière par la crise de la COVID-19 donnent d’ailleurs « une idée de l’ampleur du travail à faire ».

Besoin d’aide?

N’hésitez pas à appeler la Ligne québécoise de prévention du suicide : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553). Pour obtenir de l’aide concernant votre santé mentale ou celle d’un proche, n’hésitez pas à contacter le service Info-Social 811.



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