Le CHU de Québec face à de «graves difficultés» de main-d’oeuvre

Confronté à une pénurie de personnel criante, le CHU de Québec demande aux travailleurs de la santé atteints de la COVID-19 de revenir au travail avant la fin de leurs 10 jours d’isolement.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Confronté à une pénurie de personnel criante, le CHU de Québec demande aux travailleurs de la santé atteints de la COVID-19 de revenir au travail avant la fin de leurs 10 jours d’isolement.

Le CHU de Québec sonne l’alarme. L’établissement de santé fait face à une sévère pénurie de main-d’oeuvre et doit mettre en place des mesures « exceptionnelles » pour assurer les soins de la population qu’il dessert. Les soignants atteints de la COVID-19 devront retourner au travail après cinq jours d’isolement, et non plus dix jours ; les employés positifs et aptes à travailler pourront même reprendre le collier sans s’être isolés cinq jours.

Pas moins de 416 employés du Centre hospitalier universitaire de Québec sont atteints de la maladie, soit trois fois plus qu’il y a un mois. À ce nombre s’ajoutent les soignants qui sont en vacances — « bien méritées », a-t-on insisté.

Or, les cinq urgences de l’établissement de santé débordent. « Nous avons 12 % de plus de patients en ambulatoire [qui ne sont pas sur civière] qu’en avril », a signalé la p.-d.g. adjointe du CHU, Danielle Goulet, en point de presse vendredi. La pression est grande sur le personnel, qui doit faire des heures supplémentaires, parfois obligatoires, a-t-elle précisé.

« Pour assurer des services, la décision qu’on a prise, c’est de décréter que nous sommes en compromissions importantes et persistantes de soins, et de procéder au retour au travail de travailleurs de la santé qui sont positifs à la COVID », a indiqué le Dr Stéphane Bergeron, directeur des services professionnels et des affaires médicales. Des soignants infectés — asymptomatiques ou souffrant d’un léger mal de gorge, par exemple — pourront ainsi revenir au travail avant la fin de leur isolement de cinq jours s’ils jugent être aptes à le faire.

Leur retour sur le plancher se fera de façon « réfléchie », a affirmé le Dr Bergeron. « On sait que cela comporte un risque, mais ce risque, on essaie de le mitiger. » Ces soignants porteront un masque N95 « en tout temps ». Ils devront aussi prendre leurs pauses et leurs repas dans une salle de repos qui leur est réservée. « Ces travailleurs de la santé, lorsqu’ils vont être dans nos murs, on va tenter le plus possible de les affecter aux soins de patients atteints de la COVID-19 », a-t-il ajouté. Ils ne pourront pas, par exemple, traiter des patients immunodéprimés ou travailler dans des zones « sanctuaires » comme les unités néonatales, de greffe et d’hémato-oncologie.

« Nous sommes persuadés que, vu les circonstances, si nous n’adoptons pas cette mesure, on va défaillir dans notre capacité à répondre aux soins de ceux qui en ont besoin », a affirmé le Dr Bergeron.

Le CHU de Québec procède également à du délestage dans ses blocs opératoires. « On roule habituellement à 70 % l’été. Actuellement, on est davantage à 60 % », a indiqué la p.-d.g. adjointe de l’établissement, Danielle Goulet.

Selon elle, les mesures mises en place pourraient être modifiées si l’achalandage diminue aux urgences. Les travailleurs infectés ne seraient alors plus sollicités avant la fin de leurs cinq jours d’isolement.

Le syndicat qui représente les infirmières et les inhalothérapeutes du CHU de Québec espérait un peu de répit pendant l’été. « Nous savions que ce serait difficile, regrette sa présidente, Nancy Hogan. Mais pas à ce point-là. »

Au cours des derniers jours, explique-t-elle, une cinquantaine de personnes contractaient quotidiennement la COVID-19 au sein des équipes du CHU — une hécatombe qui s’ajoute aux 800 infirmières qui manquent pour pourvoir tous les postes du travail depuis l’avènement de la pandémie, selon Mme Hogan.

« On dirait qu’on s’enfonce toujours un peu plus dans les problèmes, déplore-t-elle. Sans temps supplémentaire, on ne fonctionnerait tout simplement pas. »

Urgences chargées

 

En point de presse, la direction du CHU de Québec a invité la population à d’abord recourir aux tests de dépistage rapide en présence de symptômes de COVID-19. Elle leur a rappelé les consignes de la Santé publique en cas d’infection (isolement cinq jours, port du masque les cinq jours suivants, distanciation, etc.).

L’établissement de santé a souligné que le port du masque reste requis dans ses installations. Onze éclosions, touchant des patients et du personnel, sont « actives » au sein de ses diverses unités. Du « dépistage de masse » est d’ailleurs en cours, a précisé Mme Goulet.

À l’instar d’autres hôpitaux, le CHU de Québec demande aux gens d’éviter de se présenter aux urgences si leur cas n’est « pas urgent ».

De son côté, le CISSS des Laurentides a signalé vendredi « de hauts taux d’occupation dans les urgences » de Mont-Laurier, Saint-Eustache, Saint-Jérôme, Lachute, Sainte-Agathe-des-Monts et Rivière-Rouge. L’organisation demande donc à la population ayant des problèmes non urgents « d’opter pour d’autres solutions que de se rendre à l’hôpital » : médecins de famille, guichet d’accès à la première ligne (GAP), pharmaciens ou Info-Santé 811, par exemple.

Les services de l’urgence de l’hôpital de Rivière-Rouge sont d’ailleurs déjà réduits de 20 h à 8 h tous les jours « en raison d’un manque de personnel en imagerie médicale », a précisé le CISSS par communiqué.

Avec Sébastien Tanguay

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