Le point sur les sous-variants BA.5 et BA.4

Les Québécois s’attendaient à une accalmie pandémique cet été. À un bain de soleil loin du virus de la COVID-19 et de ses multiples variants. Ils ont plutôt été happés, à l’orée de leurs vacances, par une septième vague, alimentée par BA.5 et BA.4. Le Devoir fait le point sur ces nouveaux sous-variants avec quatre experts.

Pourquoi les variants BA.5 et BA.4 se propagent-ils aussi rapidement, bien que ce soit l’été ?

Le SRAS-CoV-2 ne connaît pas de « saisonnalité » comme les virus respiratoires qui se transmettent « principalement durant l’hiver » (comme le virus respiratoire syncytial ou celui de l’influenza, par exemple), indique le Dr Donald Vinh, microbiologiste-infectiologue au Centre universitaire de santé McGill. « On a présumé que la COVID-19 se transmettrait peu durant l’été parce qu’elle est causée par un virus “respiratoire”, dit-il. On a mal jugé son comportement. »

Depuis le début de la pandémie, le Brésil, l’Amérique du Sud, le Texas et la Floride ont été frappés par d’importantes vagues de COVID-19, et ce, « en pleine chaleur », rappelle Nathalie Grandvaux, directrice du Laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du Centre hospitalier de l’Université de Montréal.

La forte transmission actuelle s’explique par divers facteurs. BA.5 et BA.4 sont plus transmissibles que les autres sous-variants ; ils seraient même presque aussi contagieux que le virus de la rougeole. « Avant, on disait que ça prenait au moins 15 minutes passées dans un endroit mal ventilé avec une personne infectée pour être contaminé, dit Nathalie Grandvaux. Aujourd’hui, si on échange avec quelqu’un qui est contagieux dans un endroit mal ventilé durant quelques minutes, on a toutes les chances d’être contaminé. »

Les mesures sanitaires, comme l’obligation de porter le masque dans les commerces et les transports en commun, ont aussi été levées avant l’été. « Il n’y a plus aucune barrière dans la société, dit le Dr Karl Weiss, président de l’Association des médecins microbiologistes-infectiologues du Québec. Le trafic aérien mondial revient quasiment à un état prépandémique. Le nombre de cas augmente tout simplement parce que les contacts sont intenses. »

BA.5 et BA.4 parviennent également à échapper à l’immunité conférée par une autre infection ou le vaccin contre la COVID-19. Ces nouveaux sous-variants ont subi des mutations, et les anticorps développés par le passé sont moins efficaces pour les contrer.

Demeure-t-on contagieux plus longtemps avec BA.5 et BA.4 ?

« Avec Omicron, on avait espéré qu’au bout de cinq jours, la contagiosité était finie, ce qui n’est vraiment pas le cas, répond la Dre Caroline Quach-Thanh, microbiologiste-
infectiologue au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine. On demeure contagieux pendant 10 jours, comme avant. » La donne ne change pas avec BA.5 et BA.4.

D’après le Dr Vinh, ces sous-variants pourraient toutefois nécessiter une période d’isolement plus longue que 10 jours. « Il se peut que l’élimination du virus soit un petit peu plus lente, à cause de la charge virale élevée de BA.5 », avance-t-il.

Le Dr Weiss croit au contraire qu’un « changement de paradigme » s’impose en ce qui a trait à l’isolement des personnes infectées. Actuellement, la Santé publique recommande à la population de s’isoler complètement pendant cinq jours, puis de porter un masque « lors de toute interaction sociale » les cinq jours suivants. Les activités « en public non essentielles », comme les sorties au restaurant, chez des amis ou dans des festivals, sont alors à éviter.

« On a des travailleurs de la santé triplement vaccinés qui obtiennent un test positif, qui ne sont quasiment pas malades et qu’on met à l’écart du système hospitalier pour 10 jours, déplore le Dr Weiss. On annule des opérations, on annule des activités. » Le médecin rappelle que les travailleurs ne restent pas à la maison pendant 10 jours lorsqu’ils sont atteints d’une grippe. « Il va falloir revoir la façon dont on perçoit, d’un point de vue sociétal, la COVID, et comment on vit avec. C’est clair qu’on ne se débarrassera pas du virus de sitôt. »

 
 

La maladie est-elle moins grave lorsque causée par une infection à BA.5 ou à BA.4 ?

Difficile de répondre à cette question avec les données récoltées au Québec. Les tests PCR étant réservés à certaines catégories de la population (les travailleurs de la santé et les aînés, notamment), on peine à véritablement quantifier le nombre de personnes contaminées. Impossible, donc, de connaître la proportion exacte d’individus qui se retrouvent à l’hôpital en raison de ces nouveaux sous-variants.

« Malgré la quantité de gens qui sont infectés présentement, le nombre d’hospitalisations augmente, mais pas à la même vitesse que le nombre de cas, observe la Dre Quach-Thanh. Donc on a l’impression qu’en matière de sévérité, ce n’est pas à la même hauteur que la souche ancestrale de 2020. »

Le Dr Vinh juge qu’il n’est « pas clair si le BA.5 cause une maladie plus sévère ». « La gravité de la maladie ne dépend pas exclusivement du virus, mais aussi de l’immunité acquise par la population et par l’individu [touché] », explique-t-il.

Une « grosse partie de la population a été vaccinée et a déjà [eu] la COVID-19 », rappelle le Dr Weiss. « Sur le nombre total de gens infectés, la maladie sévère qui va entraîner une hospitalisation directe en lien direct avec la COVID, le décès ou des complications majeures, c’est un phénomène relativement très rare, même si ça existe, malheureusement », affirme le médecin, qui pratique à l’Hôpital général juif de Montréal.

Pour mieux détecter les variants et évaluer leur dangerosité, le Québec doit se doter de meilleures infrastructures, croit le Dr Vinh. « Si on regarde les données en ligne de l’[Institut national de santé publique du Québec] sur les variants, ça date du 19 juin ! »

Le Dr Vinh invite d’ailleurs la Santé publique et le gouvernement Legault à ne pas voir la possible remise en place de mesures sanitaires « comme un échec », dit-il. Il cite en exemple un patient qui ne fait plus d’hypertension grâce à un médicament. « On peut cesser le médicament, si on voit que la pression reste normale. Mais si on la voit remonter, on va recommander le médicament. C’est la même chose pour les mesures de santé publique. »

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