Un entretien avec Michel Rivard - Le rire du crocodile

Notre journaliste Carole Vallières en compagnie de Michel Rivard.
Photo: Notre journaliste Carole Vallières en compagnie de Michel Rivard.

Michel Rivard a passé tout juillet sur la Côte-Nord, à donner des spectacles intimes que les gens reçoivent comme un cadeau. Après nous avoir inquiétés parce qu'il avait dû annuler ses engagements à Studio TV5, le voilà qui promène son maudit bonheur dans la natureÉ

Michel Rivard. Il fallait que j'arrête, même si ça m'a fait beaucoup de peine. J'ai fait une rechute d'un problème qui a commencé il y a cinq ans. Je m'étais mis à tousser, en dehors de tout rhume ou grippe. J'étais en tournée à ce moment-là. Je suis allé voir des médecins. Ça a été du diagnostic le plus évasif — où on m'a donné des échantillons de Bénylin — à un qui m'a déclaré asthmatique, tout de suite. Alors là, les pompes. Je toussais de plus en plus, j'allais de diagnostic en diagnostic. C'était une période difficile dans ma vie. Mes problèmes personnels se sont réglés, alors j'ai eu une petite lueur d'espoir — peut-être que je vais arrêter de tousser. Car, moi, je crois que cette maladie est venue à cause du stress et des tensions.

Sauf que mon bonheur retrouvé n'a rien réglé et j'ai abouti chez un éminent pneumologue de l'Hôtel-Dieu, Dr Leduc, qui m'a fait passer tous les testsÉ pour m'apprendre que je faisais une sarcoïdose. Ce n'est ni cancéreux ni viral, ils ne savent pas d'où ça vient, ils n'ont pas localisé l'origineÉ et ça se résorbe avec la cortisone. Ça se manifeste de différentes façons, moi c'était de petites taches sur les poumons. Maintenant, semble-t-il que c'est parti. J'ai fait confiance au Dr Leduc, et je lui fais encore confiance. Je suis allé entre-temps voir des naturopathesÉ c'est une médecine que je crois utile selon les cas. Moi je crois beaucoup à une médecine préventive, avec les produits naturels et tout ça. Mais quand tu es en crise et que tu tousses comme un malade, tu n'as pas le temps d'attendre que tes cellules se soient régénérées. Ça prend quelque chose qui va te permettre d'aller donner ton show le soir. C'est bête de même.

J'allais bien, j'étais rétabli; je me suis mis à travailler sur mon album, c'est reparti. J'ai refait un traitement, ça a guéri. J'avais une grosse tournée qui s'en venait, c'est reparti. Alors j'ai vu un rapport entre le stress et ce problème. Les médecins ne veulent pas parler de ça. Le Dr Leduc est un médecin que j'admire et que je respecte; il ne m'empêche pas d'y croire, mais comment dire, j'ai senti qu'il ne voulait pas s'en mêler. Moi ça ne me dérange pas, je suis entre les deux, pas nouvel âge, qui est un excès semblable au rationnel pur de la médecine traditionnelle. J'essaie de trouver un juste milieu, c'est un peu ma philosophie de la vie. Une recherche d'équilibre.

Le Devoir. Qu'as-tu conclu de ton expérience avec les médecins, les généralistes, les spécialistes, la région et la grande ville?

M. R. On souhaiterait que tous les médecins soient des êtres infaillibles, d'un altruisme total. Comme on souhaiterait que tous les auteurs soient de grands auteurs, que tous les disques qu'on achète soient bons d'un bout à l'autreÉ Un moment donnéÉ Je ne peux pas juger la médecine parce que je tombe sur un médecin qui est moins bon qu'un autre, tu comprends? Je ne peux pas demander au corps médical d'être une armée de surhommes. Je vis très bien avec les rapports que j'ai eus avec la médecine traditionnelle. J'ai rencontré de moins bons médecins, je me suis fait suer dans des salles d'attente, j'ai trouvé que le système était parfois performant, parfois mal organiséÉ Je suis tombé sur des perles et sur du monde ordinaireÉ

Le Devoir. Comment te projettes-tu dans le futur?

M. R. Je conçois ma santé comme un élément de ma vie. Je ne veux pas isoler ma santé de mon travail, de ma famille; c'est organique, c'est relié. J'ai pas de loi ou de règlementsÉ Quand on n'a pas de fun, c'est aussi mauvais pour la santé. Je me dis: mon corps va avoir des épisodes imprévisibles. J'aimerais ça avoir, dans les années qui s'en viennent, une espèce d'attitude deÉ comme une acceptation de la vie.

Le Devoir. Ce qu'on a perdu en feu, on peut l'avoir en sagesse...

M. R. La sagesse pour moi est un bien grand mot. Accepter ce qui arrive, accepter qu'on ne peut pas prévoir, et que le bonheur, c'est de suivre la rivière. Si de temps en temps il faut arrêter sur le bord, et camper là un petit bout de temps avant d'aller plus loin, ne pas se dire que pendant ce temps-là je manque quelque chose. Quand on a l'impression qu'on passe à côté de quelque chose, c'est parce qu'on s'en va vers d'autres choses. Le temps ne se perd pas. On manque jamais rien. Les Africains disent: «Celui qui rame quand le courant le porte fait bien rire le crocodile.»

Le Devoir. Et face au stress, que tu relies à tes problèmes de santé?

M. R. Je te dirais que mon rapport au stress, c'est d'essayer le plus possible de laisser chaque chose à son temps, à sa place, et de vivre le moment présent. Je fais le rapport avec ce que j'ai appris dans la philosophie bouddhiste. Une pensée n'est qu'une pensée. Vivre le moment présent, c'est banal, mais on est pas capable. Mon rapport au stress serait réglé. Ici et maintenant: l'être humain a de la difficulté à ne pas regretter le passé et à ne pas avoir peur du futur. Alors essayons. C'est pas facile à faire, mais c'est pour ça que je crois que ça fait partie de mon acceptation. Nous vivons, en ville, avec des métiers de fou où on dépend de ce qu'on va écrire ou penser de nous, de comment le public va réagir. Ce serait une illusion de penser qu'on va passer à travers ça comme un couteau chaud dans du beurre. Tout ça est dans le domaine des qualités à acquérir. C'est agréable de savoir qu'on a un work in progress et qu'on avance. C'est mon message pour aujourd'hui!

Une bio qui vous étonnera: http://www.musimax.com/rivard/rivard_bio.html