Cancer ne rime pas avec discrimination

Une étude de l'Université Laval est venue poser un baume sur les inquiétudes des 5700 Québécoises qui ont appris cette année qu'elles avaient un cancer du sein. Une équipe de chercheurs de la Faculté de médecine a en effet déboulonné la croyance populaire voulant que les femmes qui ont eu un cancer du sein soient plus souvent victimes de discrimination au travail que les femmes n'ayant jamais eu de cancer. Un petit baume, certes, mais bien réel.

Rendue publique hier par sa directrice, Elizabeth Maunsell, l'étude québécoise est la première à s'attacher à cette question qui avait soulevé la controverse dans plusieurs articles scientifiques. On y décrivait des cas bien particuliers où la discrimination était flagrante. Mais voilà, aucune étude populationnelle n'avait tiré au clair cette hypothèse, qui, avec le temps, avait pris les allures d'idée reçue.

«Ces quelques cas ne disaient pas s'il y avait ou non un excès dans la population à cause du cancer du sein», explique Mme Maunsell, qui a choisi la voie de l'étude populationnelle, la seule capable de démêler l'écheveau. «Ce qui est difficile, c'est qu'il faut un échantillon diversifié pour que nos résultats soient valables. On a donc pris des femmes à la grandeur du Québec, toutes âgées entre 20 et 59 ans.»

L'équipe a comparé l'évolution de la situation d'emploi de 646 travailleuses durant les trois années qui ont suivi le diagnostic de cancer du sein à celle d'un groupe témoin de 890 travailleuses présentant des conditions d'emploi similaires.

Conditions similaires

Chez les femmes qui occupaient un emploi au terme des trois années de suivi, les conditions d'emploi — notamment la rémunération, la proportion de travailleuses à temps partiel, le nombre d'heures travaillées ou le taux de syndicalisation — étaient similaires dans les deux groupes. L'âge moyen de la retraite pour les deux groupes était le même, soit 54 ans.

Mieux, le pourcentage de femmes congédiées pendant cette période était identique pour les travailleuses des deux groupes, soit 1,5 %. Enfin, même si 21 % des femmes ayant survécu au cancer n'avaient plus d'emploi contre seulement 15 % chez celles du groupe témoin, une forte majorité de survivantes sans emploi ont rapporté avoir elles-mêmes pris la décision de cesser de travailler.

«Il se peut que des femmes vivent des moments difficiles à leur retour au travail et qu'elles en attribuent la cause au fait d'avoir eu un cancer du sein, reconnaît Elizabeth Maunsell. Cependant, les mesures objectives utilisées dans notre étude permettent de constater que cette maladie n'entraîne généralement pas de discrimination sous forme de changements négatifs ou involontaires dans la situation de travail.»

La discrimination au travail n'est qu'une des nombreuses croyances touchant la vie après un cancer du sein. Depuis dix ans, Elizabeth Maunsell et son équipe ont réalisé de nombreuses études qui ont réfuté certaines de ces croyances, notamment celles qui touchent la baisse de la qualité de vie et la détérioration de la vie amoureuse après un cancer du sein. «Dans une autre étude, huit ans après le diagnostic, on a évalué la qualité de vie des femmes et il est apparu que celle-ci était sensiblement la même pour les deux groupes à l'exception d'un aspect, celui de la sexualité, souvent en raison de la médication.»

Pour la chercheuse, il est essentiel de diffuser aussi largement que possible ces nouvelles informations afin de rassurer les femmes qui ont eu un cancer du sein et de changer les croyances populaires quant aux conséquences négatives de cette maladie sur la qualité de vie. «C'est une bonne nouvelle pour les femmes. Ça va leur donner confiance à leur retour, mais aussi lors du diagnostic puisque cela va leur permettre de moins s'inquiéter pour leur travail, sachant que le retour se fait généralement bien», juge-t-elle.

Selon la chercheuse, il y a là la preuve que notre société est capable de gérer cette situation avec l'intelligence et la sensibilité nécessaires.