Les micropoussières de la démolition du Domaine-de-l’Estérel, un risque pour les voisins?

Des citoyens de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson s’inquiètent des micropoussières, contenant peut-être de l’amiante.
Photo: Courtoisie Des citoyens de Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson s’inquiètent des micropoussières, contenant peut-être de l’amiante.

À Sainte-Marguerite-du-Lac-Masson, des citoyens sont préoccupés par des questions de santé publique qui découlent de la démolition illégale d’un joyau du patrimoine moderne, le Domaine-de-l’Estérel. De l’amiante et des micropoussières pourraient-ils avoir des conséquences sur la vie des résidents des environs ?

« Je me questionne sur le peu de cas qu’on a fait, depuis une semaine, de la santé des citoyens. Pendant des jours, ils ont démoli, comme si de rien n’était, sans même avoir prévenu les voisins », déplore Pierre Richard. Sa résidence est située près du site où s’élevait un édifice art déco majeur, en principe protégé par l’État.

Portes et fenêtres ont été fermées chez M. Richard. Le système de climatisation de la maison a cessé de tourner. « Nous avons beaucoup filmé […] pour documenter ce qui se passe là. Nous n’avons même pas été informés des travaux », affirme Pierre Richard.

M. Richard s’appuie sur des documents de la Ville qui indiquent la présence d’amiante dans le bâtiment détruit. Plusieurs citernes de produits pétroliers, dit-il, pourraient se trouver encore sur le site. La démolition est réputée avoir des coûts environnementaux lourds.

Lorsque le cœur du bâtiment a été rasé, ce fut pour lui le bouquet. « Ils sont montés dessus avec des grues jusqu’au soir pour l’écraser. Tout le monde a sonné l’alarme pour ce bâtiment. Mais le samedi, ils ont continué pareil ! Le lundi, les ouvriers étaient encore là et ils continuaient. Pendant ce temps, la poussière continuait d’arriver de partout chez nous depuis une semaine ! Est-ce que nous sommes juste des victimes collatérales, dont personne ne se soucie ? Il y a des gens, des familles, qui vivent à proximité de l’endroit où s’est produit cet événement. »

Silence du propriétaire

 

Le maire Gilles Boucher constate que c’est le silence complet du côté du propriétaire. « À la Ville, on a tenté d’appeler Richard Stern », le président d’Olymbec. Ils ont aussi tenté de joindre son architecte, Robert Libman. Ce dernier est connu du public pour avoir, en politique, siégé à Québec comme chef du Parti égalité. « Ce monde-là nous rappelait avant. Là, rien du tout. » Le maire craint qu’une partie des installations publiques, dont la plage, ne puisse être accessible à la population cet été.

Rien n’a été fait, dit M. Richard, pour contenir les poussières qui émanent du site. « Pas plus tard que [mardi], des vents de l’ouest filant à plus de 60 km/h ont traversé ces débris pendant de longues heures… » Mercredi, Le Devoir a constaté sur les lieux qu’aucun système d’atténuation n’était en place. Une équipe spécialisée s’affairait finalement, en après-midi du 19 mai, à installer des bâches sur les décombres.

La veille, le centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides a publié un communiqué. « Un inspecteur de la CNESST a suspecté la présence de fibres d’amiante dans les matériaux de démolition », peut-on y lire. Cette présence d’amiante est « fortement suspectée » en raison de sa présence qui « aurait déjà été confirmée par le passé », poursuit le CISSS.

« Ils nous disent de laver les surfaces et les planchers avec un linge humide quand on suspecte que c’est de l’amiante, et d’éviter d’utiliser la balayeuse », résume Pierre Richard. « La poussière d’amiante, on est censé la reconnaître comment ?  »

L’exposition à des fibres d’amiante peut entraîner un risque de cancer ou de maladie pulmonaire chronique. À l’extérieur, l’exposition diminue, soutient toutefois le CISSS.



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