La coroner Géhane Kamel dénonce l’échec du système de santé

La coroner Géhane Kamel prend la parole jeudi devant la presse pour présenter les conclusions de son enquête sur les décès dans les résidences pour aînés au début de la pandémie. 
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La coroner Géhane Kamel prend la parole jeudi devant la presse pour présenter les conclusions de son enquête sur les décès dans les résidences pour aînés au début de la pandémie. 

Outre le dossier du CHSLD Herron, la coroner Géhane Kamel ne porte pas de blâme pour la gestion de la première vague dans les CHSLD. Son rapport déposé il y a trois jours dénonce plutôt l’échec du système de la santé et la distance entre le ministère et « le terrain », a-t-elle défendu jeudi devant la presse. « Ce rapport doit servir pour que ça ne se reproduise plus jamais ! »

« Nos aînés les plus vulnérables ont été dans l’angle mort de nos gouvernements. Ils ont été dans l’angle mort de la société », a-t-elle ainsi tranché après 69 jours d’audiences et l’écoute de plus de 200 témoins, dont des familles endeuillées et des hauts placés de l’État.

Ce funeste angle mort s’est surtout nourri de « l’écart entre le ministère et le terrain ».

Aveugles sur les drames se déroulant dans les CHSLD du Québec, les décideurs n’ont pu manœuvrer pour limiter l’hécatombe de la première vague, a ainsi dénoncé la coroner Kamel.

« L’agilité du système de santé » doit donc s’accroître, a-t-elle insisté. « Le nombre incalculable » de directives ministérielles, changeantes parfois de jour en jour, prenait « des heures, voire des jours » avant d’être entendu par les employés sur le front. « Ce n’est pas normal que les médecins, les citoyens ou les employés se sentent obligés de passer par les médias pour que ça bouge. Mon message au gouvernement : trouvez une façon pour parler avec votre terrain. »

Car dans les centres de soins, ce n’est pas la détermination du personnel qui a manqué, selon le Dr Jacques Ramsay, assesseur de la coroner durant cette enquête. « Pour chaque fois qu’on a entendu une chose difficile, on a vu une lueur d’espoir. On a entendu des gens dédiés à leur travail, des familles qui s’occupaient de leurs aînés, des gestionnaires qui ont trouvé ça excessivement difficile. […] Après 35 ans à travailler dans notre système de la santé, j’ai encore espoir pour notre réseau. »

La fin du privé réclamé

 

Parmi ses 23 recommandations, Me Kamel estime notamment que le modèle des centres pour aînés entièrement privés appartient au passé. « La notion mercantile qui va à côté, ça ne devrait pas exister », a-t-elle plaidé, pointant du doigt les conditions de travail déplorables des employés de ces établissements. « Ce n’est pas normal que dans les CHSLD non conventionnés, il y ait des gens moins bien payés qu’au Tim Horton », s’est indigné à ses côtés Jacques Ramsay.

De la même façon, « conventionner » les CHSLD privés en imposant les mêmes standards que dans le secteur public ouvrirait « une lunette réglementaire » permettant de prévoir les prochains drames.

Quant au CHSLD Herron, symbole de la crise, la coroner a directement visé « la chicane » et les « lettres d’avocat » envoyées de part et d’autre tandis que des patients mouraient en même temps. « Les gens ont failli. Que ce soit les propriétaires, le CIUSSS ou le ministère. C’est indéniable. Les gens se sont passé la balle. Pour le reste, je n’ai pas de reproches à faire comme tels, mais il y a certainement des leçons à tirer. »

Géhane Kamel assure « avoir été au fond des choses » avec son rapport et n’a pas été contrainte par le politique. « J’ai beaucoup d’espoir que ces recommandations-là ne finiront pas sur une tablette. Ce rapport-là doit être le début de quelque chose pour changer la perspective qu’on a de la prise en charge de nos aînés au Québec. Je pense que ça a été entendu. »



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