Santé - Ambulanciers contre pompiers

La volonté du ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec de mettre en place un programme de premiers répondants de 5,5 millions avec les pompiers de Montréal a été reçue comme une gifle par les ambulanciers et paramédics du Québec. Hier, leur cri du coeur a été repris par la présidente de la CSN, qui a sommé le ministre Philippe Couillard de clarifier sa position dans le dossier des soins préhospitaliers d'urgence au Québec.

La centrale syndicale a dénoncé avec force ce qu'elle qualifie d'«incohérence», alors que, d'un côté, le ministre refuse à 18 paramédics de soins avancés formés par Urgences-Santé le droit d'exercer leur métier, mais finance à coups de millions un service de premiers répondants en milieu urbain. Un non-sens au yeux de la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau.

«Faire des premiers répondants une priorité, c'est comme construire le toit d'un édifice avant d'avoir couler la fondation, a expliqué Mme Carbonneau. Nous ne sommes pas contre les premiers répondants, mais pas au détriment des ambulanciers. Les études le prouvent: l'ajout de paramédics en soins avancés permet de sauver plus de vies. Pour sauver de l'argent, le ministre met en péril la vie du monde!»

Le Rassemblement des employés-es techniciens ambulanciers du Québec (RETAQ-CSN) y voit une pure manoeuvre politique. «La mise en place d'un programme de premiers répondants n'est que de la poudre aux yeux, a dénoncé le président du RETAQ, André Létourneau. Le ministre veut faire taire le débat public. La chaîne de survie ayant la force du maillon le plus faible, il faut d'abord consolider le service ambulancier. Nous croyons que le ministre devrait prioriser la formation des ambulanciers.»

Les ambulanciers sont d'autant plus choqués par l'attitude du ministre qu'ils ont calculé qu'avec la moitié de cette somme seulement, le RETAQ aurait les moyens de remettre les soins préhospitaliers sur les rails partout au Québec. Avec ces 5,5 millions, le RETAQ affirme même qu'il serait en mesure d'établir un système de premiers répondants efficace en régions, afin de donner aux Québécois les services «auxquels ils ont droit».

Mais au-delà des simples questions de sous, les ambulanciers sont outrés de voir que le dossier des 18 super-ambulanciers traîne toujours. «La chasse aux sorcières a assez duré, a dénoncé Mme Carbonneau. Le ministre doit mettre un terme à l'inspection ministérielle décrétée auprès d'Urgences-Santé. Au lieu de tenter de clarifier la situation entourant la formation de 18 paramédics, le ministre devrait plutôt expliquer pourquoi le Québec fait bande à part et remédier à la situation.»

Le RETAQ s'inquiète de voir le Québec faire cavalier seul alors que les autres provinces canadiennes ont toutes opté pour la mise en place de soins préhospitaliers avancés. Pour étayer leur thèse, les paramédics évoquent une étude ontarienne effectuée auprès de 24 000 patients sur une période de sept ans. L'étude OPALS a démontré que l'ajout de paramédics en soins avancés dans une ville de deux millions d'habitants s'était soldé par un bénéfice de 260 vies additionnelles par année.

Hier, les ambulanciers ont aussi profité du point de presse pour revenir sur la question épineuse des horaires de factions qui font en sorte que, dans une vingtaine de villes au Québec, des techniciens ambulanciers sont en disponibilité, chez eux, 7 jours sur 14, 24 heures sur 24.

Pour la présidente de la CSN, «les horaires de faction sont complètement inacceptables. L'ajout d'un million de dollars permettrait d'éliminer la plupart des horaires de faction dans les villes du Québec et d'avoir des techniciens dans les ambulances prêts à partir dès l'arrivée d'un appel».

Pour toutes ces raisons, le RETAQ-CSN lancera, dès le mois de janvier, une vaste campagne d'information et de sensibilisation auprès de la population québécoise. Cette campagne sera appuyée par la CSN, a assuré sa présidente.