Qui gagnera le combat des sous-variants de la COVID-19?

Alors que le Québec abandonne le masque, un combat est engagé entre trois sous-variants plus transmissibles qui gagnent rapidement du terrain aux États-Unis et en Europe. Ces nouveaux venus frapperont ici tôt ou tard, mais difficile de dire quand et qui gagnera la course.

Depuis samedi, les Québécois n’ont plus l’obligation de porter le masque. À court terme, cet assouplissement pourrait ne pas avoir trop d’impact sur le nombre d’infections, estiment plusieurs experts — mais seulement si la météo reste favorable au recul du virus et que de nouveaux variants ne viennent pas jouer les trouble-fêtes.

Car tous les yeux sont rivés à l’heure actuelle sur de nouveaux joueurs qui prennent du galon chez nos voisins américains et en Europe,où ils viennent d’être déclarés « variants préoccupants ».

C’est notamment le cas du variant BA.2.12.1, petit dernier de la lignée du BA.2, qui domine largement dans plusieurs États de la Nouvelle-Angleterre. « Difficile de dire si ce sera le variant de l’été 2022 ou de l’automne. Le temps chaud pourrait retarder sa propagation. Mais la saison où il va frapper va être déterminante pour son évolution et pour notre système de santé », affirme le Dr Don Vinh, microbiologiste et infectiologue au Centre de santé universitaire McGill (CUSM).

Ce sous-variant, de 23 à 27 % plus transmissible que le BA.2 (qui était déjà 30 % plus transmissible que le BA.1), provient lui aussi de la lignée Omicron.

Si le temps chaud arrive à ralentir son avancée au Québec, il pourrait être la vedette de l’automne, quand la transmission sera plus soutenue, ajoute le Dr Vinh. « Tout dépend de la météo et du comportement des gens. C’est impossible de savoir ce qui se passera d’ici là. »

Au même moment, en Europe, les sous-variants BA.4 et BA.5 montent en grade. Le Centre européen de prévention et de contrôle de la maladie (ECDC) les a déclarés « variants préoccupants » le 12 mai dernier. De 10 à 15 % plus transmissibles que le BA.2, ces deux sous-variants détectés pour la première fois en janvier et février 2022 en Afrique du Sud seront prédominants (pour BA.5) dans quelques jours au Portugal, avec une croissance des cas de 13 % par jour depuis le début du mois de mai.

Les hausses des cas d’infection et du taux de positivité observé dans ce pays, combinés à la présence dans ces sous-variants de mutations additionnelles facilitant la transmission et une capacité à échapper aux vaccins et aux infections récentes, ont suffi à hisser ces deux nouveaux venus dans le club sélect des variants dont s’inquiète l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

« Ce qui se passe en Europe précède souvent de quelques semaines ce qui va arriver ici. Mais être épargné par BA.5 ne serait pas nécessairement une bonne nouvelle si c’est le BA.2.12.1, encore plus infectieux, qui prend le dessus. Ça pourrait être notre prochain problème », estime le Dr Vinh.

Selon le Dr Gaston De Serres, médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), personne ne peut dire quel sous-variant dominera au Québec au cours des prochaines semaines ou des prochains mois. « Mais quand un sous-variant prend le dessus ailleurs, c’est souvent le cas ici. Ce qu’on observe ailleurs, on peut penser que ça va arriver ici. »

Par contre, le risque que ces nouveaux variants provoquent une prochaine vague dépendra du nombre de personnes qui ont été exposées au SRAS-CoV-2 lors des récentes cinquième et sixième vagues. « Ce qui vient de se passer offre un certain niveau de protection à une large partie de la population, en plus de l’immunité conférée par les vaccins », dit-il.

Toujours plus contagieux

 

Selon Alain Lamarre, professeur titulaire à l’Institut national de recherche en santé (INRS), l’émergence de nouveaux variants dotés d’un potentiel accru de contagiosité est sans limites.

« Le premier variant détecté à Wuhan avait un facteur de reproduction (R0) de 2 à 3. On est rendu à un facteur autour de 12 pour le BA.2 : ce qui veut dire qu’une personne peut en infecter 12 autres. Mais avec les vaccins et les infections récentes, le facteur de reproduction réel au Québec est en fait plus bas, probablement autour de 1 », dit-il.

Les récents descendants d’Omicron (BA.2.12.2, BA.4 et BA.5) comptent maintenant parmi les agents infectieux connus les plus contagieux, aux côtés de la rougeole (R0 18), de la coqueluche et de la tuberculose, explique cet expert. La varicelle affiche un R0 de 10 à 12 ; la rubéole et la diphtérie, de 5 à 7 ; et celui de l’influenza ou du rhume ne dépasse guère de 1,8 à 3.

Selon le Dr Vinh, le gouvernement devrait déjà prévoit un plan B en cas d’une hausse subite de cas nourrie par l’arrivée de ces nouveaux sous-variants. « Mais notre principal problème, c’est la faiblesse de notre système de santé, et ça, ça ne se règle pas rapidement. Alors pourquoi enlever le pansement [le masque] maintenant, quand notre système vit déjà une hémorragie ? »

Selon Anne Gatignol, professeure de virologie au Département de microbiologie et d’immunologie de l’Université McGill, faire tomber le masque maintenant augmente le risque de contagion. « Mais ce n’est pas parce qu’il n’est plus obligatoire qu’il faut à tout prix l’enlever. Le temps beau aide, mais les gens vont aussi voyager et s’exposer davantage. Il faut rester vigilants, se faire vacciner. Quel variant prendra le dessus ? Impossible de le dire. Mais je garderais les masques pas trop loin ! »

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