Une des responsables de la crise à Herron quitte ses fonctions

Le CIUSSS dirigé par Mme McVey était responsable du CHSLD Herron qui devait devenir le symbole des dérapages en matière de gestion de la pandémie.
Photo: Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne Le CIUSSS dirigé par Mme McVey était responsable du CHSLD Herron qui devait devenir le symbole des dérapages en matière de gestion de la pandémie.

Le rapport de la coroner Géhane Kamel rendu public lundi a fait une première victime. La présidente-directrice générale du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal, Lynne McVey, quittera ses fonctions à la fin de son mandat en juillet prochain, selon un communiqué institutionnel publié mardi.

Sévèrement écorché par le rapport de la coroner sur la crise sanitaire dans les CHSLD, le CIUSSS dirigé par Mme McVey était responsable du CHSLD Herron, qui devait devenir le symbole des dérapages en matière de gestion de la pandémie.

Dans son rapport, la coroner Kamel rappelait que, lors de l’annonce de la mise en tutelle du CHSLD par le premier ministre François Legault, celui-ci avait affirmé que le CIUSSS n’avait eu accès aux dossiers médicaux que la veille et que c’est à ce moment que les autorités avaient appris la mort de 31 résidents. Or, écrivait-elle, « dans les faits, les dossiers médicaux ont toujours été accessibles et le décompte tardif des décès n’était pas une manipulation imputable au CHSLD Herron, mais bien le fait de négligences relevant davantage du chaos inhérent à la situation et de la désorganisation de l’équipe de gestionnaires du CIUSSS ».

Me Kamel soulignait que cette conclusion s’imposait, puisque « la grande majorité des décès se sont produits alors que le CIUSSS assumait déjà la gestion clinique du CHSLD ».

Un blâme « disgracieux »

Elle avait également qualifié de « disgracieux » le fait que Mme McVey ait blâmé le CHSLD d’avoir transféré des patients à l’hôpital alors que « ce geste était le plus sensé si l’on voulait que ces résidents aient une chance de s’en sortir ».

La coroner Kamel s’était aussi interrogée sur le bien-fondé de l’appel de Lynne McVey au 9-1-1, le 11 avril 2020, pour signaler une situation de négligence potentielle au CHSLD Herron, « puisque la situation était alarmante dès le 29 mars 2020 », date à laquelle le ministère de la Santé et des Services sociaux avait demandé au CIUSSS de « prendre en charge le CHSLD ».

Dans un laconique communiqué institutionnel, le CIUSSS précise simplement que « la présidente-directrice générale a tenu à rendre hommage aux équipes du CIUSSS qui, jour après jour depuis deux ans, continuent de répondre présentes sans jamais faillir avec un courage et une détermination hors du commun. Elle remercie aussi le ministre et son équipe pour leur soutien tout au long de la pandémie ».

Le communiqué ajoute que « la direction générale du CIUSSS prend actuellement connaissance du rapport de la coroner et de ses recommandations et s’engage à les mettre en place pour la sécurité et le bien-être de ses usagers et de ses résidents ».

C’est l’adjointe de Mme McVey, Najia Hachimi-Idrissi, qui assurera l’intérim jusqu’à l’arrivée en fonction d’un nouveau p.-d.g.

Legault veut « plus d’imputabilité »

Au lendemain de la publication du rapport d’enquête de Géhane Kamel, le premier ministre François Legault reconnaît « qu’il faut plus d’imputabilité d’en haut jusqu’en bas ». L’imputabilité, a expliqué François Legault, « ça commence par le premier ministre, ça se poursuit avec les ministres, les sous-ministres et les responsables dans les réseaux », c’est-à-dire « les PDG des CIUSS et des CISSS », a-t-il déclaré, mardi.

 

Dans son rapport d’enquête, la coroner stipule que le gouvernement devra notamment faire une rétrospective sur « la hiérarchisation des décisions, sur l’agilité du système de santé en temps de crise, sur la compréhension et l’exécution des responsabilités au sein des ministères de la Santé, des Aînés et des Proches aidants ainsi qu’au sein des CIUSSS et CISSS ». M. Legault s’est défendu en indiquant que le « premier ministre et le ministre de la Santé ne peuvent pas commencer à gérer ce qui se passe dans tous les établissements de santé au Québec », avant d’ajouter que « quand quelqu’un ne gère pas bien, il faut changer de gestionnaire ».

 

La coroner a également recommandé au gouvernement de transformer tous les CHSLD privés non conventionnés en CHSLD conventionnés et suggéré de « tendre vers la déprivatisation » du système. Ce à quoi le premier ministre Legault a répondu qu’il préférait « y aller au cas par cas ».



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