Les travailleurs de l’alimentation les plus touchés pendant les premières vagues

Parmi les travailleurs à risque, on compte entre autres les employés des usines d’abattage et de conditionnement de la viande, ceux des boulangeries et pâtisseries, des grossistes et détaillants en aliments et boissons.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Parmi les travailleurs à risque, on compte entre autres les employés des usines d’abattage et de conditionnement de la viande, ceux des boulangeries et pâtisseries, des grossistes et détaillants en aliments et boissons.

L’absence de congés maladie payés, le recours aux agences, la forte présence de travailleurs immigrants allophones et le versement de « primes de présence » auraient contribué à la propagation virus dans plusieurs milieux de travail à Montréal, notamment celui de la transformation des aliments et boissons.

Telles sont du moins les conclusions et les hypothèses avancées dans un rapport de la Santé publique de Montréal faisant le bilan des éclosions en milieux de travail survenues entre la première et la troisième vague.

Ce portrait révèle que les travailleurs œuvrant dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire, notamment le secteur de la fabrication des aliments et boissons, ont été le plus à risque d’être infectés, soit 6 fois plus que ceux des autres secteurs de l’économie étudiés dans ce rapport.

Toutes proportions gardées, c’est ce secteur qui a encaissé le plus d’éclosions de COVID-19 dans la métropole entre février 2020 et juillet 2021.

Parmi ces travailleurs à risque, on compte aussi les employés des usines d’abattage — ou un établissement sur trois a été touché et 15 % des travailleurs infectés — et de conditionnement de la viande, et ceux des boulangeries et pâtisseries, des grossistes et détaillants en aliments et boissons.

« Plusieurs raisons expliquent cela, notamment parce qu’il y a eu plus de travailleurs en présentiel dans ces secteurs, qui sont restés ouverts le plus longtemps durant la pandémie. Mais le haut taux de roulement, la proximité sur les chaînes de montage et le partage d’équipements ont aussi été des facteurs », explique la Dre Alexandra Kossowski, médecin-conseil en santé du travail à la Direction régionale de santé publique de Montréal.

Des études menées ailleurs dans le monde ont démontré que le recours aux travailleurs d’agences, le fort roulement de personnel, et même le versement de primes de présence ont joué un rôle dans le risque d’éclosions dans ce type de milieux de travail.

« C’est aussi notre hypothèse, affirme la Dre Kossowski. Nous savons que les secteurs les plus touchés à Montréal font aussi appel à des agences pour avoir du personnel. Mais on n’est pas capable de l’établir directement, car les données des cas d’infection [liés aux travailleurs d’agence] échappaient aux milieux de travail et à notre suivi. »

Même si la santé publique recommandait de payer les travailleurs durant leur période d’isolement, plusieurs employés ont été privés de ce droit ou n’ont eu que les deux jours prévus par les normes du travail. « Des gens étaient malades et allaient travailler quand même », ajoute Jean Nicolas Aubé, conseiller-cadre aux relations médias du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’île-de-Montréal.

La forte proportion de travailleurs issus de l’immigration, et de l’immigration récente, dans le secteur de l’alimentation (69 %), de la fabrication et de la transformation (57 %) aurait aussi posé des enjeux de compréhension de la langue favorables au risque d’éclosions, indique le rapport. « Ce qui semble important, c’est de rejoindre les travailleurs allophones dans leurs langues », affirme la Dre Kossowski. Un constat qui a permis à la Santé publique de rajuster le tir lors de la troisième vague en communiquant directement avec les travailleurs allophones à risque, notamment lors de la campagne de vaccination.

Présentiel obligatoire

Pas moins de 3150 éclosions et 9035 cas d’infections ont été recensés lors des trois premières vagues dans les milieux de travail montréalais étudiés, dont 70 % au cours de la seule deuxième vague. Le risque d’infection a atteint un sommet pour ces travailleurs lors de la deuxième vague (automne 2020 à mars 2021), avec 20 travailleurs infectés sur 1000, soit cinq fois plus que lors de la première vague.

La chaîne d’approvisionnement en biens durables a aussi été durement touchée par des éclosions, notamment les usines de fabrication de métal, d’équipements de transport, de produits électriques, les grossistes de quincaillerie et les magasins à rayons.

Durant cette première phase de la pandémie, de 38 % à 54 % des travailleurs montréalais étaient en télétravail, mais 300 000 d’entre eux (1ère vague), 421 000 (2e vague) et 432 000 (3e vague) ont dûs travailler en présentiel. Parfois, au détriment de leur santé, constate le rapport.

« On souligne également la contribution silencieuse de ces travailleur.euse.s essentiel.le.s qui ont dû se pointer au travail malgré les risques, notamment de celles et ceux qui ont été des victimes létales de la COVID-19. » La Santé publique ignore toutefois combien de ces travailleurs essentiels ont été hospitalisés ou sont décédés après avoir été infectés.

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