Prévenir les abus et les troubles de santé mentale chez les athlètes

Leïla Jolin-Dahel
Collaboration spéciale
Les chercheurs aborderont  aussi la question de l’état psychologique des jeunes sportifs durant  la pandémie.
Getty Images Les chercheurs aborderont aussi la question de l’état psychologique des jeunes sportifs durant la pandémie.

Ce texte fait partie du cahier spécial Congrès de l'Acfas

Une proportion importante de jeunes athlètes a déjà été victime de violence ou éprouvé des symptômes d’un trouble de santé mentale dans le cadre de son parcours sportif. Mais il existe des pistes de solution afin de prévenir ces problèmes et pour mieux encadrer les enfants et les adolescents qui y font face. Ces découvertes feront l’objet d’un colloque les 11 et 12 mai prochains.

L'événement aura pour titre Préserver l’intégrité psychologique et physique des athlètes en contexte sportif : unir les forces du milieu et de la recherche. « Il y a des ramifications sur le fait que la violence peut avoir des impacts sur la santé mentale. Et inversement, certains problèmes de santé mentale ont comme facteur de risque la violence », résume Sylvie Parent, titulaire de la chaire de recherche sur la sécurité et l’intégrité en milieu sportif et coresponsable du colloque.

Sans parler de cause à effet, Sylvie Parent cite de récentes données qui établissent toutefois des liens entre la violence et ses conséquences sur l’estime de soi et la santé mentale. « Par exemple, pour les troubles alimentaires, certains athlètes vivent de la violence de la part de certaines personnes de leur entourage », illustre celle qui est également professeure au Département d’éducation physique de l’Université Laval.

Le colloque abordera aussi la question de l’état psychologique des jeunes sportifs durant la pandémie, le modus operandi des agresseurs, ainsi que la violence et l’exclusion subies chez les athlètes transgenres.

Plusieurs types de violence

Les jeunes peuvent subir des abus psychologiques, physiques, sexuels, ou encore être victimes de négligence, énumère Mme Parent. « Quand on parle de négligence, c’est quelque chose qui n’est pas fait, mais qui aurait dû l’être », explique-t-elle.

Humiliation, cris à la suite d’un mauvais résultat, la violence psychologique peut parfois être préconisée par certains dans le but de motiver les athlètes. « On vise à augmenter la performance, à stimuler la compétitivité. L’intention n’est pas nécessairement de nuire à l’athlète. Souvent, la violence psychologique va être utilisée en ce sens », observe la chercheuse.

Selon l’Étude sur le vécu des athlètes du Québec de Sylvie Parent et de Marie-Pier Vaillancourt Morel publiée en 2020, plus d’un jeune sur quatre (28,2 %) a répondu avoir subi de la violence sexuelle. Et 79,2 % des 1055 adolescents de 14 à 17 ans interrogés auraient été victimes d’une forme de violence psychologique. Les abus physiques ont touché 39,9 % des répondants, et 35,7 % ont déclaré avoir expérimenté de la négligence.

79,2 %

C’est le pourcentage de jeunes athlètes interrogés au Québec qui disent avoir été victimes d’une forme de violence psychologique.

Si cet échantillon de convenance ne représente pas nécessairement le portrait précis de la situation au Québec, « on retrouve quand même sensiblement les mêmes chiffres à l’international », observe Mme Parent.

Des solutions testées sur le terrain

S’il reste encore « beaucoup de travail à faire », selon Mme Parent, des mesures visant à mieux soutenir les jeunes voient déjà le jour. « L’Université de Sherbrooke a mis en place un plan d’intervention pour ses athlètes en matière de santé mentale. La même chose est en train de se passer au sujet de la violence » illustre-t-elle.

Elle cite aussi l’initiative Cohaesia de l’organisme Sport’Aide, qui désire outiller les entraîneurs pour agir positivement sur leur groupe. « Ils travaillent justement à prévenir l’intimidation au sein des équipes sportives », résume-t-elle.

Dans le cadre du colloque au Congrès de l’Acfas, Alexanne Prince-Pelletier, candidate à la maîtrise en sexologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), présentera la recension des écrits de son mémoire. Sa conférence se penchera notamment sur les bons et les moins bons coups des gestionnaires dans la mise en place de mesures de prévention de la violence sexuelle.

Elle souligne que le milieu sportif n’est pas plus touché par ces abus que les autres. « C’est similaire dans toutes les institutions qui travaillent avec des clientèles jeunesse », comme les écoles, les centres de loisirs et les camps de jour, dit-elle. Pour elle, la première étape pour lutter contre ce fléau consiste à former et à sensibiliser les gestionnaires.

La chercheuse rappelle également la mise en place en février 2021 d’une politique de protection de l’intégrité de la personne. Et ce, dans l’ensemble des fédérations sportives au Québec.

De son côté, Mme Parent estime qu’il est encore trop tôt pour voir les impacts de la mesure sur le nombre de cas de violence ou de problèmes de santé mentale chez les jeunes athlètes. « Les organismes collectent des données présentement. Ils vont les présenter dans le cadre du colloque », précise-t-elle. Elle désire néanmoins en faire l’évaluation éventuellement, afin de vérifier si un tel système est adéquat et voir les façons de l’améliorer. 

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