La FTQ veut sensibiliser aux risques psychosociaux des travailleurs

Catherine Girouard
Collaboration spéciale
Dans l’un des épisodes, la déléguée syndicale Chantale Bélanger  déplore le  fait que des personnes doivent occuper un deuxième emploi pour arriver à joindre les deux bouts.
Casadel films Dans l’un des épisodes, la déléguée syndicale Chantale Bélanger déplore le fait que des personnes doivent occuper un deuxième emploi pour arriver à joindre les deux bouts.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

« Ça va mal à' shop », « Pousse, mais pousse égal », « Ça prend tout mon petit change », « Lâche pas la patate », ces expressions bien d’ici, on les entend et les utilise souvent en référence au monde du travail, à la charge demandée, à la pression ressentie. Ce sont aussi les titres d’épisodes de Ça va mal à’shop, une nouvelle websérie sur les risques psychosociaux en milieux de travail lancée par la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ) dans le cadre de la Semaine de la santé mentale.

« On entend souvent dire que le travail, c’est la santé ! Dans les faits, pour plusieurs, c’est le contraire », affirme Daniel Boyer, président de la FTQ. En effet, chaque semaine, plus de 500 000 travailleurs et travailleuses s’absentent du travail au pays en raison de problèmes de santé mentale.

« La pandémie a amplifié la situation, mais c’était déjà un problème avant, note-t-il. Ça fait 20 ou 30 ans qu’on se questionne sur l’augmentation des maladies psychologiques. »

C’est ce qui a poussé la FTQ à créer la websérie Ça va mal à'shop, disponible en ligne dès maintenant. Par des témoignages de travailleurs, de travailleuses et d’experts, les huit courts épisodes de la série abordent des problèmes concrets, expose des situations vécues par ceux qui se confient à la caméra, proposent des solutions pour remédier aux problèmes.

« On se demande dans cette série si c’est normal que le travail nous rende malades, explique le président de la FTQ. Les risques psychosociaux sont invisibles, silencieux. Ce n’est pas comme se casser un bras ou une jambe, c’est sournois et caché. Les gens évitent aussi d’en parler, se sentent souvent plus faibles quand ils voient qu’ils n’y arrivent pas. C’est pourquoi il est important d’en parler. »

Quand on parle de risques psychosociaux, on fait notamment référence à une surcharge de travail, à des exigences démesurées, à une absence de reconnaissance, aux emplois précaires, à un milieu de travail toxique. « Ça touche tout le monde, tous les secteurs, hommes et femmes, mais davantage les femmes, parce qu’elles sont nombreuses dans le secteur des services », affirme M. Boyer.

« Il est simpliste de penser qu’il suffit d’une marche par jour pour être indifférent à un emploi toxique ou oppressant ! » souligne Daniel Boyer, alors que le fardeau du bien-être au travail est souvent mis sur les épaules des travailleurs. Selon la FTQ, il faut revoir complètement l’organisation du travail. « Pour y arriver, il faut impliquer les travailleurs dans la prévention de ces situations en milieu de travail, ajoute-t-il. Afin d’apporter les correctifs nécessaires pour que moins de monde tombe au combat. »

Avec sa websérie, la FTQ espère inciter les milieux de travail à entreprendre des discussions sans tabous sur le sujet. Un univers web dans lequel différents outils sont proposés ainsi qu’un sondage permettant aux gens de se questionner sur leurs propres risques psychosociaux en milieu de travail accompagnent la série sur la plateforme.

Et si on peut tirer un avantage de la pandémie, c’est peut-être que celle-ci pourra pousser des employeurs à agir plus rapidement, à trouver des moyens de veiller sur la santé mentale de leurs employés. « Je pense que la situation actuelle peut faire davantage prendre conscience aux employeurs de l’importance de prendre soin de leur main-d’œuvre, avance M. Boyer. Je ne dis pas qu’ils n’en prenaient pas soin avant, mais qu’ils la tenaient pour acquise. Les employeurs qui font la sourde oreille vont perdre leur main-d’œuvre. »

Un pas dans la bonne direction

 

La FTQ propose cette websérie au moment où entre en vigueur le régime intérimaire des mécanismes de prévention et de participation, qui vise à augmenter la prise en charge de la santé et de la sécurité par les milieux de travail.

« On aurait aimé que le projet ait plus de mordant, mais c’est un début, dit M. Boyer. Tous les milieux de travail doivent avoir un mécanisme de prévention depuis le 6 avril. On souhaite obtenir plus de moyens, mais on a fait un petit pas, et on n’a pas fini d’en parler ! »

La FTQ profite de la Semaine de la santé mentale, du 2 au 8 mai, pour inaugurer officiellement la websérie lors d’une activité en présentiel qui aura lieu le 5 mai. Le ministre du Travail, Jean Boulet, ainsi que la présidente-directrice générale de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), Manuelle Oudar, seront entre autres présents.

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