Le Paxlovid prescrit à seulement 3500 patients  

Un peu plus de 3500 patients à risque de développer une forme grave de la COVID ont pu à ce jour bénéficier du Paxlovid au Québec. Un faible nombre, compte tenu des milliers de traitements disponibles qui n’ont toujours pas trouvé preneurs dans les pharmacies.

« Depuis que nous pouvons le prescrire, il y a beaucoup d’appels pour l’avoir, mais très peu d’élus », constate le président de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), Benoît Morin, qui craint que les critères d’admissibilité à ce médicament soient encore trop restrictifs.

Ce n’est pas l’accès à ce nouvel antiviral qui pose un problème, car depuis le 1er avril, il peut être obtenu par l’intermédiaire de toute pharmacie au Québec, et ce, sans prescription préalable d’un médecin. Quelque 8000 traitements seraient présentement disponibles derrière le comptoir des pharmacies, explique le président de l’AQPP, mais très peu sont écoulés. En janvier, le Québec prévoyait en recevoir plus de 21 000 en trois mois.

Malgré l’engouement suscité par l’arrivée en pharmacie de cet antiviral apte à réduire de 89 % les risques d’hospitalisation et de décès, très peu de patients se qualifient aux critères pour l’obtenir.

Selon les chiffres obtenus de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) par Le Devoir, quelque 513 ordonnances de Paxlovid ont été remplies (487 par des médecins) entre le 17 et le 31 mars. Depuis que Québec a élargi aux pharmaciens communautaires le droit de prescrire directement ce traitement à leurs patients, quelque 3006 ordonnances de Paxlovid ont été remplies entre le 1er et le 18 avril, dont 2042 par des pharmaciens.

« Beaucoup de gens vaccinés et âgés nous appellent, mais ne cadrent pas avec les critères prévus au programme. Il faut souffrir d’une immunosuppression modérée ou sévère. Même les non-vaccinés de moins de 60 ans doivent avoir des facteurs de risque sérieux comme l’obésité, l’hypertension, le diabète, etc. », insiste Benoît Morin.

Échapper au virus

Il y a cinq jours, Tania, non vaccinée, 42 ans, a réussi à mettre la main sur ce traitement préventif, qui, selon elle, lui a évité d’atterrir à l’urgence.

Atteinte d’arthrite depuis l’âge de 27 ans et immunodéprimée, Tania avait décidé dès 2021 de ne pas se faire vacciner en raison de réactions antérieures indésirables. La jeune femme, qui souffre aussi d’importants problèmes pulmonaires, vit pratiquement isolée du reste du monde depuis 2020, avec son conjoint.

« Je ne vois quasiment personne, pas d’amis, pas de famille. Au travail, je suis entourée de plexiglas. » Elle vit avec la peur au ventre. Avec une valise toujours prête pour partir à l’hôpital, au cas où.

Il y a quelques jours, au retour d’une visite chez sa sœur, son conjoint a appris que celle-ci venait de contracter le virus. Ce que Tania craignait depuis des mois est finalement arrivé.

« Dès cet appel, on a porté nos masques dans la maison. Mais mon conjoint a quand même reçu un test positif quelques jours après. Malgré son isolement, j’ai aussi obtenu un résultat positif le surlendemain. Je me suis réveillée avec un mal de gorge. »

Fort heureusement, Tania avait déjà contacté son pharmacien pour être évaluée et obtenir, à l’avance, l’accès au Paxlovid en cas de besoin. En fin d’après-midi, sa condition avait déjà passablement changé. « J’avais du mal à respirer, je me sentais oppressée. » Le traitement a été livré le jour même, vers 17 h 30. « Dès minuit, mes symptômes avaient diminué. J’en suis à mon dernier jour de traitement et je n’ai presque plus rien. On verra si ça dure », dit-elle.

Accès restreint

Pour Benoît Morin, les informations sur le Paxlovid n’atteignent pas tous ceux à qui ce traitement s’adresse. Plusieurs personnes à risque, surtout non vaccinées, ignorent même l’existence de ce traitement, ou le fait que celui-ci doit être amorcé tout au plus cinq jours après le début des symptômes et après avoir obtenu un résultat de test positif (rapide ou PCR).

« Je ne pense pas qu’on atteint 100 % des gens à qui c’est destiné. Il y aurait peut-être avantage aussi à élargir un peu les critères d’accès, notamment pour des personnes vaccinées qui ont des états de santé fragiles », dit-il.

La majorité des traitements de Paxlovid prescrits ces dernières semaines l’ont été à des personnes non vaccinées, affirme Benoît Morin. Les études du fabricant Pfizer qui ont démontré l’efficacité de cet antiviral portaient surtout sur des sujets non vaccinés. Il faudra plus de données pour savoir si ce traitement peut aussi bénéficier à davantage de personnes vaccinées, mais vulnérables, affirme Benoît Morin.

Selon ce dernier, les personnes immunodéprimées ou non vaccinées ont tout intérêt à avoir déjà sous la main des tests rapides en cas d’infection. « Ces personnes ont aussi accès aux tests PCR. Moi, je leur suggère d’aller passer un test PCR dès qu’ils savent qu’ils ont été en contact avec une personne contaminée. »

Les nombreuses interactions médicamenteuses du Paxlovid en limitent aussi l’accès. « Ça n’a jamais été une solution miracle. On ne doit pas non plus l’étendre à des patients, juste pour diminuer leurs symptômes. Car le but premier, c’est d’éviter les hospitalisations », affirme le Dr Donald Vinh, infectiologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

Un démarrage très lent

Une enquête du Globe and Mail révélait début avril que 90 % des stocks de Paxlovid disponibles au Canada étaient, à ce moment, inutilisés. Dans plusieurs provinces, aussi peu que 3, 4 ou 5 % des traitements disponibles avaient été prescrits.

La distribution du Paxlovid connaît aussi des ratés dans plusieurs pays, notamment aux États-Unis, où l’obligation d’obtenir une prescription médicale et les frais pour obtenir un test de dépistage en limitent l’accessibilité.

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