Des bureaux de santé publique de l'Ontario songent à ramener le masque

L’article 22 de la Loi sur la protection et la promotion de la santé de l’Ontario autorise les médecins-hygiénistes à ordonner le port du masque sur le territoire dont ils sont responsables.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne L’article 22 de la Loi sur la protection et la promotion de la santé de l’Ontario autorise les médecins-hygiénistes à ordonner le port du masque sur le territoire dont ils sont responsables.

À défaut d’un règlement provincial, plusieurs médecins-hygiénistes ontariens envisagent d’imposer localement le port du masque. Ces derniers réclament d’ailleurs le retour du masque obligatoire dans les lieux publics, un message repris par les partis d’opposition à Queen’s Park.

En Ontario, le masque n’est plus exigé dans la plupart des lieux intérieurs depuis le 21 mars dernier, et le gouvernement Ford n’a donné aucun signe de vouloir rétablir la mesure. Depuis la levée du règlement, le nombre d’hospitalisations liées à la COVID-19 a doublé et le taux d’absentéisme des soignants ne cesse d’augmenter. Selon les analyses des eaux usées de la province, de 100 000 à 120 000 Ontariens sont infectés chaque jour par le SARS-CoV-2, indique le dirigeant de la Table de consultation scientifique de l’Ontario, le Dr Peter Jüni.

Le Devoir a contacté les 34 bureaux de santé publique de l’Ontario pour savoir s’ils espéraient voir un retour du masque obligatoire en Ontario et s’ils comptaient imposer leurs propres règles.

Les opinions sont partagées sur la question, et beaucoup souhaitent simplement le retour du règlement provincial. Quelques médecins-hygiénistes songent par contre à ordonner le port du masque sur le territoire dont ils sont responsables, un geste qu’autorise l’article 22 de la Loi sur la protection et la promotion de la santé de l’Ontario.

Le Dr Thomas Piggott, médecin-hygiéniste de Peterborough, fait partie du lot. « L’une des plus grandes questions en ce moment, c’est : comment prévenir la transmission durant cette vague avec le moins d’inconvénients possible ? Le port du masque obligatoire est l’un des principaux moyens », dit-il. « Une mesure locale est certainement encore sur la table », affirme pour sa part le médecin-hygiéniste de la région de Niagara, le Dr Mustafa Hirji. Il n’a toutefois pas encore déterminé le seuil qui justifierait la mesure.

Une question d’unité ?

Les médecins-hygiénistes des régions de Peterborough et Niagara préfèrent toutefois, et de loin, le retour d’une obligation provinciale.

« Si je mettais en place quelque chose ici, il y aurait de la mobilité, les gens seraient à l’extérieur de la région pour le travail et donc le port du masque ailleurs aurait un impact ici », explique le Dr Piggott. La région de Niagara, en raison de l’industrie touristique, est par ailleurs particulièrement susceptible aux mouvements de population, note de son côté le Dr Hirji.

Les deux médecins-hygiénistes ne sont pas seuls dans leur camp. La Santé publique de Sudbury demande ouvertement le retour du masque obligatoire en Ontario et affirme que la durée du renouvellement « doit dépendre de plusieurs facteurs, dont les données épidémiologiques ». « La province devrait mettre en place des mesures additionnelles », a signalé jeudi matin le médecin-hygiéniste de Windsor-Essex. D’autres bureaux sont plus prudents : les médecins-hygiénistes des régions de Durham et de North Bay Parry Sound se contenteront d’appuyer le retour du masque si le gouvernement choisit d’agir ainsi.

Des ententes régionales pourraient aussi être faites entre les différents médecins-hygiénistes de l’Ontario. « Si la possibilité d’un ordre local est envisagée, nous souhaiterions que plusieurs bureaux de santé de la région le mettent en application », a fait savoir par courriel le Dr Paul Roumeliotis, du Bureau de santé de l’est de l’Ontario. Le Dr Piggott affirme d’ailleurs avoir déjà eu des discussions en ce sens avec certains de ses pairs.

Une absence remarquée

 

Dans l’espace public, la trentaine de médecins-hygiénistes de l’Ontario ne peuvent toutefois pas compter sur la voix du médecin-hygiéniste en chef de la province, le Dr Kieran Moore. Ce dernier n’a pas donné de conférence de presse depuis le début du mois de mars, quand il a annoncé la fin du port obligatoire du masque dans la province. Les demandes d’entrevue de plusieurs médias ontariens sont depuis restées sans réponse.

Mardi, la ministre de la Santé de l’Ontario, Christine Elliott, a assuré que c’est le Dr Moore lui-même qui choisit de ne pas accorder d’entrevues.

« L’Ontario est dans une très bonne situation et sera en mesure de passer à travers [cette vague] », a affirmé Mme Elliott en conférence de presse mardi. Les hôpitaux de la province comptaient quelque 1126 patients malades de la COVID-19 jeudi, une légère augmentation par rapport à mardi. Dans la région de Kingston, où travaillait auparavant le Dr Moore, le nombre d’hospitalisations a diminué depuis vendredi dernier, malgré la croissance du nombre de cas.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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