Plus de 76 000 rendez-vous pour la 4e dose

Chez les 80 ans et plus, l’efficacité contre l’hospitalisation est de 71% 20 à 23 semaines après la troisième dose, indique un récent avis du Comité sur l’immunisation du Québec.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Chez les 80 ans et plus, l’efficacité contre l’hospitalisation est de 71% 20 à 23 semaines après la troisième dose, indique un récent avis du Comité sur l’immunisation du Québec.

Plus de 76 000 rendez-vous ont été pris pour une quatrième dose de vaccin contre la COVID-19 mercredi, soit le premier jour où les 70 ans et plus y avaient accès. Les 60 ans et plus pourront l’obtenir dès lundi. Doivent-ils tenter de recevoir, dès que possible, cette deuxième dose de rappel ? Ou devraient-ils attendre ? Les avis des quatre experts consultés par Le Devoir divergent.

Le directeur national de santé publique par intérim du Québec, le Dr Luc Boileau, a annoncé mardi que les 60 ans et plus qui le souhaitent pourraient recevoir la quatrième dose. Il n’en a toutefois pas fait une recommandation. « On ne dit pas aux gens [de 60 ans et plus] qu’il faut absolument se faire vacciner tout de suite, a-t-il dit. Il faut normalement attendre un bon cinq mois, au moins quatre ou cinq mois [entre les doses]. »

La Santé publique permet toutefois aux Québécois de 60 ans et plus de recevoir une quatrième injection trois mois après la troisième. Quoi faire dans ce cas ?

Nathalie Grandvaux, directrice du Laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du CHUM, ne croit pas que les gens en bonne santé doivent se précipiter pour recevoir une quatrième dose.

« On est en plein dans la sixième vague. Si les rendez-vous s’étalent, ça va prendre quelques semaines avant que les gens soient vaccinés, et on va avoir passé cette vague, explique-t-elle. Pour quelqu’un qui n’a pas de comorbidité ou d’immunosuppression, j’attendrais au moins le [délai de] quatre ou cinq mois [depuis la troisième dose] pour aller chercher la quatrième. » On parlerait donc d’une vaccination à la fin avril ou à la fin mai, considérant que les 60 ans et plus ont pu recevoir leur troisième dose à partir de la fin décembre.

Nathalie Grandvaux recommande toutefois à ceux qui souffrent de comorbidités (ex. : diabète, problèmes cardiovasculaires, etc.) de se prévaloir de la quatrième dose dès maintenant. Elle cite une récente étude israélienne qui s’est penchée sur son efficacité chez les 60 ans et plus en comparaison avec celle de la troisième dose.

« Ce que les chercheurs ont observé, c’est qu’il y a quand même un avantage à avoir la quatrième dose pour la protection contre les symptômes sévères de la COVID, indique Nathalie Grandvaux. Cette protection s’est maintenue pour au moins six semaines — la plus longue période pour laquelle ils ont des données. Par contre, on voit que l’amélioration de la protection contre l’infection est vraiment très transitoire. »

Le virologue Benoit Barbeau, lui, estime que tous les Québécois de 60 ans et plus ont intérêt à recevoir la quatrième dose le plus rapidement possible, même si la sixième vague est déjà entamée. « On ne connaît pas sa durée, dit-il. Lorsque les gens vont recevoir leur dose de rappel, ils vont être protégés une dizaine de jours après. Aussi bien mettre toutes les chances de notre côté. »

Un choix personnel

Maryse Guay, professeure à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke, souligne que les gens de 60 ans et plus vaccinés trois fois ont « une assez bonne protection » contre la COVID-19.

Chez les 80 ans et plus, l’efficacité contre l’hospitalisation est de 71 % 20 à 23 semaines après la troisième dose, indique un récent avis du Comité sur l’immunisation du Québec, dont elle fait partie. « Si c’est efficace chez les plus vieux, c’est d’autant plus efficace chez les plus jeunes », dit la Dre Guay.

Selon elle, la décision de prendre la quatrième dose est personnelle. Plusieurs facteurs doivent être pris en compte, comme notre état de santé, notre « degré d’inquiétude » par rapport à la COVID-19, notre réaction aux autres doses et le fait d’avoir contracté l’infection ou non.

« Si quelqu’un se sent assez protégé, se sent capable de prendre toutes les autres mesures [de protection] et se dit “ben moi, je suis prêt à attendre à l’automne”, peut-être que ce serait une bonne solution, dit la Dre Guay. Ce n’est pas la même situation pour une personne de 73 ans qui a plusieurs maladies chroniques et qui se dit “ben moi, si j’ai un BA.2, ce serait pas drôle”. »

Le Dr Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec, estime quant à lui que « le bénéfice d’une dose additionnelle » pour les 60 à 79 ans « n’est pas clair ». « On est dans la vague, dit-il. Rendu au mois de mai, on va commencer à être ou on va déjà être dans la descente de la vague. À ce moment-là, le bénéfice d’une vaccination durant une période de faible incidence devient beaucoup moins intéressant à court terme. » Il rappelle que le virus circule moins durant l’été.

Le Comité sur l’immunisation du Québec, dont il fait également partie, recommande l’organisation d’une campagne de rappel contre la COVID-19 soit au début du mois de septembre, soit vers la mi-octobre 2022.

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