Réduction des activités chirurgicales

La sixième vague ralentit le rattrapage dans les interventions chirurgicales. Et selon Lucie Opatrny, sous-ministre adjointe au ministère de la Santé et des Services sociaux, les activités chirurgicales continueront à diminuer dans plusieurs régions cette semaine, en raison de la « hausse fulgurante » du nombre de soignants isolés ou infectés par la COVID-19. Quelque 11 300 travailleurs de la santé sont absents du réseau.

« C’est vraiment un enjeu extrêmement important, a dit la Dre Opatrny lors d’un entretien avec Le Devoir vendredi en fin de journée. La capacité hospitalière est directement liée au nombre de professionnels de santé présents au travail. »

La pression monte dans les hôpitaux à l’extérieur du Grand Montréal et des environs de Québec. La Côte-Nord, l’Abitibi-Témiscamingue et le Bas-Saint-Laurent se situent actuellement à un niveau de délestage 3, d’après le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). La Gaspésie et le Saguenay–Lac-Saint-Jean atteignent le niveau 2. Selon la sous-ministre adjointe, des régions parmi celles-là passeront aux niveaux « 3 et 4 » dès cette semaine. Des hôpitaux de Québec se tiennent prêts à accueillir, au besoin, des patients du nord et de l’est de la province nécessitant des interventions chirurgicales urgentes.

La Dre Opatrny espère que des soignants pourront revenir rapidement au travail. « Il y a beaucoup de personnes qui sont en congé d’infection, mais pas nécessairement si malades, observe-t-elle. Alors, il faudra voir comment vraiment utiliser les règles qui ont été mises à jour [la semaine passée] par la Santé publique pour un retour le plus rapidement possible dans un contexte sécuritaire. »

L’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux prévoit d’ici deux semaines environ 200 nouvelles hospitalisations par jour. Quelque 1350 patients atteints de la COVID-19 étaient hospitalisés dimanche— dont 72 aux soins intensifs.

Le seuil des 800 hospitalisations, jugé autrefois critique selon Québec, a été franchi depuis le 28 décembre. Ne faut-il pas s’en inquiéter ?

La donne a changé, répond la Dre Opatrny. « La majorité » des patients hospitalisés atteints de la COVID-19 se trouvent désormais à l’hôpital « avec la COVID et non pour la COVID ». « Quasiment 60 % de toutes les admissions COVID ne sont même pas pour des symptômes respiratoires [liés à] la COVID, précise-t-elle. Ce sont des personnes qui auraient eu des soins de toute façon. »

La Dre Opatrny ajoute que les patients hospitalisés « pour la COVID-19 » sont « beaucoup moins malades » grâce à la vaccination. « Il y en a moins de 10 % qui vont aux soins intensifs, dit-elle. C’est un aspect rassurant. » Les cas de COVID-19 demeurent toutefois plus lourds, nuance-t-elle, en raison des mesures de protection et de contrôle des infections qu’ils requièrent.

Rattrapage

Quelque 160 500 Québécois sont en attente d’une opération chirurgicale, et la liste continue de s’allonger, les blocs opératoires étant incapables de fonctionner au maximum de leur capacité. Selon la Dre Opatrny, le taux d’activités chirurgicales s’élevait la semaine dernière à 85 %, en tenant compte de la contribution des centres médicaux spécialisés (CMS), des cliniques privées qui réalisent des interventions chirurgicales d’un jour pour le compte du réseau public.

« C’est sûr qu’on aurait espéré avoir plusieurs mois de paix et non pas une sixième vague », reconnaît la sous-ministre adjointe. Elle assure toutefois que le gouvernement maintient son objectif de réduire le nombre de personnes en attente d’une opération chirurgicale pour atteindre, en mars 2023, 115 000 personnes, soit le niveau prépandémique. « Ça [la sixième vague] ne change pas trop notre point d’arrivée si on est encore en mesure, dans les prochains mois, de revenir à un taux de 100 %, comme on l’avait prévu », estime-t-elle.

Dans son plan de réforme du réseau de la santé, le ministre Christian Dubé mise notamment sur un « apport accru » des CMS pour effectuer le rattrapage en chirurgie. « Bon an mal an, mis à part la pandémie », les cliniques privées réalisent « 14 ou 15 % » des activités chirurgicales de la province, a-t-il expliqué en conférence de presse mardi.

« On vise [avec le plan] à peu près 15 % ou 20 %, pas plus », affirme la Dre Opatrny lors de son entrevue avec Le Devoir. Elle explique que la capacité des CMS est limitée. Les cliniques privées ne sont pas dotées de soins intensifs, contrairement aux hôpitaux. Elles ne peuvent traiter les cas les plus compliqués. « Même pour la chirurgie des cataractes, il faut souvent appeler 40 patients pour en trouver 10 appropriés pour les CMS », soutient-elle.

Selon la Dre Opatrny, les cliniques privées pourraient néanmoins accueillir des patients présentant des conditions plus complexes, comme de l’apnée du sommeil ou un indice de masse corporelle élevé. L’Association des anesthésiologistes du Québec travaille d’ailleurs à l’élaboration d’un guide indiquant, « condition par condition », les interventions « sécuritaires et acceptables » à faire en CMS, signale-t-elle. « En ce moment, on voit des CMS où les anesthésistes sont très à l’aise de voir un patient qui serait refusé par un anesthésiste d’un autre CMS », dit-elle. Il n’est pas question toutefois de permettre aux CMS de réaliser des interventions chirurgicales nécessitant une hospitalisation de 24 ou de 48 heures, d’après la Dre Opatrny. Elle craint que cela n’entraîne un exode de personnel du public vers le privé. « Dès qu’on fait une hospitalisation brève, où est-ce qu’ils [CMS] vont aller chercher les infirmières pour les quarts de soir et de nuit ? Ça risque de venir du réseau », juge-t-elle.

La Dre Opatrny souligne que les hôpitaux remettent aussi en question leurs « pratiques » pour être plus efficaces et rattraper le retard dans les activités chirurgicales.

Ils se basent sur les principes des programmes Enhanced Recovery After Surgery (en français, récupération rapide des patients après une intervention chirurgicale). « Souvent, ça réduit les complications, dit la Dre Opatrny. Mais ça réduit aussi, pour certains diagnostics, la durée du séjour hospitalier. » Libérer des lits permet d’accueillir de nouveaux patients.



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