1200 morts liées à la COVID-19 depuis le feu vert de Legault aux assouplissements

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a finalement annoncé mercredi qu’une sixième vague frappait bel et bien le Québec, mais le changement de discours du gouvernement incite depuis des semaines les Québécois à baisser la garde, dénoncent des experts. Une position difficilement défendable étant donné que la COVID-19 a fait plus de 1200 victimes depuis le feu vert donné aux assouplissements par François Legault.

Fin janvier, le premier ministre déclarait que le Québec était enfin « sorti du tunnel » et pouvait relâcher l’étau sanitaire. Mais sans tambour ni trompette, plus de 1200 Québécois ont depuis été emportés par la COVID, ce qui porte à un total de plus de 2700 les victimes dénombrées depuis la cinquième vague. Après quelques jours d’hésitation, l’INSPQ a finalement avisé le ministère de la Santé qu’une sixième vague était bien amorcée au Québec, générée par le très contagieux sous-variant BA.2, 30 % à 40 % plus transmissible que son prédécesseur le BA.1.

Pour plusieurs observateurs, qui signalaient depuis quelques jours une remontée inquiétante des cas, le ton réconfortant du gouvernement et le discours banalisant la COVID ont faussé la perception du public et ainsi contribué à l’augmentation actuelle des cas.

« Il n’y a quasiment plus de points de presse, plus de tests PCR, plus de sensibilisation. Le message que la population reçoit, c’est que le ministère de la Santé ne parle plus de la pandémie », a souligné mercredi Roxane Borgès Da Silva, chercheuse et professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, avant l’annonce de l’INSPQ.

Ces dernières semaines, le discours gouvernemental « prônant la prise en charge personnelle de la gestion des risques » a radicalement changé, observent d’autres experts. Les élus se font rares aux points de presse consacrés à la pandémie. Malgré une hausse des absences de 60 % en une semaine chez les travailleurs de la santé, le directeur de santé publique du Québec par intérim, le Dr Luc Boileau, refusait jusqu’à dimanche dernier de parler d’une sixième vague.

Mais le groupe de recherche CIRANO, qui publie chaque semaine une estimation du nombre de cas de COVID au Québec basée sur un échantillon de 3000 personnes, a observé la semaine dernière une hausse de 13 000 à 19 000 cas quotidiens. « C’est une hausse de presque 50 % en sept jours, c’est très inquiétant », soulève Mme Da Silva.

Selon Kim Lavoie, directrice de la Chaire de recherche du Canada en médecine comportementale et professeure à l’UQAM, le gouvernement a abandonné son rôle de prévention en banalisant le discours sur la COVID.

« On est sur un plateau de 1000 hospitalisations depuis des semaines ! La décision de lever les mesures sanitaires en est une de convenance, pas une décision de santé publique. On donne aux gens l’impression que la pandémie est terminée. Mais chaque vague nous a montré que plus le virus circule, plus le virus mute, et c’est ce qui se passe, encore une fois. Comment peut-on être surpris ? » déplore-t-elle.

La gestion personnelle

Interrogé sur l’effet concret que pourrait entraîner la déclaration de cette sixième vague sur les mesures sanitaires, le Dr Gaston De Serres, médecin-conseil à l’INSPQ, a indiqué au Devoir que le gouvernement actuel ne voulait plus d’une gestion de la pandémie « imposée » et souhaitait plutôt remettre la gestion du risque « entre les mains des citoyens ».

« Le Dr Boileau a répété que c’était aux gens à limiter leurs contacts. C’est un choix qui a été fait ici et ailleurs dans le monde. Le gouvernement doit encore décider de ce qui adviendra du port du masque. Mais ce n’est de toute évidence pas seulement le masque, mais plutôt la réduction des contacts par la population qui peut changer le cours actuel des choses », affirme-t-il.

Pour Kim Lavoie, l’abandon des mesures de santé publique laisse croire au public que la situation est maîtrisée. « On dit aux gens de “s’autogérer”, mais on a retiré tous les outils de surveillance qui les informaient du risque », dénonce la chercheuse.

Selon Roxane Borgès Da Silva, on est passé d’une gestion solidaire du risque au « chacun pour soi ». « Responsabiliser les gens est un principe de santé publique prôné pour l’adoption de saines habitudes de vie ou la prise en charge de certaines maladies, mais il en va autrement de la lutte contre une maladie hautement virale, notamment pour la protection des plus vulnérables. Il faut trouver un équilibre entre l’autogestion complète et le maintien de certaines mesures collectives. »

Pour le Dr Donald Vinh, infectiologue au Centre universitaire de santé McGill, l’arrivée de cette sixième vague milite notamment en faveur de l’accélération de certaines mesures publiques, comme l’administration d’une quatrième dose aux plus vulnérables et même l’adoption d’une politique de vaccination plus inclusive. Aux États-Unis, comme en Europe, l’incidence du BA.2 triple toutes les deux semaines. Il en sera de même ici, où à peine plus de 50 % de la population a reçu trois doses. « Il faut accélérer la protection des personnes plus fragiles. On n’est pas en pénurie de vaccins, ce n’est plus un problème. Des travailleurs de la santé concernés ont du mal à obtenir leur quatrième dose, imaginez le citoyen ordinaire », dit-il. Aux États-Unis, les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) ont déjà donné le feu vert à l’octroi d’une quatrième dose aux plus de 50 ans.

Selon Kim Lavoie, l’étude internationale iCARE, qui sonde l’opinion de dizaines de milliers de citoyens à travers le monde, dont des milliers de Canadiens, révèle que de 82 % à 96 % des gens disent continuer à porter le masque. « C’est faux de dire que les gens n’adhèrent plus aux mesures, ils sont pour le maintien du passeport vaccinal. Il faut garder le masque, mais en expliquant aux gens pourquoi des décisions sont prises. Entre tout ou rien, il y a un équilibre. »

Malgré l’absence de données sur le nombre réel de cas d’infection, l’INSPQ a dit fonder sa déclaration d’une sixième vague sur plusieurs indicateurs probants : la hausse de 60 % du nombre de travailleurs de la santé infectés en une semaine, un taux de positivité atteignant 17 % chez les travailleurs qui ont passé un test de dépistage, la hausse récente des admissions hospitalières et l’incidence des cas rapportés dans toutes les régions et tous les groupes d’âge, notamment.

À voir en vidéo