Faire bon usage des données numériques en santé

Pierre Vallée
Collaboration spéciale
Des applications utilisant l’intelligence artificielle pourraient voir le jour pour aider les médecins dans le choix d’un traitement.
Michel Caron / UdeS Des applications utilisant l’intelligence artificielle pourraient voir le jour pour aider les médecins dans le choix d’un traitement.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche

Les données en santé, qui proviennent de différentes sources, médicales comme administratives, sont une mine d’information. Et si ces données sont numérisées, leur exploration devient possible, ce qui en fait un intéressant outil de recherche. L’Université de Sherbrooke, de concert avec son partenaire le CIUSSS-CHUS de l’Estrie, vient de faire un pas de plus dans cette direction en lançant le Pôle universitaire de santé numérique de l’Estrie. Mais pourquoi l’Université de Sherbrooke ?

« C’est que nous avons une longue tradition en numérique de la santé qui remonte au début des années 1980, quand nous avons commencé à mettre en place une expertise dans le domaine, souligne Jean-Pierre Perreault, vice-recteur à la recherche et aux études supérieures. De plus, au début des années 1990, nous avons connu en Estrie une première fusion de nos hôpitaux, et cette fusion a été l’occasion de mettre en place un dossier patient électronique. Cette pratique a été maintenue lors de la création du CIUSSS, et ce, pour tous les services de ce dernier. Le Pôle est donc l’aboutissement de 40 années d’expertise en numérique de la santé. »

Autre raison qui rend possible la création du Pôle universitaire de santé numérique : le territoire. « Tous les citoyens de l’Estrie reçoivent l’ensemble des services en santé du CIUSSS-CHUS de l’Estrie, poursuit le vice-recteur, et la Faculté de médecine ainsi que les centres de recherche en santé ont pignon sur rue à l’Université de Sherbrooke. »

Partager sans centraliser

Bien que les données recueillies soient entièrement anonymisées, il n’y aura pas au Pôle universitaire de santé numérique de l’Estrie une banque centrale de données, où l’on déposerait sur des serveurs la totalité des données. La raison est d’ordre légal.

« La loi oblige les établissements qui compilent des données en santé, donc le CIUSSS de l’Estrie et l’Université de Sherbrooke, à demeurer propriétaires de leurs données, ce qui interdit la création d’une banque centrale », précise Jean-Pierre Perreault.

Les décideurs ont donc privilégié la création d’une interface regroupant les professeurs, les chercheurs et les praticiens en santé ainsi que les propriétaires des données. Le Pôle universitaire de santé numérique mettra à la disposition de tous les intervenants une expertise en informatique, en statistiques et en intelligence artificielle, expertise qui proviendra du personnel des deux partenaires. « Par exemple, mentionne le vice-recteur, un chercheur en santé s’adressera d’abord aux experts du Pôle, et c’est avec ceux-ci que seront élaborés les outils de recherche, et ensuite les données souhaitées seront mises à la disposition du projet de recherche. »

Le Pôle est l’aboutissement de 40 années d’expertise en numérique de la santé

 

Et l’entreprise privée ? « Pour le moment, ce n’est pas une priorité, dit-il. À l’avenir, il se pourrait que des entreprises privées puissent participer, mais uniquement si elles sont prêtes à collaborer complètement avec nous. Par contre, les entreprises privées issues directement de la recherche universitaire menée à l’Université de Sherbrooke pourraient se joindre à nous plus rapidement. »

Améliorer la pratique en santé

Le but avoué du Pôle universitaire de santé numérique est d’améliorer les diverses pratiques en santé en utilisant cet outil que sont les données en santé. D’un point de vue administratif, on peut aisément imaginer des gestionnaires en santé se servir de ces données numériques pour déterminer les meilleures pratiques et ensuite les mettre en application.

« Mais les données numériques en santé peuvent aussi servir à améliorer la pratique de la médecine, avance Jean-Pierre Perreault. Par exemple, un oncologue qui doit traiter un patient pour un cancer donné pourrait connaître, grâce aux données numériques, quels ont été les méthodes thérapeutiques utilisées et les résultats obtenus dans le traitement de ce type de cancer, avant même de décider quelle méthode thérapeutique il veut employer. »

Et Jean-Pierre Perreault de rappeler l’importance du volet formation. « Le Québec est frileux sur l’utilisation des données en santé. Le Pôle est l’occasion de créer un environnement favorable qui permettra à tous les étudiants en santé de se familiariser avec ce nouvel outil. »

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