Des cibles ambitieuses pour réduire le recours aux agences privées en santé

En décembre dernier, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a demandé des plans pour parvenir à une réduction du recours aux agences privées de placement de personnel dans le réseau public aux CIUSSS et aux CISSS des grandes régions de Montréal et de Québec.
Photo: Johnny Greig Getty Images En décembre dernier, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a demandé des plans pour parvenir à une réduction du recours aux agences privées de placement de personnel dans le réseau public aux CIUSSS et aux CISSS des grandes régions de Montréal et de Québec.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, veut réduire le recours aux agences privées de placement de personnel dans le réseau public. Il a demandé aux CIUSSS et aux CISSS des grandes régions de Montréal et de Québec de lui remettre, en décembre, des plans pour y parvenir. Le Devoir a appris que des établissements de santé ambitionnaient de revenir à leur plus bas taux d’utilisation de main-d’œuvre indépendante depuis 2019, puis de diminuer celui-ci de 25 % d’ici septembre et de 50 % d’ici le 31 mars 2023.

Le Devoir a obtenu les plans de réduction de recours à la main-d’œuvre indépendante de quatre établissements de santé, grâce à la Loi sur l’accès aux documents des organismes publics. Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal indique dans le sien qu’il compte faire passer son taux d’heures travaillées par du personnel d’agence de 7,59 % (chiffre datant de novembre dernier) à 4,14 % (taux le plus faible enregistré entre 2019-2020 ou 2020-2021), puis à 3,11 % d’ici le 1er septembre et à 2,07 % d’ici le 31 mars 2023.

Des objectifs mis en péril par les vagues successives de COVID-19 ? Le Devoir n’a pu obtenir d’entrevue de la part du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, comme des trois autres établissements de santé cités dans le texte. Le CIUSSS a toutefois précisé que son taux de recours à la main-d’œuvre indépendante était de 5,66 % pour la période du 2 au 29 janvier. Dans un courriel, l’organisation souligne que la vague Omicron « a ralenti [sa] capacité à mettre en avant [son] plan de réduction du recours à la main-d’œuvre indépendante ».

Au pire de la crise, en janvier, « près de 2000 employés étaient absents », précise-t-on.

« L’accalmie actuelle nous permet d’investir encore plus d’énergie dans le recrutement du personnel, poursuit-on. Les gestionnaires ont été conviés à solliciter le personnel d’agence qui travaille dans leur service à [se] joindre [aux] équipes du CIUSSS. » Un « processus de recrutement accéléré » a permis l’embauche d’une quinzaine de personnes provenant d’agences.

Selon le Syndicat des professionnelles en soins de santé du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, affilié à la FIQ, l’atteinte de la cible de 2,07 % d’ici un an est peu réaliste. « On est en pénurie d’infirmières, dit son président par intérim, Denis Joubert. Il en manque partout, même avec [la présence de] la main-d’œuvre indépendante. »

Les infirmières d’agences demeurent nombreuses sur le terrain, indique-t-il. Beaucoup ont toutefois été transférées sur des quarts défavorables (soir et nuit), comme le demandait Québec. « Je l’ai constaté à l’urgence de l’hôpital Notre-Dame et à la Direction de santé mentale et dépendance », précise Denis Joubert.

Temps supplémentaire inégalitaire

Les cibles de réduction de 25 % et 50 % figurent aussi dans le plan du CISSS de la Montérégie-Centre. Les établissements de santé de la grande région de Montréal se sont concertés, comme en témoigne le sceau « initiative 514-450 » apposé sur ce plan ainsi que sur celui du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

De son côté, le CISSS de Laval veut atteindre un taux de recours à la main-d’œuvre indépendante de 1,67 % en 2022-2023. Dans un courriel, l’organisationaffirme avoir elle aussi « ralenti la mise en place de certaines mesures prévues au plan » lors de la cinquième vague. Contrairement à ce qui est prôné dans son plan, du nouveau personnel d’agence a été orienté afin de remplacer des soignants absents en raison d’Omicron, reconnaît le CISSS.

« Avec la période d’accalmie actuelle, le CISSS a repris l’implantation de l’ensemble des mesures prévues au plan », écrit-on dans un courriel. Aucun nouveau contrat n’a été signé avec une agence. Plus d’une centaine d’employés en soins infirmiers et cardiorespiratoires ont été embauchés grâce à une récente campagne de recrutement, souligne l’établissement.

Le Syndicat des infirmières, inhalothérapeutes et infirmières auxiliaires de Laval (CSQ) déplore que la main-d’œuvre indépendante ne soit pas soumise au temps supplémentaire obligatoire (TSO). Dans son plan, le CISSS cite parmi ses mesures l’introduction de « l’application du TSO pour le personnel en provenance des agences ». « Les membres nous le disent souvent : “ah ben moi, je suis restée en TSO, et l’employé d’agence a pu partir” », relate Déreck Cyr, président par intérim du syndicat.

Au CISSS de Chaudière-Appalaches, on confirme que la cible de réduction de 20 %, fixée dans son plan, n’a pas été atteinte en mars comme prévu en raison de la cinquième vague. Le dossier est cependant en « développement actif ». « Les établissements de la région de Québec et de Chaudière-Appalaches créent un pôle pour qu’ils adoptent tous des mesures concertées », écrit-on.

Selon la présidente de l’association Entreprises privées de personnels soignants du Québec, Hélène Gravel, le taux de recours à la main-d’œuvre indépendante dans la province est généralement d’environ 3 %. « Ça a été plus élevé en temps de pandémie parce qu’on a été vraiment actifs pour la vaccination », dit-elle. Elle rapporte que ses membres n’ont pas vu de « changement majeur » depuis le dépôt des plans des CIUSSS et des CISSS auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux, en décembre 2021.

L’association suivra de près la présentation mardi matin du plan de modernisation du système de santé du ministre Dubé. « Il est censé donner de la place au privé, dit Hélène Gravel. Ça va se faire comment ? » Elle se dit « tout à fait d’accord » à ce qu’il y ait un « encadrement de la main-d’œuvre indépendante ».

 

Le Saguenay– Lac-Saint-Jean sous pression

En une semaine, le nombre d’hospitalisations liées à la COVID-19 est passé de 13 à 37 au Saguenay–Lac-Saint-Jean, d’après son directeur régional de santé publique, le Dr Donald Aubin. Les cas se multiplient là-bas comme dans d’autres régions plus éloignées, telles que la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, la Côte-Nord et l’Abitibi-Témiscamingue. Bien des employés du réseau sont aussi absents, ce qui ajoute de la pression sur le réseau. « Il y a 15 jours, on était à 154 travailleurs retirés en lien avec la COVID, et là, on est à 318, raconte le Dr Aubin. On est montés jusqu’à 550 cet hiver. » Selon lui, les hôpitaux de sa région sont « capables de tolérer » un tel nombre d’hospitalisations.


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