Forte hausse de cas parmi le personnel de la santé

Le Québec doit se préparer à affronter une nouvelle fois les imprévus de la pandémie. Les infections repartent à la hausse, et le nombre de contaminations pourrait atteindre « la moitié de ce qu’on a connu en janvier », a estimé dimanche le directeur national de santé publique par intérim, le Dr Luc Boileau. Déjà, 8600 travailleurs de la santé doivent s’absenter de leur lieu de travail, une augmentation de 60 % en une semaine.

« La situation a beaucoup évolué ces derniers jours », a laissé tomber d’entrée de jeu le Dr Boileau lors d’une conférence de presse exceptionnelle. Québec enregistrait samedi 107 nouvelles hospitalisations, inversant une tendance qui tenait depuis neuf semaines. « Si la tendance actuelle se maintient, le nombre d’hospitalisations va continuer à augmenter. »

Cette recrudescence était « prévue », a-t-il rappelé, en raison de la levée des mesures sanitaires, mais « l’addition du [sous-variant] BA.2 par-dessus a surpris » les experts. Si l’on combine ces deux facteurs, cette toute dernière poussée de contaminations pourrait atteindre « la moitié de ce qu’on a connu en janvier », selon le consensus scientifique. Environ deux tiers des infections enregistrées au Québec proviennent déjà du sous-variant BA.2, a précisé le directeur national de santé publique par intérim.

Cette nouvelle souche est si contagieuse que chaque personne infectée en infecte 10 autres en moyenne, note la Dre Hélène Carabin, épidémiologiste associée à l’Université de Montréal. Cette moyenne était de 8 avec Omicron, et de 2 à 3 pour le virus originel. « La vaccination seule ne pourra pas complètement stopper la propagation du virus », prévient-elle.

Conséquence : non seulement le nombre de patients souffrant de la COVID-19 augmente, mais la quantité de personnel hospitalier contaminé s’accroît tout autant. En date de dimanche, environ 8600 travailleurs de la santé devaient s’absenter, pour la plupart en raison d’une infection, ce qui représente une augmentation de 60 % en une semaine. « Il y a une poussée forte à ce niveau-là », a résumé le Dr Luc Boileau.

Cet affaiblissement de la capacité de soigner au Québec préoccupe surtout les autorités dans les régions où le nombre d’employés est en général plus faible, comme la Gaspésie, le Bas-Saint-Laurent, le Saguenay–Lac-Saint-Jean ou l’Abitibi-Témiscamingue.

La propagation de la COVID-19 est plus forte dans ces régions qu’à Montréal, car elles ont été moins frappées par la cinquième vague, fait remarquer au Devoir la Dre Maryse Guay, spécialiste en santé publique à la Direction de la santé publique de la Montérégie. « Ces régions se font rattraper par le virus », dit-elle.

Les leçons de l’Europe

« Pas question » toutefois de réintroduire de nouvelles mesures sanitaires dites « populationnelles », a affirmé le Dr Boileau.

Ce laisser-faire reçoit l’approbation de tous les experts consultés par Le Devoir. « Je crois que le gouvernement n’avait pas le choix de laisser un peu la société rouvrir, sinon l’adhésion [aux règles] aurait été plus complexe et difficile », souligne le virologue Benoit Barbeau.

Je crois que le gouvernement n’avait pas le choix de laisser un peu la société rouvrir, sinon l’adhésion [aux règles] aurait été plus complexe et difficile.

Laissant à d’autres le soin de qualifier la situation de « sixième vague », le Dr Boileau a tout de même invité le public à redoubler de prudence.

Lavages de mains, port du masque, distance physique et isolement pour les personnes infectées restent de mise. « Après cinq jours d’isolement, on peut, oui, sortir de notre isolement, mais en s’assurant de surprotéger les autres, a conseillé le Dr Boileau. […] La contagion, c’est dix jours ! »

Il s’est abstenu d’estimer la durée de cette nouvelle vague, faute de données probantes. « Systématiquement, les tendances qu’on voit en Europe, on les voit quelques semaines plus tard ici », observe par contre la Dre Carabin.

En effet, pas moins de 18 des 53 pays européens sous la surveillance de l’OMS connaissent présentement une résurgence du virus.

On est toujours capables de passer au travers, mais le problème, ce sont les gens qui doivent encore attendre leur chirurgie, leur traitement du cancer, etc. Ils souffrent plus longtemps, ne reçoivent pas les soins dus, et c’est ça, le problème.

La hausse des hospitalisations se poursuit sans relâche depuis deux semaines en France et en Italie, tandis qu’elle dure depuis trois semaines en Angleterre, en Belgique et aux Pays-Bas. Dans ce dernier pays, le pic des hospitalisations semble toutefois dépassé depuis quelques jours.

Le taux de vaccination plus élevé de ce côté-ci de l’océan couplé à l’ampleur de l’immunité acquise avec Omicron devrait permettre au Québec de traverser plus facilement cette nouvelle vague, précisent les différents experts. « On est toujours capables de passer au travers, mais le problème, ce sont les gens qui doivent encore attendre leur chirurgie, leur traitement du cancer, etc. Ils souffrent plus longtemps, ne reçoivent pas les soins dus, et c’est ça, le problème », souligne la Dre Guay.

 

Infections au parlement

Le virus s’est notamment faufilé à l’intérieur des murs du parlement à Québec. Le premier ministre François Legault a été déclaré positif à la COVID-19 ce jeudi. Le ministre des Transports, François Bonnardel, a annoncé dimanche avoir contracté le virus. La vice-première ministre, Geneviève Guilbault s’est aussi placée en isolement après que sa fille a obtenu un test de dépistage positif.

Lors de son point de presse, le Dr Luc Boileau a remis la responsabilité de la contagion dans les mains des individus. « Il faut que chaque personne agisse de façon responsable, pour elle comme pour les autres », a-t-il indiqué.

« Si vous voulez prendre des risques, ne prenez pas de risques avec les personnes vulnérables. N’allez pas voir vos grands-parents après avoir vu beaucoup de personnes les jours précédents », recommande à son tour la Dre Carabin.

 

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