La vaccination contre la COVID-19 durant la grossesse est sans danger

Des études confirment l’innocuité des vaccins à ARNm pour les femmes enceintes et leur bébé.
Photo: Raoul Arboleda Agence France-Presse Des études confirment l’innocuité des vaccins à ARNm pour les femmes enceintes et leur bébé.

Deux nouvelles études confirment que l’administration des vaccins à ARNm contre la COVID-19 durant la grossesse est sans danger pour la mère et pour le bébé. Elle n’accroît pas le risque de fausse couche, de naissance prématurée, de mortinaissance ou de complications lors de la grossesse et de l’accouchement.

Ces résultats publiés dans le Journal of the American Medical Association (JAMA) devraient rassurer les femmes enceintes et les inciter à se faire vacciner, étant donné qu’elles sont plus susceptibles de développer une forme grave de COVID-19 et, dans un tel cas, d’accoucher prématurément.

L’un de ces deux articles décrit l’étude d’une cohorte ontarienne de quelque 100 000 grossesses.

Dans leur analyse, Deshayne Fell, de l’Université d’Ottawa, et ses collègues n’ont relevé aucune augmentation des complications en fin de grossesse chez les 22 660 femmes ayant reçu au moins une dose de vaccin durant leur deuxième ou leur troisième trimestre de grossesse (soit 23 % de la cohorte) par rapport à ce qui était observé chez les femmes enceintes qui n’avaient pas été vaccinées.

Les mères vaccinées n’étaient d’ailleurs pas plus nombreuses à développer une infection des membranes qui protègent le bébé, ne nécessitaient pas plus souvent une césarienne d’urgence et ne présentaient pas de saignements excessifs lors de l’accouchement, « autant d’indicateurs qui témoignent du déroulement sain de la grossesse et de la naissance », souligne Mme Fell, qui a dirigé l’étude.

Les bébés des femmes vaccinées durant la grossesse n’étaient pas plus nombreux que ceux des femmes non vaccinées à nécessiter un transfert dans une unité de soins intensifs néonataux ou à présenter un faible indice d’Apgar, un test qui est pratiqué cinq minutes après la naissance et qui vise à évaluer divers signes vitaux du bébé.

Le deuxième article, publié dans la même édition du JAMA, détaille l’analyse d’environ 160 000 grossesses de femmes vivant en Suède et en Norvège. Cette étude n’a révélé aucune augmentation du risque de naissance prématurée, de mortinaissance, de faible poids à la naissance, de faible indice d’Apgar ou de transfert en soins néonataux dans le groupe de 28 500 femmes ayant été vaccinées durant la grossesse (soit 18 % de la cohorte).

Des résultats rassurants

Ces résultats sont porteurs de bonnes nouvelles pour les femmes enceintes, d’autant plus qu’ils concordent avec ceux d’études effectuées aux États-Unis et en Israël, concluent les auteures d’un éditorial publié dans le JAMA.

« Le très grand nombre de personnes qui ont été vaccinées durant leur grossesse nous a permis de voir si des complications rares étaient plus fréquentes chez les femmes qui se faisaient vacciner durant leur grossesse. Or, il est très rassurant de voir que dans trois pays différents (Canada, Suède et Norvège), dans trois populations différentes soumises à des politiques différentes, on arrive aux mêmes conclusions », ajoute Mme Fell.

Dans le service d’obstétrique du CUSM qu’il dirige, le Dr Richard Brownaffirme n’avoir remarqué ni problèmes particuliers ni séquelles chez les femmes vaccinées avant ou pendant leur grossesse.

« Même si elles n’étaient pas très nombreuses, toutes les femmes enceintes [suivies au CUSM] qui ont été vraiment malades n’étaient pas vaccinées. De plus, on a dû procéder un peu plus souvent à des accouchements prématurés chez les femmes non vaccinées qui étaient atteintes de la COVID-19 », relate-t-il.

Plusieurs études menées à différents endroits dans le monde ont en effet montré que les femmes enceintes qui contractent la COVID-19 courent plus de risque — 2,4 fois plus que les autres femmes — de complications graves nécessitant une hospitalisation, des soins intensifs ou une assistance respiratoire. Elles risquent aussi davantage de mettre en péril leur grossesse, d’accoucher prématurément et de donner naissance à un bébé mort-né, rappelle Mme Fell.

Pour la Dre Isabelle Boucoiran, du CHU Sainte-Justine, qui pilote le volet québécois d’une étude canadienne sur la COVID-19 chez les femmes enceintes, la fausse couche n’est pas ce que l’on craint le plus : c’est plutôt « le risque qu’elles se retrouvent avec une détresse respiratoire sévère et que cette dernière se complique et entraîne un accouchement prématuré ».

Selon la Dre Boucoiran, parmi les femmes enceintes qui contractent la COVID-19, celles qui ont plus de 35 ans et celles qui sont obèses sont deux fois plus susceptibles de se retrouver aux soins intensifs, celles qui sont hypertendues, trois fois plus, et celles qui sont infectées durant le troisième trimestre de leur grossesse, quatre fois plus. « Il est très important d’être vaccinée avant le troisième trimestre, parce que c’est le moment où le risque de développer une forme grave de COVID-19 est le plus élevé. »

Une étude américaine a démontré que la vaccination durant la grossesse diminuait le risque que la femme enceinte, mais aussi son enfant, développe une forme grave de COVID-19. « On voit que quand on vaccine durant la grossesse, les anticorps que produit la mère traversent le placenta et sont transférés au bébé, qui peut ainsi être protégé pendant les premiers mois de sa vie », souligne Mme Fell.

Le Dr Brown estime que parmi ses patientes enceintes, entre 50 % et 60 % sont vaccinées, et 40 % ne veulent pas l’être. « Certaines sont des antivax convaincues ; d’autres ont accepté de recevoir les vaccins contre la grippe et la coqueluche qui sont recommandés pendant la grossesse, mais elles considèrent les vaccins à ARNm comme trop nouveaux, et elles envisagent de se faire vacciner après leur grossesse. »

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