Mieux voir venir la sixième vague de COVID-19 à l'horizon

On sait que la nouvelle version BA.2 d’Omicron est 40% plus transmissible que la version originale BA.1.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne On sait que la nouvelle version BA.2 d’Omicron est 40% plus transmissible que la version originale BA.1.

Le sous-variant Omicron BA.2 déferle dans de nombreux pays d’Europe et d’Asie, où il est en voie de submerger encore une fois les centres hospitaliers. Ce cousin du variant Omicron d’origine a fait son entrée au Québec. Il serait actuellement responsable de la moitié des nouveaux cas. Des experts proposent des stratégies pour empêcher que ce nouveau variant n’entraîne notre système de santé dans une autre situation critique.

On sait que la nouvelle version BA.2 d’Omicron est 40 % plus transmissible que la version originale BA.1. Si on ne dispose pas pour l’instant de données claires sur sa virulence, rien ne confirme qu’il serait plus dangereux que BA.1, qui l’était moins que Delta.

Mais, « on a vu que même si la première version d’Omicron était moins virulente que les variants précédents, elle a tout de même entraîné un effondrement de notre système de santé. On ne peut donc pas dire qu’Omicron était bénin », fait remarquer le Dr Don Vinh, microbiologiste-infectiologue au CUSM. « Ainsi, si le variant BA.2 s’avère équivalent au BA.1 en matière de pathogénicité, c’est-à-dire de sa capacité à causer une maladie grave, cela ne veut pas dire qu’il aura peu d’impact sur notre système de santé. On voit déjà que le BA.2 menace les systèmes de santé de plusieurs pays d’Europe et d’Asie. »

Selon une modélisation informatique effectuée par des experts du réseau canadien CoVaRR-Net (Coronavirus Variants Rapid Response Network), l’assouplissement des mesures sanitaires combiné à la plus grande transmissibilité du sous-variant Omicron BA.2 pourrait doubler le nombre d’infections au pays par rapport à ce qu’il aurait été si les restrictions n’étaient pas levées.

Pour faire face à ce sous-variant qui est en voie de remplacer le variant Omicron d’origine, plusieurs pays européens offrent une quatrième dose de vaccin aux personnes vulnérables et âgées. Au Québec, les personnes immunodéprimées peuvent la recevoir depuis la mi-janvier, et les personnes de 80 ans et plus y auront droit à partir de la semaine prochaine.

« Il n’y a pas que les immunodéprimés et les aînés qui sont vulnérables, de jeunes personnes ont été hospitalisées et sont mortes de la COVID-19. Il faut que les gens reçoivent trois doses pour être adéquatement vaccinés, deux doses ne suffisent pas pour être protégés », souligne le Dr Vinh.

Le Dr Vinh croit que même les personnes âgées de moins de 80 ans auront probablement besoin d’une quatrième dose plus de quatre mois après leur troisième dose, étant donné que « le vaccin que nous utilisons actuellement a un impact limité face aux nouveaux variants ». Le Royaume-Uni l’envisage pour l’automne prochain en prévision d’une possible vague hivernale.

La troisième dose devient plus essentielle que jamais au fur et à mesure que les restrictions s’atténuent, prévient le Pr Nazeem Muhajarine, codirecteur de l’axe Impacts sur la santé publique du CoVaRR-Net.

Plus circonspect, l’expert en virologie à l’UQAM Benoît Barbeau pense qu’il faut attendre de voir comment nous arriverons à contrôler cette nouvelle vague BA.2 avant d’envisager d’étendre l’administration d’une quatrième dose à une plus large population qui, rappelle-t-il, a été fortement infectée par le variant Omicron.

Des mesures aux grands effets

Les experts s’entendent toutefois pour dire qu’il faudrait maintenir, et non suspendre comme le prévoit le gouvernement, les mesures sanitaires permettant de minimiser la transmission du virus, comme porter le masque dans les espaces intérieurs et améliorer de façon plus substantielle la ventilation de ces lieux.

« Porter un masque à l’intérieur est un très petit inconvénient pour un gain énorme en matière de prévention. Assurer une bonne ventilation et aller à l’extérieur lorsque c’est possible sont également des moyens de réduire la transmission. Et si vous présentez des symptômes, faites-vous tester et restez chez vous », recommande le Pr Muhajarine.

« Sans revenir à des mesures draconiennes comme celles qu’on a connues cet hiver, le gouvernement devrait peut-être envisager de maintenir le port du masque dans les endroits intérieurs, ne serait-ce que le temps de passer à travers cette nouvelle vague, voire jusqu’à la saison estivale », dit M. Barbeau.

« Il aurait été préférable de lever les mesures sanitaires plus progressivement », affirme la Dre Cheryl Camillo, membre du CoVaRR-Net. Car il y a « le danger que de nombreux Canadiens croient que, parce que les restrictions ont été levées, il n’y a plus de risque. Ces gens pourraient alors choisir de ne plus utiliser tous les outils de prévention à notre disposition », s’inquiètent les chercheurs de ce réseau.



À voir en vidéo