Les enfants «probablement» plus vulnérables à une réinfection à la COVID-19

Le taux d’anticorps — et donc le niveau de protection — après une infection à la COVID-19 varie grandement selon l’âge. Les enfants gardent moins bien la mémoire du SRAS-CoV-2, ce qui pourrait « probablement » les rendre plus vulnérables à une réinfection.

Une récente étude publiée sur JAMA Network indique que les enfants produisent presque deux fois moins d’anticorps que les adultes après avoir contracté la COVID-19.

Il s’agit d’une « petite étude qui va dans le même sens que plusieurs autres études », confirme le Dr Jesse Papenburg, spécialiste en infectiologie pédiatrique associé à l’Université McGill.

La raison à cela est « complexe et pas claire », dit-il, mais peut se résumer en simplifiant en deux parties le principe de l’immunité.

D’une part, il y a « la réponse immunitaire innée ». Cette première ligne de défense se trouve dans le nez, la bouche et la gorge, c’est-à-dire les premières voies d’accès au corps. Les cellules qui s’y trouvent peuvent freiner l’infection aussitôt qu’un virus tente d’entrer dans le corps.

D’autre part, il y a « la réponse immunitaire adaptée ». Il s’agit ici des anticorps qui se chargent en deuxième lieu d’éliminer le virus s’il réussit à pénétrer tous les organes.

Enfin, la science démontre que les enfants possèdent une réponse immunitaire innée bien plus forte que les adultes. Le nez d’un enfant qui coule sans cesse est peut-être le meilleur exemple d’une « réponse immunitaire innée » constamment activée.

« Pour l’enfant, le plus important, ce n’est pas d’être super bon pour prévenir un virus spécifique, mais plein de virus différents, souligne le Dr Papenburg. Dans les premières années de sa vie, un enfant peut être en contact avec 6 à 10 infections par année. »

Contre le virus à l’origine de la COVID-19, cette réponse rapide élimine donc l’infection avant même qu’elle se propage dans le corps. Puisque les adultes n’ont plus une réponse « innée » aussi puissante, ils doivent se rabattre sur leurs anticorps pour lutter contre la maladie.

Risques de réinfections

Puisque les anticorps constituent « une mémoire du corps » qui permet de mieux lutter contre un virus précis si celui-ci tente une seconde réinfection, le déficit de ceux-ci chez l’enfant ouvre la porte à de nouvelles infections à l’avenir.

« C’est possible » que les réinfections soient plus courantes chez les enfants, affirme le Dr Papenburg, bien qu’aucune étude n’ait encore éclairci la question.

La Dre Hélène Decaluwe, chercheuse clinicienne au CHU Sainte-Justine, invite à ne pas généraliser ces données de l’étude de JAMA Network. Elles ont été extraites de patients « peu ou pas symptomatiques », ce qui est très large. En outre, cette faible intensité de la maladie provoque peu d’anticorps, aussi bien chez les adultes que chez les enfants, ce qui ne donne pas un portrait complet.

Tout de même, « ce n’est pas vraiment surprenant » de constater moins d’anticorps chez les enfants, car ceux-ci font en général moins de COVID-19 symptomatiques.

« Ça se peut que l’enfant ne garde pas une bonne mémoire d’avoir vu le virus, dit-elle. Ainsi, si un autre variant arrive, il peut refaire une infection 6 mois, 1 an ou 2 ans après. » D’où l’importance de la vaccination, qui stimule la création d’anticorps directement dans le sang et les muscles, mentionne la pédiatre immunologue.

Il n’y a toutefois pas lieu de s’inquiéter outre mesure de ces réinfections, affirme-t-elle, les enfants étant très peu atteints de complications graves de la COVID-19.

Son équipe de recherche recrute d’ailleurs des enfants et des adolescents pour une étude visant à établir leur réponse immunitaire après la vaccination.

Ce texte est tiré de notre infolettre « Le courrier du coronavirus » du 21 mars 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.



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