Un traitement efficace contre la perte d’odorat liée à la COVID-19 se pointe le bout du nez

La perte de l’odorat teinte la vie de milliers de Québécois.
Peter Parks Agence France-Presse La perte de l’odorat teinte la vie de milliers de Québécois.

De l’extrait de vanille qui empeste «le caoutchouc brûlé», du citron qui sent seulement «acide», des branches de sapin qui dégagent des effluves… de menthe? Les odeurs se confondent dans les narines des milliers de personnes infectées par la COVID-19. Tandis que la science de ce curieux symptôme du coronavirus se précise, l’espoir d’un traitement efficace pointe maintenant le bout de son nez.

Dès 2020, la perte de l’odorat a été décrite comme une conséquence de la COVID-19. On le constate aujourd’hui, cette nouvelle normalité sans parfum peut devenir permanente. Le professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières, Johannes Frasnelli en sait quelque chose. Il étudie depuis des décennies la science de l’odorat et, depuis deux ans, il tente de trouver une solution pour les patients COVID-19 privés de leur sens olfactif.

Selon lui, «60% des personnes infectées ont un trouble de l’odorat durant la phase aiguë de la maladie. Et 10% de ces 60%, donc 6%, ont un problème d’odorat à plus long terme». Ces chiffres datent de 2021, et il semble que cette proportion soit plus faible pour les victimes d’Omicron.

La cause de ce mal est maintenant connue: le virus envahit puis détruit les cellules humaines qui contiennent la protéine ACE2. Et il se trouve que les cellules du nez en sont remplies. Qui plus est, «le nez est le premier point de contact du virus. C’est pour cette raison-là que les cellules dans la muqueuse nasale sont touchées de façon très importante». Ensuite, une fois les narines atteintes, les neurones qui lient le nez au cerveau dépérissent, faute de stimulation, ce qui entraîne bien souvent un handicap à long terme.

L’intensité de la destruction de ces cellules du nez provoque différents niveaux de complications. On parle d’«anosmie» lorsqu’il y a disparition complète de l’odorat. D’autres souffrent de la «parosmie», ce qui signifie que le sens est altéré et que tout «sent bizarre». Enfin, plusieurs voient les sens de l’odorat diminué, ce qu’on appelle l’«hyposmie».

La vie des patients atteints de parosmie peut devenir très fade, voire nauséabonde. Tout prend une teinte malodorante. «L’odeur perçue, c’est difficile à décrire, c’est quelque chose de très désagréable, comme du caoutchouc brûlé», décrit Johannes Frasnelli, d’ailleurs auteur du livre Humer, flairer, sentir. Les pouvoirs insoupçonnés de l’odorat.

Cauchemar des cuisiniers, l’anosmie n’annule pas le sens du goût, mais l’affaiblit assurément, explique le spécialiste, car le nez permet de détecter «les goûts plus fins». Par exemple, «si on goûte une pomme et un ananas, les deux goûtent sucré, les deux sont un peu acidulés, mais le parfum, je le perçois avec mon nez».

De l’espoir

Des techniques de réadaptation émergent peu à peu pour le soulagement des patients privés d’odorat, et les résultats se déjà font sentir.

L’équipe de M. Frasnelli rééduque notamment le nez de volontaires par le humage quotidien d’odeurs fortes. Matin et soir, le patient doit respirer des parfums dans chacune des narines puis dans tout le nez en même temps.

«Agrume, rose, eucalyptus, clou de girofle, épicé, floral, fruité, aromatique. On essaie de couvrir le spectre des odeurs», explique-t-il.

«Cet entraînement olfactif peut améliorer l’odorat», confirme le neuropsychologue. Il concède en revanche que le processus biologique qui explique cette guérison «n’est pas encore tout à fait compris» par les spécialistes du domaine.

Il invite d’ailleurs tous ceux qui ont perdu une partie de leur odorat à participer à ses recherches menées au Département d’anatomie de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Ce texte est tiré de notre infolettre « Le courrier du coronavirus » du 14 mars 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.



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