Le sous-variant Omicron BA.2 laisse craindre une nouvelle vague en Europe

À l’heure de la levée de l’essentiel des mesures sanitaires, plusieurs pays européens font de nouveau face à une augmentation quotidienne des cas de COVID-19, ce qui fait craindre l’arrivée d’une nouvelle vague à travers le continent. S’il est vrai qu’une recrudescence pourrait également survenir au Québec, les experts ne voient pas de raison de s’alarmer pour l’instant.

« Il faut appeler un chat un chat : une nouvelle vague débute en Europe de l’Ouest », a déclaré le médecin épidémiologiste français Antoine Flahault en entrevue au Parisien. De récents bilans montrent effectivement un rebond épidémique dans de nombreux pays.

Les infections en Autriche sont à leur apogée : 40 881 nouvelles infections y sont signalées chaque jour, la moyenne quotidienne la plus élevée depuis le début de la pandémie. Les infections au Royaume-Uni explosent également depuis les deux dernières semaines, avec une hausse de 107 %. Après une brève baisse du taux d’infection en Allemagne, les chiffres ont de nouveau augmenté ces derniers jours, avec une hausse des cas de 24 % dans les deux dernières semaines.

Cette remontée était toutefois prévisible, souligne le Dr Alain Lamarre, spécialiste en immunologie à l’Institut national de la recherche scientifique. Le relâchement des mesures sanitaires, les vacances scolaires et la propagation du sous-variant BA.2 — le « petit frère » du variant Omicron — expliquent entre autres le récent rebond.

« C’est sûr qu’en éliminant des mesures de santé publique, ce qui a été fait depuis plus longtemps qu’ici dans la majorité des pays d’Europe, il fallait s’attendre à une montée des cas. Le virus circule encore beaucoup », remarque-t-il.

La nature plus transmissible de la sous-lignée du variant Omicron, le BA.2, devenu majoritaire en France et au Danemark, explique également la progression accrue des nouveaux cas.

 

« Le variant Omicron était différent des variants précédents, mais BA.2 est suffisamment différent, de sorte que si vous avez été infecté par Omicron, rien n’empêche que vous soyez infecté par le BA.2. Pour cette raison, BA.2 nous amène dans des territoires complexes, où on a plus de transmission », résume le virologue Benoit Barbeau.

Le « BA.2 » a été détecté au Canada dès le mois de décembre, selon les données de Santé Canada, et représente maintenant 22 % des cas séquencés à l’échelle du pays.

Le sous-variant ne présenterait toutefois pas de risques plus élevés de contracter des formes graves de la maladie que le variant original BA.1. Les hospitalisations ne s’aggravent pas pour plusieurs pays européens : en France, le nombre quotidien moyen d’hospitalisations a augmenté de 2,7 % depuis la semaine dernière, tandis que les entrées quotidiennes en soins intensifs ont baissé de 15,5 %. Les hospitalisations sont également en baisse en Allemagne et en Italie.

Certains autres pays ont toutefois connu une augmentation des hospitalisations, notamment l’Irlande, le Royaume-Uni et les Pays-Bas.

« Il faut surtout surveiller les hospitalisations et les décès. Dans la plupart des pays, c’est encore très gérable comme situation, parce qu’ils ont une capacité hospitalière plus importante que ce qu’on a ici, au Québec. »

Nouvelle vague québécoise ?

Le Québec peut-il supporter une hausse éventuelle des hospitalisations ? La question se pose, d’autant plus que « la conjoncture actuelle au Québec est compatible avec une légère montée des cas », selon le Dr Lamarre. Le relâchement de plusieurs mesures, la semaine de relâche qui s’est récemment terminée et la présence du variant BA.2 forment un « terreau fertile » pour une remontée des cas.

« Je pense qu’on peut s’attendre à une remontée [des cas] et on peut en tolérer aussi, pour autant que ça ne se traduise pas par beaucoup d’infections sévères. C’est ça qu’il va falloir surveiller », explique le Dr Lamarre.

Quelques facteurs pourraient toutefois être à l’avantage du Québec pour minimiser les conséquences d’une remontée des cas. « On a une forte couverture vaccinale et on a commencé la vaccination de la dose de rappel plus tardivement que les pays européens. On a donc une immunité qui subsiste, du moins chez les jeunes adultes », note pour sa part M. Barbeau.

Avec l’arrivée imminente du printemps, dame Nature devrait aussi être défavorable au virus. « Si on veut être moins touchés que certains pays européens, on peut se donner un avantage et s’orienter davantage vers les activités extérieures qu’intérieures », suggère M. Barbeau.

Au sein du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), on assure que la situation est « prise au sérieux ». « Le Québec a un bon taux de vaccination. Une proportion importante de la population (jusqu’à 50 %) a récemment eu la COVID-19 et est donc protégée pour les mois à venir », indique la porte-parole du MSSS Marie-Claude Lacasse dans un courriel envoyé au Devoir.

Si la situation le nécessite, le Québec réagira rapidement, assure-t-elle. L’administration de la 4e dose pour certaines clientèles pourrait être accélérée, par exemple.

Apprendre à rester flexibles

Les deux experts contactés par Le Devoir s’entendent sur la même chose : si plusieurs endroits dans le monde « apprennent à vivre avec le virus », les citoyens devront cependant rester flexibles dans l’éventualité d’une remontée comme celle qu’on voit présentement en Europe.

Le port du masque serait, par exemple, la mesure « la plus flexible, qui pourrait être réimplantée rapidement en fonction de l’évolution de la situation épidémiologique », suggère le Dr Lamarre.

« Il ne faut pas que les gens pensent qu’une fois qu’on va abandonner les masques on ne reviendra pas en arrière. Je pense que c’est important d’envoyer un message clair à la population que, cette mesure-là, c’est probablement celle qui est la plus susceptible de revenir en cas de remontée », indique-t-il.

Chose certaine, la situation actuelle en Europe pourrait rappeler aux Québécois qu’il est important de rester vigilants, indique le virologue Benoit Barbeau. « On doit encore éviter de faire des partys de 30 ou 40 personnes chez soi. On est encore en pandémie, et c’est à nous de nous responsabiliser pour pouvoir vivre avec le virus. »

En Chine, le retour du confinement

En raison d’une nouvelle flambée de cas à travers le pays, la ville de Shenzhen, l’un des centres économiques du sud de la Chine, a ordonné dimanche soir à ses 17 millions d’habitants de rester confinés pendant une semaine. Près de 3400 cas de COVID-19 ont été recensés dimanche, un nombre record depuis le début de l’épidémie en février 2020. Comme ailleurs en Europe, c’est le sous-variant BA.2 qui alimente la recrudescence des cas.

Jusqu’à présent, la Chine est parvenue à contrôler les foyers épidémiques sporadiques au moyen de confinements locaux, de dépistages de masse, d’un contrôle de sa population par l’intermédiaire d’applications de traçage, les frontières du pays restant pratiquement fermées. Le virologue Zhang Wenhong a estimé lundi que l’heure d’assouplir la politique « zéro-COVID » n’était pas encore venue, malgré le faible taux de mortalité lié à Omicron.

Avec l’Agence France-Presse



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