Les premières vagues affectent longtemps des soignants

Plus de 6000 travailleurs de la santé du Québec ont été questionnés dans le cadre de cette étude, dont les résultats ont été rendus publics jeudi sur le site de prépublications MedRxiv.
Valerian Mazataud Le Devoir (archives) Plus de 6000 travailleurs de la santé du Québec ont été questionnés dans le cadre de cette étude, dont les résultats ont été rendus publics jeudi sur le site de prépublications MedRxiv.

Une simple grippe, la COVID-19 ? Pas du tout, martèle le Dr Gaston De Serres, qui vient de publier, avec des collègues, une étude portant sur le syndrome post-COVID-19, familièrement appelé COVID longue durée. Selon cette recherche, près de 68 % des travailleurs de la santé québécois infectés et hospitalisés lors des deuxième et troisième vagues avaient toujours des symptômes de la maladie 12 semaines après leur infection. Ce pourcentage est de 40 % chez les soignants contaminés, mais pas hospitalisés.

Des taux élevés, signale le Dr De Serres, microbiologiste-infectiologue à l’Institut national de santé publique du Québec. « C’est une belle illustration du fait que [la COVID-19], c’est très différent de la grippe, dit-il. L’influenza, quand c’est fini, tu ne traînes pas les symptômes pendant des mois. »

Plus de 6000 travailleurs de la santé du Québec ont été interrogés dans le cadre de cette étude, dont les résultats ont été dévoilés jeudi sur le site de prépublicationmedRxiv. Le travail des chercheurs n’a pas encore été révisé par des pairs.

Parmi les symptômes persistants le plus souvent cités par les participants se trouvent la fatigue, la perte du goût ou de l’odorat, l’essoufflement, les problèmes cognitifs (brouillard cérébral et perte de mémoire, par exemple), les maux de tête, ainsi que les douleurs musculaires et articulaires.

Fait important : les travailleurs sondés dans l’étude ont été infectés entre le 14 novembre 2020 et le 29 mai 2021, une période durant laquelle la souche originale du virus circulait et le vaccin n’était pas encore nécessairement accessible. « On a très peu d’individus vaccinés parmi nos cas chez les travailleurs de la santé, dit le Dr Gaston De Serres. Pas parce qu’ils refusaient la vaccination, mais parce qu’elle n’était pas encore disponible. »

Les données de cette étude demeurent pertinentes, a fortiori pour les gens non vaccinés, selon le Dr De Serres. « Évidemment, peut-être qu’avec Omicron, qui a une sévérité moins grande, le risque de développer un syndrome post-COVID est un peu plus faible, estime-t-il. Mais c’est clair qu’un peu plus faible, ça ne veut pas dire que c’est dix fois plus faible. Il ne faut pas se faire d’illusion et croire qu’avec Omicron, il n’y a aucun problème avec ce virus. Ce n’est pas vrai. »

Les gens qui ont reçu deux ou trois doses de vaccin ne doivent toutefois pas s’alarmer des résultats de cette étude. « Il ne faut pas penser que les gens qui ont été vaccinés et qui ont maintenant contracté Omicron vont nécessairement avoir [des symptômes persistants dans les mêmes proportions] que dans cet article-là », nuance-t-il.

Les chercheurs n’ont pas documenté la prévalence de la COVID longue durée chez les travailleurs de la santé après mai 2021, puisque l’étude était terminée. Impossible, donc, de savoir si les soignants aux prises avec des symptômes au moment de l’étude sont toujours accablés par ceux-ci.

Une étude attendue

 

La Dre Anne Bhéreur, elle, vit avec la COVID longue durée. Elle a contracté le virus en décembre 2020 lors d’une éclosion dans le milieu de soins palliatifs où elle travaillait. Près d’un an et demi plus tard, elle s’essouffle très rapidement, peine à se concentrer et doit composer avec une grande fatigue. Grâce à une imagerie par résonance magnétique, elle a finalement su en août qu’elle avait une atteinte cardiaque.

La Dre Bhéreur attendait avec impatience les résultats de l’étude du Dr De Serres et de ses collègues. « J’ai été atterrée par les résultats, dit-elle. Les chiffres sont encore plus élevés que les estimations conservatrices qu’on utilise. » Entre 10 et 30 % des personnes infectées souffriraient du syndrome post-COVID, indique-t-elle.

Selon la Dre Bhéreur, ces données sont « très importantes », d’autant qu’elles sont « assez solides ». « On a vraiment un échantillon très grand parmi des gens qui ont eu un test positif à la COVID et à qui on a posé la question [sur les symptômes prolongés], explique-t-elle. Il ne s’agit pas de gens qui viennent d’un groupe de COVID longue durée, d’un échantillon biaisé au départ. »

Elle souligne aussi que les données recueillies 12 semaines après l’infection sont « très significatives » parce qu’à partir de ce moment, « la courbe d’amélioration des symptômes ralentit énormément » chez les gens souffrant du syndrome post-COVID. « On sait que ceux dont l’état va s’améliorer ensuite, ça va probablement se faire sur une période de six mois à deux ans », dit-elle.

Les autorités doivent prendre conscience du « problème majeur qu’on a sur les bras », pense-t-elle. Plus de services doivent être offerts à ceux qui souffrent de ce problème, affirme la Dre Bhéreur. « On a amplement de données dans la littérature scientifique pour commencer à les soigner, même si on ne sait pas tout encore », conclut-elle.

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