À quoi sert la détection du virus dans les égouts ?

Des chercheurs québécois recommenceront à épier la circulation du virus à l’origine de la COVID-19 dans les égouts.
Jacques Nadeau Le Devoir Des chercheurs québécois recommenceront à épier la circulation du virus à l’origine de la COVID-19 dans les égouts.

Des chercheurs québécois recommenceront, d’ici quelques semaines, à épier la circulation du virus à l’origine de la COVID-19 dans les égouts de Montréal, de Québec et de Gatineau. Mais à quoi sert cette curieuse méthode pour traquer les soubresauts de la pandémie ?

L’équipe de CentrEAU-COVID, codirigée par le professeur Dominic Frigon, fournissait depuis mars 2020 des données précieuses sur les tendances du virus. « Fournissait », car son financement a été supprimé par Québec en décembre 2021, tout juste avant la vague Omicron. « On a mis la clé sous la porte », raconte M. Frigon.

Les résultats étaient pourtant concluants, soutient-il, car les personnes infectées rejettent dans les toilettes des morceaux de virus avant même d’en percevoir les symptômes. « On voyait que, lorsque la mobilité augmente, on le détecte quatre jours après dans les eaux usées. Et puis quatre jours après, les cas observés augmentent. […] On était capables de prévoir une hausse des hospitalisations une semaine ou deux après une détection dans les eaux usées. »

La fin de son financement découle d’une vision « conservatrice » de la part de la Santé publique, selon le spécialiste en génie de l’environnement. « C’était la première fois de l’histoire que les acteurs de santé publique avaient une donnée vraiment populationnelle. Avant, c’était une agrégation de tests individuels. »

De nouvelles subventions ont depuis été débloquées, et son équipe recommencera d’ici quelques semaines à suivre l’évolution de la pandémie à partir des canalisations. Les contribuables y gagneront au change, plaide Dominic Frigon.

Grosso modo, un test PCR individuel coûte 50$, tandis qu’un test dans les égouts coûte 500 $, mais représente la prévalence du virus chez 100 000 personnes. Autrement dit, détecter la COVID-19 par les eaux usées représente « une facture quotidienne qui équivaut à 1 % » de l’argent dépensé quotidiennement pour les tests PCR en général lors des pics de contamination.

Le procédé est par ailleurs assez simple. Une pompe prélève quelques millilitres d’eau toutes les dix minutes dans un tuyau de l’usine de traitement, jusqu’à obtenir un échantillon représentatif sur 24 heures. Puis les chercheurs distillent cette eau sale pour en extraire l’ARN messager des virus à analyser. Enfin, ils vérifient la nature du virus grâce à un test PCR « de la même manière que dans les cliniques ».

Pour estimer combien de personnes sont représentées par ces virus de caniveaux, l’équipe du CentrEAU-COVID compare la proportion de virus avec la « bonne vieille mesure de l’ammoniac » dans l’eau, « une très bonne mesure du nombre d’humains qui urinent dans les égouts ».

Le financement de CentrEAU-COVID n’est pas garanti à long terme, mais Dominic Frigon est d’avis que cette pratique innovante permettrait de prédire une sixième ou septième vague alors qu’elle n’est encore qu’un ruissellement d’égout.

Ce texte est tiré de notre infolettre « Le courrier du coronavirus » du 7 mars 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.



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