La cinquième vague a engendré une surmortalité de 24% en janvier au Québec

En 90 jours, la vague Omicron aura été à l’origine d’environ 17% des 14 016 décès attribués à la COVID depuis l’apparition du virus au Québec.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne En 90 jours, la vague Omicron aura été à l’origine d’environ 17% des 14 016 décès attribués à la COVID depuis l’apparition du virus au Québec.

Portée par le variant Omicron, la cinquième vague de la pandémie a engendré en janvier une surmortalité de 24 % au Québec et cette vague aura été la plus mortelle pour les moins de 60 ans. Le Québec a franchi mercredi le cap des 14 000 décès causés par la COVID-19, dont près de 2400 sont survenus au cours des trois derniers mois.

En 90 jours, la vague Omicron aura été à l’origine d’environ 17 % des 14 016 décès attribués à la COVID-19 depuis l’apparition du virus au Québec, à la fin février 2020. Les données de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) révèlent toutefois que l’arrivée d’Omicron et sa vague déferlante d’infections ont  non seulement augmenté le nombre de personnes infectées, mais aussi changé le profil des victimes.

La cinquième vague est celle qui a fait le plus de victimes depuis la deuxième vague (4897 décès) en raison du grand nombre de personnes infectées. Elle s’est avérée quatre fois plus mortelle que la troisième vague, au printemps 2021, et sept fois plus que la quatrième vague de l’automne dernier.

Un profil changeant

Si les personnes âgées demeurent toujours surreprésentées dans les décès, la vague Omicron se démarque comme celle ayant causé le plus de morts en nombre absolu (116) chez les moins de 60 ans depuis la première vague de la pandémie (143). En comparaison, la deuxième vague (automne 2020) avait causé 111 décès, la troisième vague (mars à juillet 2021) en avait causé 48 et la quatrième vague de (automne 2021) avait fait 49 morts.

« Un des aspects importants d’Omicron, c’est que ça a frappé très fort, mais que ça a été très bref dans le temps. Ça a aussi touché beaucoup plus de plus jeunes. On peut penser qu’il y a eu une mortalité plus grande dans ces tranches de la population, surtout dans les groupes non vaccinés et les gens présentant de grands facteurs de risque », explique Alain Gagnon, professeur au Département de démographie de l’Université de Montréal.

24%
C’est le pourcentage de surmortalité observé au Québec en janvier 2022 en raison de la COVID-19.

Avant l’arrivée des vaccins entre mars 2020 et janvier 2021, plus de 90 % des personnes emportées par la COVID-19 étaient âgées de 70 ans et plus. Lors de la quatrième vague portée par le variant Delta l’automne dernier, pas moins de 28 % des personnes décédées avaient moins de 70 ans. De ce nombre, 9 sur 10 étaient âgés entre 50 et 69 ans.

On peut supposer qu’une bonne partie de ces décès sont survenus chez des personnes non vaccinées, si on se fie au statut vaccinal des personnes admises aux soins intensifs que dévoilait régulièrement cet automne le ministère de la Santé.

Le portrait a été tout autre avec le très transmissible variant Omicron, qui frappe depuis décembre un bassin de plusieurs millions de personnes, à la fois vaccinées et non vaccinées. Cela s’explique en raison de sa plus grande transmissibilité et de l’efficacité moindre du vaccin à stopper l’infection. Pour cette raison, le nombre de personnes de moins de 60 ans emportées par le virus a atteint un sommet depuis la première vague.

« Comme cette cinquième vague a touché et entraîné le décès d’un plus grand nombre de gens, notamment dans la cinquantaine et la soixantaine, cela a eu un impact plus important en termes de nombre d’années de vie perdues. Ça pourrait peut-être avoir un effet sur l’espérance de vie. Mais tout cela reste à analyser, car l’effet de la vague Omicron a été très bref dans le temps », précise le démographe.

Fait à noter, depuis le début de la pandémie, le Québec utilise un mode de calcul de la mortalité liée à la COVID-19 différent de celui utilisé par d’autres provinces et pays. L’INSPQ inclut dans ses statistiques toutes les personnes pour lesquelles la COVID-19 a été identifiée comme la cause principale ou secondaire du décès. D’autres provinces et pays n’incluent dans leurs données que les décès attribuables au virus. Pour cette raison, certains experts estiment que les chiffres sur la surmortalité, comparant les décès réels aux décès attendus, sont un meilleur indicateur de l’impact réel de la COVID-19.

Surmortalité

De nouvelles données dévoilées jeudi par l’Institut de la statistique du Québec témoignent de la puissance de la vague Omicron, révélant que le mois de janvier 2022 a été marqué par une surmortalité au Québec qui a atteint 24 %.

En janvier 2021, lors de la deuxième vague, le pic de surmortalité au Québec avait atteint 14 %, mais l’année 2021 s’était soldée par une sous-mortalité de -1,1 %. Au plus fort de la première vague, la surmortalité avait atteint 57 % en moyenne dans l’ensemble du Québec, mais avait explosé de 182 % à Montréal et Laval.

Pas moins de 7900 décès ont été enregistrés en janvier dernier, soit environ 13 % de plus que pour les années prépandémiques.

Ces chiffres englobent cependant toutes les causes de mortalité, précise Alain Gagnon. De sorte que d’autres facteurs pourraient s’être ajoutés à la COVID-19 cette année, notamment d’autres virus respiratoires, pour expliquer cette hausse hors norme.

« Cela reste à creuser, car certaines années, la grippe entraîne aussi des hausses marquées des décès à cette période de l’année, affirme le démographe. Mais c’est clair qu’avec le pic qu’a connu cette cinquième vague, une surmortalité due à la COVID-19 est fort probable. Mais on voit que son impact a été très court. »

En 2020, la COVID-19 était devenue la troisième cause de décès au Québec, après le cancer (21 000 décès par an au Québec) et les maladies cardiaques (15 000 décès). Avec 4000 décès en 2021, le ralentissement marqué de la mortalité liée au virus pourrait avoir fait reculer de plusieurs rangs la COVID-19 parmi les principales causes de décès au Québec, mais les données complètes à cet effet ne sont toujours pas disponibles.



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