Comment la COVID-19 a-t-elle envahi nos cauchemars ?

Les gens qui ont souffert de la COVID-19 vivraient plus d’épisodes de cauchemars, selon une autre étude internationale.
Getty Images Les gens qui ont souffert de la COVID-19 vivraient plus d’épisodes de cauchemars, selon une autre étude internationale.

La pandémie hante nos vies depuis deux ans, mais aussi nos nuits. La peur qu’elle engendre s’est infiltrée dans nos cerveaux à un point tel qu’elle « a fait émerger des thèmes de cauchemars qui lui sont propres ».

S’imaginer cloîtré sans porte de sortie, avoir l’impression de suffoquer, revivre en rêve une piqûre ou un test de dépistage : la pandémie s’est installée dans nos vies jusque dans notre sommeil, a constaté une étude à laquelle a participé la professeure Célyne Bastien, de l’École de psychologie et du Centre de recherche CERVO.

Cette recherche publiée dans la revue Journal of Sleep Research révèle qu’outre ces mauvais rêves aux formes proprement pandémiques, plusieurs « thèmes » de cauchemars ont connu une nette augmentation.

« La fréquence de certains thèmes diffère de celle observée en période non pandémique. C’est le cas de la séparation avec les êtres chers et de la mort », explique Célyne Bastien. Les cauchemars de suffocation, autrefois la réalité des personnes atteintes de l’apnée du sommeil, sont maintenant aussi plus répandus.

D’ailleurs, une étude similaire menée au Canada indique que la pandémie est le thème de près de 40 % des rêves.

Les gens qui ont souffert de la COVID-19 vivraient plus d’épisodes de cauchemars, selon une autre étude internationale. Chez ces derniers, la hausse était d’environ 50 %, alors qu’elle était d’environ 35 % dans le groupe témoin. Les chercheurs ont aussi noté que les patients qui avaient eu une COVID-19 modérée ou grave sombraient plus facilement dans un cauchemar que ceux qui n’avaient eu que la forme légère de la maladie.

Ces angoisses rêvées s’expliquent par l’angoisse durant l’éveil, selon la professeure Bastien. « Les rêves sont dans la continuité de la vie éveillée », ce qui signifie qu’une vie stressante provoque forcément un sommeil agité. Ainsi, l’étude relève que sur 419 répondants, 86 % ont vécu une augmentation de leur niveau de stress en raison de la pandémie. Environ 61 % d’entre eux jugeaient que la qualité de leur sommeil s’était détériorée et 44 % avaient de la difficulté à trouver le sommeil.

Quelques nuances s’imposent cependant. « Les études montrent que les codificateurs externes ont tendance à trouver plus de négativités dans les rêves des autres que les rêveurs eux-mêmes », dit Mme Bastien, ce qui signifie que l’interprétation négative des rêves est amplifiée par la recherche elle-même.

La science du rêve indique que nos songes contiennent « en général autant de contenu positif que de contenu négatif », souligne Célyne Bastien. L’anxiété et l’incertitude vécues depuis deux ans renforceraient également ce « biais » qui nous pousse à nous souvenir davantage de nos cauchemars que de nos beaux rêves.

Ce texte est tiré de notre infolettre « Le courrier du coronavirus » du 28 février 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

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