Un mannequin médical aussi vrai que nature

Pierre Vallée
Collaboration spéciale
La programmation du mannequin contient une foule de problèmes médicaux qu’il peut fidèlement reproduire, en plus de pouvoir recevoir des médicaments et y réagir.
Photo: UQAT La programmation du mannequin contient une foule de problèmes médicaux qu’il peut fidèlement reproduire, en plus de pouvoir recevoir des médicaments et y réagir.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche

Il respire, il affiche un pouls, il peut même transpirer. Pourtant, il n’a pas le don de la vie. M. Maurice est un mannequin médical sophistiqué, dit de haute-fidélité, car son comportement est d’un réalisme sans ombrage. M. Maurice réside aujourd’hui dans un laboratoire de l’Unité d’enseignement et de recherche en sciences de la santé à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT). Il s’agit du modèle SimMan 3G PLUS de Laerdal Medical, une compagnie norvégienne spécialisée dans cette technologie, et le modèle de base, sans options, vaut 80 000 $.

« Nous l’avons reçu en novembre dernier, explique Joséanne Desrosiers, professeure adjointe en sciences infirmières, et il s’agit du plus récent modèle sur le marché, donc le plus sophistiqué aussi. Nous l’utilisons comme outil de formation en sciences infirmières et en particulier dans le domaine des soins critiques, ceux que l’on retrouve aux urgences, aux soins intensifs ou en salle de réveil. »

Ce mannequin médical comprend de nombreuses fonctions. On peut l’ausculter et entendre le battement du cœur et le souffle des poumons. On peut l’intuber, car il possède un larynx. On peut aussi installer des perfusions, et il peut recevoir des médicaments et y réagir. « Toutes ses articulations fonctionnent exactement comme celles d’un humain, on peut même l’asseoir, poursuit Joséanne Desrosiers, et la texture de sa peau est si réaliste que c’en est impressionnant. »

Le mannequin est contrôlé par lien Wi-Fi à partir d’une tablette ou d’un ordinateur. Sa programmation contient une foule de problèmes médicaux que le mannequin peut fidèlement reproduire. Par exemple, on peut le programmer pour simuler un arrêt cardiaque, ce qui nécessite la prestation de soins critiques, comme la défibrillation. Tous les soins pratiqués et les instruments utilisés sont exactement ceux que l’on trouverait en situation clinique.

Et on peut même le faire mourir ! « En situation clinique, souligne Joséanne Desrosiers, malgré la qualité de protocoles et de procédures, il arrive qu’on échappe quand même un patient. M. Maurice nous permet de faire vivre ce premier deuil dans le cadre d’un laboratoire. »

Outil pédagogique

Ce mannequin est un outil, certes sophistiqué, mais surtout pédagogique. « Il faut préparer les étudiants et les laisser se familiariser avec le mannequin, précise Joséanne Desrosiers. Ce n’est qu’une fois cette acclimatation terminée que l’on peut commencer les simulations. Et ces simulations sont toujours arrimées avec le programme universitaire particulier des étudiants. »

Les simulations se déroulent toujours selon la même méthode : il y a d’abord une mise en situation et une mise en contexte avant que les étudiants soient appelés à faire leur intervention, selon les protocoles et les procédures appropriés à la situation simulée. Et comme les soins cliniques se dispensent généralement en équipe, ce sont des groupes de trois à cinq personnes qui participent à l’intervention. Une fois le tout terminé, il y a une phase de débreffage.

En situation clinique, malgré la qualité des protocoles et des procédures, il arrive qu’on échappe quand même un patient. M. Maurice nous permet de faire vivre ce premier deuil dans le cadre d’un laboratoire.

 

« Le débreffage est extrêmement important, poursuit Joséanne Desrosiers. D’abord, il offre aux participants une rétrospection sur les gestes qu’ils ont posés. D’ailleurs, l’intervention est filmée et mise à leur disposition. Mais ensuite, le débreffage fait en sorte que les participants décompressent, car les situations vécues sont stressantes. Même s’il s’agit d’un mannequin, personne ne veut commettre d’erreur. »

Objectifs et résultats

Quels sont les objectifs poursuivis avec l’utilisation de cet outil pédagogique ? « En premier, je dirais qu’il s’agit de réduire l’écart entre les connaissances théoriques et l’expérience clinique, précise Joséanne Desrosiers. Mais peut-être le plus important, c’est que cela permet de mieux développer le jugement clinique, ce qui est indispensable à une judicieuse prise de décision quant aux soins à prodiguer dans une situation médicale donnée. »

Et les résultats ? « Ils sont plus que probants, avance Joséanne Desrosiers. Les infirmières et infirmiers qui ont été formés grâce au mannequin haute-fidélité arrivent en milieu clinique mieux préparés, moins anxieux et intimidés et ils connaissent davantage le rôle qu’ils ont à jouer dans telle ou telle situation de soins cliniques. On trouve de nombreuses études dans la littérature scientifique qui en ont fait la démonstration. »

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