16% de surmortalité au Québec en janvier 2022 à cause d'Omicron

Pas moins de 2000 décès liés à la COVID-19 ont été recensés depuis le début de 2022, selon les données colligées par l’INSPQ.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Pas moins de 2000 décès liés à la COVID-19 ont été recensés depuis le début de 2022, selon les données colligées par l’INSPQ.

La vague de décès générée par Omicron a entraîné en janvier une surmortalité de 15,5 % au Québec, une hausse plus élevée que celle vécue dans de nombreux pays européens, mais bien moindre que celle qui a frappé les États-Unis.

C’est du moins ce qu’indiquent les toutes dernières données de 2022 de l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), dévoilées jeudi.

« On voit effectivement dans l’ensemble du Québec et sans surprise qu’il y a eu une surmortalité au mois de janvier, dépassant celle de la deuxième vague de 2021, et qui correspond environ à 240 décès excédentaires par semaine », explique Frédéric Fleury-Payeur, démographe à l’ISQ.

Le nombre des décès au Québec a oscillé autour de 1600 la première semaine de janvier, et de 1780 les deux semaines suivantes, ce qui équivaut à environ 240 décès de plus par semaine que ceux attendus en temps normal.

Ce récent portrait englobe toutes les causes de mortalité, mais selon le démographe, la grande majorité de ces décès excédentaires seraient associés à la vague Omicron. « Si on se compare avec plusieurs régions des États-Unis, notre surmortalité est bien moindre. Par contre, dans d’autres pays d’Europe, si leurs chiffres sont complets, il semble y avoir une sous-mortalité ou une mortalité moindre qu’au Québec en janvier, notamment au Danemark et aux Pays-Bas, où les décès survenus plus tôt à l’automne semblent avoir été liés à la vague Delta », affirme M. Fleury-Payeur.

La surmortalité essuyée en début d’année au Québec (15,5 %) se mesure en effet avantageusement pour la semaine du 22 janvier, si l’on compare les taux avec le nord-est des États-Unis (37 %), ou aux États de New York (43 %) ou du Massachusetts (27 %), où la vague Omicron a déferlé à peu près au même moment.

Toutefois, au 8 janvier, la surmortalité au Québec était beaucoup supérieure à celle vécue en France (-4 %), en Belgique (-3 %) et au Royaume-Uni (-4 %), où le plus gros de la cinquième vague a frappé à la fin de 2021.

Comment expliquer ces écarts ? Selon la Dre Rodica Gilca, médecin-conseil et chercheuse à l’Institut national de santé publique (INSPQ), plusieurs facteurs peuvent être en cause. « Les vagues d’infections ne sont pas arrivées partout en même temps. En Europe, la vague Delta a frappé plus tôt à l’automne, causant des décès dans la population à risque. Quand Omicron est arrivé plus tard, il se peut que plusieurs personnes à risque étaient déjà décédées », dit-elle.

La couverture vaccinale chez les populations âgées et vulnérables pourrait aussi expliquer les différences de surmortalité observées entre pays en ce début d’année, soutient la Dre Rodica, mais il est trop tôt pour le dire.

Selon les plus récentes données de l’INSPQ, 88 % des personnes de 70 ans vivant en communauté (hors CHSLD et résidences pour aînés) sont maintenant protégées par une troisième dose, mais ce n’était le cas que de 42 % à la mi-décembre. Des chiffres beaucoup plus faibles que ceux observés au même moment pour la même population (sans distinction quant au lieu de vie) en France (73 %), en Belgique (80 %), en Suède (81 %), en Espagne (82 %) ou au Danemark (91 %). En décembre, pas moins de 80 % des décès liés à la COVID-19 au Québec étaient le fait de personnes vivant à domicile, et 62 % en janvier.

Plusieurs variables peuvent expliquer les différences de surmortalité entre pays, non seulement le moment d’attribution de la troisième dose, mais aussi la présence d’autres virus respiratoires, notamment le virus respiratoire syncytial, qui frappe depuis l’automne beaucoup de personnes âgées au Québec, précise la Dre Gilca.

Les régions plus touchées

Pas moins de 2000 décès liés à la COVID-19 (causes principale et secondaire) ont été recensés depuis le début de 2022 (janvier et février), selon les données colligées par l’Institut national de santé publique du Québec.

Pour les derniers mois, les données de l’ISQ révèlent également que la surmortalité a été plus marquée en région que dans la métropole et ses couronnes nord et sud, qu’en Montérégie et que dans Lanaudière et les Laurentides. Cette surmortalité a atteint 15 % en région en juillet.

Le grand nombre de décès de personnes d’un âge avancé survenus lors des première et deuxième vagues dans la région métropolitaine expliquerait la sous-mortalité observée dans la métropole et ses régions limitrophes, explique précise Frédéric Fleury-Payeur.

« Pour janvier, il y a peut-être d’autres effets collatéraux liés à la pandémie, comme une hausse des décès par cancer, qui pourraient expliquer la surmortalité, mais il faudra des analyses plus poussées pour le dire. »



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