​Passeport vaccinal: craintes dans les hôpitaux

En point de presse mercredi, le directeur national de santé publique par intérim, le Dr Luc Boileau, a confirmé la levée du passeport vaccinal dans les hôpitaux.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne En point de presse mercredi, le directeur national de santé publique par intérim, le Dr Luc Boileau, a confirmé la levée du passeport vaccinal dans les hôpitaux.

La levée du passeport vaccinal dès le 14 mars vaut aussi pour les hôpitaux. Les visiteurs, proches aidants et accompagnateurs n’auront plus à présenter de preuve vaccinale avant d’entrer dans des centres hospitaliers, des centres de réadaptation et des CLSC, entre autres. Une décision qui ne fait pas l’unanimité chez les soignants et dans la communauté médicale.

« Quoi qu’en dise le gouvernement », les membres de l’Association des médecins hématologues et oncologues du Québec comptent bien continuer à exiger le passeport vaccinal dans les départements d’oncologie et les unités où des greffes de moelle osseuse sont pratiquées, signale son président, le Dr Martin Champagne.

« Peu importe ce que le ministère va annoncer, dans notre secteur d’activité, on va maintenir des mesures telles que le passeport vaccinal, dit-il. Je pense que c’est tout à fait approprié de maintenir un environnement de cette nature-là quand on travaille auprès d’une population immunosupprimée. »

Le Dr Champagne rappelle que les patients atteints de cancer sont moins bien protégés par les vaccins contre la COVID-19. « S’ils sont contaminés, ils ont plus de risques de complications et ont une plus grande contagiosité », ajoute-t-il.

« Pas un restaurant »

Le Dr Donald Cuong Vinh, microbiologiste et infectiologue au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), pense aussi qu’il faut continuer à appliquer, après le 14 mars, le passeport vaccinal dans les milieux de soins ainsi que dans tous les endroits où il est actuellement en vigueur. « On n’a pas besoin d’ajouter de l’huile sur le feu en permettant aux personnes non vaccinées d’entrer dans les hôpitaux, les centres de réadaptation et les CHSLD et d’exposer des patients vulnérables au virus », estime-t-il.

S’ils sont infectés, les gens non vaccinés peuvent avoir « une charge virale élevée » et être « contagieux pour une plus longue période » comparativement à ceux qui sont adéquatement vaccinés, explique le Dr Vinh.

La Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS), affiliée à la CSN, plaide aussi en faveur du maintien du passeport vaccinal dans les centres hospitaliers afin d’assurer la sécurité des patients et des travailleurs. « En levant l’application du passeport, le gouvernement remet entre les mains des citoyens la gestion de leurs propres risques, affirme son président, Réjean Leclerc. Si on va écouter une partie de hockey dans un restaurant sportif, on prend le risque. » Mais la situation est tout autre, fait-il valoir, pour un malade qui n’a d’autres choix que d’aller à l’hôpital.

Le Dr Hoang Duong, président de l’Association des spécialistes en médecine interne, n’est pas contre la levée du passeport vaccinal dans les milieux hospitaliers. Mais il exprime des inquiétudes. « Un hôpital, ce n’est pas tout à fait un restaurant, rappelle-t-il. Les chances de retrouver quelqu’un qui a le système immunitaire supprimé et qui donc est moins bien protégé par le vaccin sont plus élevées à l’hôpital que dans la société. »

L’extrême prudence est donc de mise, selon lui. « Il faut être prêt à l’exiger [de nouveau] au moindre signe d’une transmission qui se fait dans les hôpitaux », poursuit le Dr Duong.

Au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine, la levée du passeport vaccinal « ne change pas grand-chose », selon la Dre Caroline Quach-Thanh, microbiologiste-infectiologue. Deux parents sont déjà autorisés à être au chevet de leur enfant sans vérification du passeport vaccinal. « On demande le port du masque pour protéger les autres », précise-t-elle.

En point de presse mercredi, le directeur national de santé publique par intérim, le Dr Luc Boileau, a confirmé la levée du passeport vaccinal dans les hôpitaux. La situation en milieu hospitalier sera suivie de près, a-t-il assuré. « Nous souhaitons vraiment nous assurer que le risque sera plus contrôlé dans ces endroits où il y a des personnes beaucoup plus vulnérables et donc, il faut être très prudent de ce côté, a-t-il précisé. S’il y a lieu d’ajuster, on avisera. »

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