Le passeport vaccinal sera «graduellement» abandonné par Québec

Le passeport vaccinal a fait ses preuves, selon le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé. Québec procédera donc à son retrait progressif d’ici le 14 mars.

Le ministre en a fait l’annonce mardi après-midi, à Québec. En raison d’une situation épidémiologique favorable, « le passeport est de moins en moins nécessaire », a constaté l’élu caquiste en conférence de presse.

« Les perspectives épidémiologiques vont dans le bon sens. La situation s’améliore », a renchéri le directeur national de santé publique par intérim, Luc Boileau, qui a rendu un avis lundi soir après avoir reçu de nouvelles données. « On ne se sentait pas à l’aise de faire la recommandation avant-hier », a-t-il précisé.

Le retrait du laissez-passer avec code QR se fera par étapes. Dès mercredi, il disparaîtra des succursales de la Société des alcools du Québec et de la Société québécoise du cannabis du Québec. Les magasins à grande surface n’auront plus l’obligation de l’exiger non plus. Puis, le 21 février, il ne sera plus demandé dans les lieux de cultes et pour les cérémonies funéraires.

À (re)voir:

La conférence de presse du ministre Christian Dubé et du Dr Luc Boileau:

À partir du 14 mars, les personnes non vaccinées pourront visiter les restaurants, les bars et les ressources pour personnes âgées sans contrainte. Les voyageurs auront à le conserver en attendant une révision des consignes fédérales.

Québec se dit prêt à relancer l’outil vaccinal si la situation épidémiologique s’assombrit. « Gardez-le donc sur votre téléphone », a suggéré M. Dubé. Le Québec n’est pas à l’abri d’une sixième vague, a-t-il fait remarquer. D’autant plus que le variant BA.2, « plus contagieux », représente désormais 10 % à 15 % des cas positifs recensés à Montréal.

Quant au masque, la Santé publique n’envisage pas de demander son retrait avant le 14 mars. « Pour l’instant, les signaux qu’on a ne sont pas suffisants pour nous amener de ce côté-là », a soutenu le Dr Boileau.

Moins utile ?

La semaine dernière, le ministre Dubé disait vouloir attendre « au moins jusqu’à la mi-mars » pour mettre la hache dans le passeport vaccinal. « Ce qui nous permet de faire le déconfinement […], c’est l’espace dans les hôpitaux qu’on a créé, mais aussi le fait d’avoir un passeport vaccinal et le masque », avait-il dit mardi, en ajoutant que le passeport était « là pour rester ».

« Le passeport vaccinal, il est approprié. Il est avec nous depuis déjà plus de 150 jours et il a montré son utilité », affirme aujourd’hui M. Dubé, selon qui près de 600 000 Québécois ont été envoyés vers les centres de vaccination grâce à la mesure vaccinale.

Québec ne fera pas le bonheur de tous en déconfinant autant. L’Institut national de santé publique du Québec, qui mène régulièrement des sondages auprès des Québécois afin de mesurer leurs comportements à l’égard des mesures sanitaires, constate que tout près du tiers d’entre eux trouve que les assouplissements se font trop rapidement.

« C’est à peu près 30 % des gens qui sont inquiets, craintifs, a dit Ève Dubé, conseillère scientifique et anthropologue médicale à l’INSPQ, spécialiste de l’hésitation vaccinale. Ils veulent que le masque reste obligatoire, que le passeport vaccinal soit élargi à d’autres lieux. » Selon elle, 30 % sont par ailleurs fatigués ou opposés aux mesures sanitaires.

Mardi, Christian Dubé a convenu « qu’il y a beaucoup de Québécois qui apprécient le sentiment de protection du passeport ». Or, son efficacité s’est amenuisée avec le temps, et surtout avec l’arrivée du variant Omicron, a observé Luc Boileau.

« Avant Omicron, le passeport vaccinal : très haute utilité. Les gens sont dans les restos, ils savent que les autres l’ont, et il y a une protection très forte contre la contagion, a-t-il expliqué. Pendant Omicron, cette protection-là a baissé contre la contagion. »

Christian Dubé assure ne pas assouplir les restrictions pour plaire aux électeurs québécois ou pour répondre aux manifestants anti-mesures sanitaires. « Pour moi, il n’y a aucun lien avec l’environnement politique », a-t-il dit. Au Canada, plusieurs provinces ont décidé de faire tomber l’équivalent du passeport vaccinal. Lundi, le premier ministre ontarien, Doug Ford, annonçait ses intentions de lever les restrictions liées au laissez-passer vaccinal le 1er mars.

Avec Marie-Eve Cousineau

Premières doses au compte-gouttes

Près de 20 600 adultes québécois ont reçu une première dose de vaccin contre la COVID-19 depuis que le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, a présenté le 24 janvier sa stratégie pour convaincre les non-vaccinés de tendre le bras.

À Montréal, neuf adultes ont obtenu, entre le 7 et le 14 février, une première dose à la clinique éphémère du centre-ville, mise sur pied à la fin janvier dans la foulée de l’annonce du ministre. « On est content dès qu’un bras se présente », dit Danny Raymond, conseiller aux relations médias du CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal. Ce centre de vaccination vise surtout la population itinérante.

Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal compte lancer d’autres initiatives pour inciter les non-vaccinés à relever la manche. Des feuillets d’information seront envoyés par la poste dans des secteurs où le taux de vaccination est plus bas. Les pharmaciens en distribueront aussi dans les sacs de livraison de médicaments ainsi qu’à leur comptoir, ajoute Danny Raymond.

À Laval, une clinique de proximité destinée aux non-vaccinés commencera ses activités vendredi ou au début de la semaine prochaine, indique le CISSS.

Quelque 520 000 adultes québécois sont toujours non vaccinés, selon le dernier bilan du gouvernement.

Marie-Eve Cousineau



À voir en vidéo