Québec devrait 2,4 milliards en primes et en augmentations salariales dans le réseau de la santé

Les syndicats calculent que leurs membres attendent des sommes de 1,28 milliard de dollars associées aux signatures de conventions collectives et de 1,15 milliard dues au règlement de plaintes en équité salariale.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Les syndicats calculent que leurs membres attendent des sommes de 1,28 milliard de dollars associées aux signatures de conventions collectives et de 1,15 milliard dues au règlement de plaintes en équité salariale.

Le gouvernement du Québec doit plus de deux milliards de dollars en primes et en augmentations salariales aux professionnels du réseau de la santé, a dénoncé lundi une coalition de huit syndicats.

Les organisations syndicales reprochent aussi à Québec d’avoir renoncé aux versements d’intérêts sur les sommes dues, et ce, bien qu’il ait signé des ententes prévoyant ceux-ci.

Les syndicats calculent que leurs membres attendent des sommes de 1,28 milliard de dollars associées aux signatures de conventions collectives et de 1,15 milliard dues au règlement de plaintes en équité salariale. Au total, les montants en souffrance seraient donc de 2,43 milliards.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, n’a pas contesté ces sommes. En réaction à la sortie des syndicats, il a publié lundi une lettre envoyée le 10 février à la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ). Dans sa missive, il dit « comprendre tout à fait les préoccupations du personnel » et assure que « les gestes appropriés sont posés afin que cette situation puisse être régularisée rapidement ».

 

 

Comme l’écrivait Le Devoir la semaine dernière, certains professionnels, comme les audiologistes et les orthophonistes, attendent à eux seuls des versements de 40 000 $ — ou même de 52 000 $ —, selon les estimations des divers syndicats. Ces montants résultent de la signature de règlements de plaintes en équité salariale.

« Ces plaintes datent de 2010 et 2015. C’est tout simplement inadmissible et révoltant, non seulement pour les femmes auxquelles ces sommes sont dues, mais pour toutes les femmes du Québec », ont écrit lundi la FSSS-CSN, la FSQ-CSQ, la FIQ, le SQEES-FTQ, le SCFP, l’APTS, la FP-CSN et le SPGQ.

Échéancier non respecté

Les syndicats reprochent aussi au ministre de la Santé d’avoir repoussé l’échéancier pour les paiements découlant des signatures de conventions collectives et de l’introduction de primes par des arrêtés ministériels. « Vendredi dernier, des représentants du [ministère de la Santé] ont présenté un nouveau calendrier de versements des sommes, incomplet et imprécis, s’échelonnant jusqu’au 23 mars. »

Christian Dubé a lui-même reconnu la semaine dernière que son ministère était incapable de respecter les échéanciers que le gouvernement s’était engagé à suivre. « Je m’étais engagé à régler ça rapidement. Je peux bien comprendre que nos systèmes informatiques sont désuets, et on m’a donné au ministère les bonnes raisons. C’est sûr qu’il y a eu beaucoup de changements : les primes différentes, la nouvelle convention collective. Mais ce n’est pas excusable. Je vous le dis, je les rencontre encore demain, et je suis gêné », avait-il lancé à la veille d’une réunion avec les syndicats.

2,4
C’est le total des montants en souffrance qu’attendent des employés du réseau de la santé, selon les calculs des syndicats.

M. Dubé répète dans sa lettre adressée à la FIQ que « l’entrée en vigueur très rapide des conventions collectives après leur signature » ainsi que les « enjeux connus des systèmes d’information » dans le réseau et la pénurie de personnel administratif « sont des facteurs qui contribuent malheureusement aux [retards] dans le versement des sommes dues » au personnel de la santé.

Au ministère, on explique les retards de paiement par « le fait que les systèmes de paie ne sont pas paramétrés pour permettre le versement de ces nouvelles mesures », a indiqué la semaine dernière la porte-parole Marjorie Larouche. « De plus, certaines mesures prévues aux nouvelles conventions collectives impliquent de la rétroactivité sur plusieurs années, ce qui complexifie l’exercice. »

Les ennuis logistiques du ministère, sur lesquels Le Devoir avait levé le voile en novembre, ont entraîné des « travaux intensifs », a assuré la porte-parole.

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