Des hôpitaux torontois se préparent à protéger leurs employés des manifestants

Plusieurs groupes de camionneurs se sont donné rendez-vous à midi, samedi, devant Queen’s Park — le siège du gouvernement —, qui est situé à une centaine de mètres de plusieurs centres hospitaliers.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Plusieurs groupes de camionneurs se sont donné rendez-vous à midi, samedi, devant Queen’s Park — le siège du gouvernement —, qui est situé à une centaine de mètres de plusieurs centres hospitaliers.

Plusieurs hôpitaux torontois s’apprêtent à subir les contrecoups de la manifestation de camionneurs prévue à partir de samedi près du parlement ontarien, à Toronto. Des plans de contingence sont déjà en place, a appris Le Devoir.

Plusieurs groupes de camionneurs se sont donné rendez-vous à midi le 5 février devant Queen’s Park — le siège du gouvernement —, qui est situé à une centaine de mètres de plusieurs centres hospitaliers, dont l’hôpital Women’s College. D’après un message envoyé à l’interne jeudi par la p.-d.g. de l’hôpital, Heather McPherson, et dont Le Devoir a obtenu copie, la police torontoise recommande entre autres aux employés de porter des vêtements de ville pour se rendre au travail.

« Si vous travaillez en fin de semaine et que vous avez besoin d’un accommodement parce que vous craignez pour votre sécurité ou en raison d’inquiétudes pour le transport, je vous prie de communiquer avec votre gestionnaire », demande la p.-d.g. dans son message. « Considérant ce que nous avons vu à Ottawa et notre proximité [géographique] de la manifestation, nous prenons les mesures nécessaires pour assurer la sécurité de tout le monde à l’hôpital », a indiqué la porte-parole de l’établissement, Tracy Chisholm. Les points d’accès seront aussi réduits, mais l’hôpital ne s’attend pas à ce que cela ait des répercussions importantes sur les soins aux patients.

De nombreux travailleurs du milieu de la santé utilisent le transport en commun. Mais aucune décision quant à des mesures sécuritaires additionnelles à la station Queen’s Park, située tout près du parlement, n’a été prise pour le moment, selon Stuart Green, porte-parole de la Commission de transport de Toronto.

D’après le message de la p.-d.g. de l’hôpital Women’s College, la police de Toronto sera responsable de maintenir l’ordre et la circulation des véhicules d’urgence, comme les ambulances, les voitures de police et les camions de pompiers. Davantage d’agents de sécurité seront aussi déployés à l’hôpital, indique le message. Le Service de police de Toronto n’a pas voulu commenter les détails de la lettre envoyée aux employés.

Collaboration des hôpitaux

Les quatre centres hospitaliers se trouvant à proximité de Queen’s Park — Women’s College, le Réseau universitaire de santé, le système de santé Sinai et l’hôpital pour enfants malades (SickKids) — collaborent en ce moment pour protéger leurs employés. Un plan de contingence est aussi en préparation à la Santé publique de l’Ontario pour son laboratoire de l’avenue University, lui aussi à un jet de pierre du parlement ontarien.

L’hôpital Mount Sinai s’attend à ce que les manifestations influent sur l’accès au bâtiment pour les patients, les familles et les employés. « Nous travaillons sur de nombreux messages de sécurité pour nos employés et nos patients », indique une porte-parole de l’établissement. Le Réseau universitaire de santé gère pour sa part deux centres à un coin de rue du parlement, soit l’hôpital général de Toronto et l’hôpital Princess Margaret, où sont soignés des patients atteints du cancer.

Par voie de communiqué publié sur les réseaux sociaux jeudi matin, le maire de Toronto, John Tory, a affirmé que les « manifestations ne pouvaient absolument pas bloquer l’accès aux hôpitaux à proximité de Queen’s Park ». Une rencontre a eu lieu jeudi entre le maire, le directeur général de la Ville de Toronto et le chef de police, James Ramer, en préparation à la manifestation.

Effet du projet de loi C-3

Une manifestation organisée entre autres par le groupe d’infirmières anticonfinement Canadian Frontline Nurses — qui appuie ouvertement les manifestants qui se trouvent à Ottawa — a eu lieu au mois de septembre devant ces mêmes hôpitaux, près du parlement. La police de Toronto n’avait alors rapporté aucun incident bloquant l’accès à l’hôpital.

Depuis, le gouvernement canadien a adopté le projet de loi C-3, qui ajoute au Code criminel des infractions d’intimidation des travailleurs de la santé et d’entrave à l’accès. « Il peut s’agir de menaces ou d’autres formes de violence destinées à susciter la peur, à entraver les activités du travailleur de la santé ou à empêcher une personne de recevoir des services de santé », précisait alors le gouvernement.

Mais le nouveau projet de loi n’aura pas d’effet important sur la manifestation à Toronto, estime Me Michael Spratt, avocat criminaliste à Ottawa. « Il y a déjà des lois qui interdisent le harcèlement et les méfaits publics », note-t-il. Les forces de l’ordre n’ont qu’à les mettre en application, dit l’avocat, qui critique le caractère « performatif » du projet de loi. Des accusations pouvaient être portées contre un manifestant qui bloquait l’entrée d’un hôpital avant le projet de loi C-3, confirme Me Lindsay Board, avocate au cabinet torontois Daniel Brown Law. « Notre code criminel donne déjà à la police et aux procureurs tous les outils nécessaires pour poursuivre ceux qui commettent ces crimes », dit-elle.

Selon les deux avocats, il pourrait même être plus difficile de démontrer l’intimidation de travailleurs de la santé que la profération de menaces, puisque la nouvelle infraction exige que le procureur prouve l’intention de la personne accusée.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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