La sortie du tunnel du confinement sera lente, prévient Boileau

M. Boileau a tenu jeudi une conférence de presse de la Santé publique nationale sans la présence de représentants élus du gouvernement, ce qui ne s’était jamais fait depuis le début de la pandémie.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir M. Boileau a tenu jeudi une conférence de presse de la Santé publique nationale sans la présence de représentants élus du gouvernement, ce qui ne s’était jamais fait depuis le début de la pandémie.

La sortie du tunnel du confinement s’effectuera lentement en raison d’une baisse modeste des hospitalisations prévue d’ici deux semaines, a indiqué jeudi le directeur national de santé publique par intérim, Luc Boileau, lors d’une première sortie publique sans élus.

M. Boileau est demeuré très prudent en faisant état d’une situation qui semble se stabiliser dans le réseau de la santé. « On ne crie pas victoire, mais on sait que ça fait du bien de voir que des choses s’améliorent », a-t-il déclaré aux journalistes.

En début de semaine, le premier ministre François Legault avait adopté un ton optimiste en annonçant une réouverture partielle des restaurants à la clientèle ainsi que des assouplissements concernant les rassemblements privés et la pratique de sports, qui entreront en vigueur la semaine prochaine et la suivante.

« On peut dire aujourd’hui qu’on est sortis du tunnel », lançait M. Legault mardi.

À ses côtés, le ministre de la Santé, Christian Dubé, reconnaissait que beaucoup d’incertitudes subsistaient quant à l’ampleur de la baisse dans les prévisions d’hospitalisations qui a permis ces assouplissements. « Est-ce que ça va être petit ? Est-ce que ça va être stabilisé ? Est-ce qu’il va y avoir une forte baisse ? » demandait-il tout haut.

Jeudi, M. Boileau a décrit une situation fragile nécessitant encore des efforts pour qu’on puisse prévenir tout recul dans la lutte contre la cinquième vague de la pandémie de COVID-19, causée par le variant Omicron. « Il faut rester prudents, aller progressivement pour ramener la vague au plus bas possible et éviter qu’elle reprenne », a-t-il dit.

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Pour cette raison, le nouveau grand responsable de la Santé publique ne s’est pas avancé sur un éventuel calendrier d’assouplissements des mesures sanitaires en place.

« On ne peut pas aller très vite, il faut continuer à avoir une approche de gestion des risques », a affirmé le successeur d’Horacio Arruda.

M. Boileau a répété que l’annonce d’assouplissements dépendrait de l’amélioration de la situation dans les hôpitaux et du nombre de personnes ayant reçu une troisième dose de vaccin.

Des hôpitaux encore débordés

 

À ses côtés, la présidente-directrice générale par intérim de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), Michèle de Guise, a affirmé que les projections actuelles ne laissaient entrevoir qu’une légère diminution des hospitalisations pour les deux prochaines semaines. « C’est une baisse qui est modeste, qui n’est pas très accentuée », a-t-elle indiqué.

Les activités continueront d’être limitées dans les hôpitaux. Les établissements seront contraints de se consacrer seulement aux urgences. « On reste malgré tout au-dessus du niveau 4 de délestage déterminé par le ministère », a souligné Mme de Guise.

Le nombre de lits ordinaires, hors soins intensifs, occupés par des patients atteints de la COVID-19 pourrait être de 2500 d’ici deux semaines, prévoit l’INESSS. Mercredi, ce chiffre était de 2918 dans les hôpitaux.

Ces projections prévoient que le nombre quotidien de nouvelles hospitalisations liées à la COVID-19 baissera à 170 d’ici deux semaines. Les plus récentes statistiques dévoilées par le ministère de la Santé indiquent que 245 patients porteurs de la maladie s’étaient ajoutés mercredi, hors soins intensifs.

La situation a commencé à s’améliorer dans la semaine du 15 au 21 janvier : le nombre d’hospitalisations par rapport à la semaine précédente est descendu pour la première fois en deux mois.

Sans élus

 

M. Boileau a tenu jeudi une conférence de presse nationale de la Santé publique sans la présence de représentants élus du gouvernement, ce qui ne s’était jamais fait depuis le début de la pandémie.

En poste depuis deux semaines, il a précisé que cela s’est fait à sa demande, de manière à « avoir un dialogue plus direct avec la population ». « Notre job, nous, elle n’est pas politique, elle est vraiment de santé publique, et ça a été respecté », a-t-il dit.

Depuis quelques semaines, de plus en plus de voix demandaient que la Santé publique soit plus indépendante des décisions politiques. Le nouveau directeur de santé publique par intérim continuera tout de même à participer à des annonces médiatiques avec M. Legault et M. Dubé, comme il l’a fait depuis sa nomination, à l’instar de M. Arruda.

M. Boileau n’a pas pris position jeudi sur le projet de contribution fiscale que M. Legault veut imposer aux personnes non vaccinées en raison des répercussions de leur statut sur le réseau de soins de santé.

« Toutes les mesures qui peuvent être prises pour accélérer l’élan vers la vaccination sont les bienvenues, a-t-il dit. Maintenant, il s’agit de mesures économiques, et je préfère ne pas commenter des mesures économiques, ça ne relève pas de l’expertise de la Santé publique. »

M. Boileau n’a pas exclu de préciser sa position plus tard au sujet de cette initiative, qui fera l’objet de débats à l’Assemblée nationale, le gouvernement souhaitant l’instaurer par le dépôt d’un projet de loi. « Nous verrons si nous pouvons utiliser des données de santé publique pour justifier ou pas cette route qui est proposée », a-t-il dit.

Le directeur national a toutefois été plus clair au sujet d’un éventuel recours à la vaccination obligatoire. « On sait que ce n’est pas le moment de faire ça, a-t-il répondu. Actuellement, ce n’est pas dans les cartons. »

M. Boileau croit que les appels lancés pour convaincre la population d’aller chercher une troisième dose de vaccin porteront fruit. « Nous avons encore une capacité démontrée, [au Québec, indiquant] que les gens peuvent aller vers la vaccination. »

À (re)voir:

La conférence de presse du Dr Luc Boileau