Le Québec compte toujours plus d’infirmières, mais toujours plus surchargées

Le nombre d’infirmières et d’infirmiers ne cesse de croître au Québec, mais ils n’ont jamais été autant surchargés. La pandémie n’est pas la seule responsable.

« Bien qu’on soit beaucoup d’infirmières au Québec, un grand nombre sont en repos à la maison, ont décidé de ne pas faire du temps plein ou ont décidé de faire autre chose tout en gardant leur permis », explique la présidente du Regroupement des infirmières et infirmiers en soins intensifs du Québec, Caroline Riopel.

Malgré l’arrivée, chaque année, de milliers de forces fraîches, ces renforts ne détendent que très peu la tension sur le réseau, précise Guillaume Fontaine, président du CA de l’Association des infirmières et infirmiers d’urgence du Québec.

« Les infirmières délestées dans certains secteurs pour travailler à l’urgence n’ont pas nécessairement l’expertise pour le faire. L’urgence, ce n’est pas un milieu où on peut former une infirmière en trois semaines. Ça nécessite plutôt deux à trois ans. [Leur formation] met une pression supplémentaire sur les infirmières avec plus d’expérience. »

Conséquence : on compte entre quatre et sept patients par infirmière dans les urgences, très près du maximum permis.

Évidemment, le fardeau des patients COVID-19 dans des hôpitaux déjà presque pleins a fragilisé l’équilibre nécessaire au bien-être des infirmières. Depuis mars 2020, Québec autorise les gestionnaires à annuler les vacances des travailleurs de la santé, à les forcer à travailler à temps plein ou encore à les déplacer d’une unité à l’autre.

« Il faut que les infirmières puissent continuer à se former, à aller dans des congrès, à être en contact avec différentes expériences. Ça aussi, ça fait partie des conditions gagnantes, plaide Caroline Riopel. Actuellement, les formations, on en fait moins, parce qu’il y en a moins et qu’on est moins capables de se libérer pour suivre des formations. C’est difficile de maintenir nos compétences à niveau. »

Au-delà du système qui grince, il y a cette usure qui ronge les travailleurs de la santé après 22 mois de luttes au front. « Il y a une espèce de découragement, une fatigue collective », dit Guillaume Fontaine

« La pandémie a épuisé nos infirmières », souffle à son tour Caroline Riopel.

Ce texte est tiré de notre infolettre « Le courrier du coronavirus » du 24 janvier 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.



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