Comment se terminent les pandémies?

L’histoire montre que les virus, bactéries et autres microbes derrière les pandémies cessent de se répandre lorsqu’ils ne trouvent plus d’hôtes où proliférer. Et il n’y a que trois moyens pour atteindre ce mur épidémiologique, énumère Patrice Bourdelais, démographe, historien spécialiste des épidémies et directeur d’études émérite à l’École des Hautes Études en sciences sociales à Paris.

« Il y a les décédés qui n’ont pas résisté, ceux qui l’on eut et qui en ont réchappé, et ceux qui ont construit de l’immunité [avec un vaccin]. »

Le virus de la variole reste encore aujourd’hui le seul pathogène humain que l'on a réussi à rayer de la surface de la Terre. Le dernier cas connu de variole a été enregistré en 1977. « La variole disparaît quand les trois catégories de la population font 100 %. Mais on s’en est débarrassé après une vaccination massive, qui a duré durant plus d’un siècle », relativise Patrice Bourdelais.

« Une bascule » s’opère présentement avec la COVID-19, selon lui, puisque les taux d’immunisation — par vaccination ou contamination — approchent les 90 % dans plusieurs pays occidentaux.

« D’où l’idée qu’on est en train de sortir de la pandémie. Sauf que la pandémie ne signifie pas seulement une épidémie en Occident. Il y a tous les pays du Sud qui ne sont pas très vaccinés. »

Des normes sanitaires

Plusieurs voies de sortie permettent de freiner les pandémies, sans toutefois les arrêter. Les maladies d’origine bactérienne ont reculé avec l’accélération des politiques d’hygiène publique et de salubrité urbaine. Le choléra, par exemple, a pu être mis en échec lorsque l’on a découvert que la bactérie qui en était responsable se transmettait par les eaux sales. Dès que les villes se sont équipées d’usines d’épuration avec filtration au sable, « avant et après, ce n’était plus la même courbe de maladie infectieuse », soutient Patrice Bourdelais.

Le choléra a ainsi pratiquement disparu des pays occidentaux, où il demeure maintenant endémique. La maladie frappe tout de même encore des millions d’humains chaque année dans les endroits moins bien pourvus en hygiène publique.

La peste, une maladie activée par une zoonose avec des rongeurs et des puces infectées, a aussi pris le chemin de l’endémie en raison des progrès de l’hygiène. Or, elle n’a jamais disparu complètement. De 2010 à 2015, l’OMS a enregistré 3248 cas de peste dans le monde.

« Il y a des sortes de flambées de peste, puis les décès régressent. Puis, deux trois ans après, hop !, dans une région, il y a à nouveau la peste. Ça relativise la notion de disparition d’une épidémie », de dire M. Bourdelais.

« Chaque fois, c’est la même histoire. Toute la population a soit été en contact, soit est devenue résistante, ou les plus fragiles sont morts. »

Les grandes épidémies ont la particularité d’être suivies par des ajustements des normes sanitaires, qui en limitent la propagation. Par exemple, la « grippe de Hong Kong » de 1968 a provoqué un premier intérêt pour les vaccins antiviraux. C’est après cette épidémie, qui a fait 25 000 morts en un mois, que la vaccination annuelle des plus vulnérables contre la grippe a commencé.

Aux sources de la contagion

La pandémie de grippe espagnole révèle bien comment évoluent les poussées de contagions. Cette maladie a apparu puis disparu en l’espace de trois ans. « Il y a la première vague au printemps 1918, qui n’est pas très grave, sans doute parce que le premier virus est moins grave que celui qui est arrivé à l’automne, relate Patrice Bourdelais. C’est à l’automne que les ravages sont très très lourds. En 1919, il n’y en a pratiquement pas. Et il y a une petite remontée en 1920, et puis elle disparaît. »

L’auteur de nombreux ouvrages sur le sujet avance que « l’avantage » de ces pandémies d’antan se trouve dans l’absence de précaution (« ou presque ») de la part des autorités. « La contamination se propage très vite et l’immunité est acquise très vite aussi », pointe-t-il.

C’est donc dire que les mesures sanitaires actuelles prolongent la durée de la pandémie de COVID-19. « C’est mathématique et modélisable quasiment. Plus vous protégez les gens, plus vous en laissez des parties importantes qui ne sont pas entrées en contact avec le virus rapidement. Vous laissez des poches indemnes, et ces poches vont être concernées par le virus progressivement. »

Si le SRAS-CoV-2 évolue pour devenir un virus fragile et que la mortalité est limitée par la vaccination, ce virus pourrait finir par se confondre avec la grippe saisonnière, comme les autres coronavirus du passé.

Rappelons que jusqu’à l’arrivée de la COVID-19, environ un milliard de personnes dans le monde souffraient de la grippe chaque année. Du nombre, l’OMS estime qu’entre 290 000 et 650 000 malades perdaient la vie.

À court terme, le directeur des sciences humaines et sociales du CNRS place le futur de la pandémie de COVID-19 dans les mains du hasard. « Ou bien on a de la chance, et il n’y a pas de nouveaux virus qui émergent dans les zones non vaccinées. Ou s’ils émergent, ils sont plus fragiles. Ou bien, on est moins chanceux et d’ici six mois, un an, on a un nouveau variant qui évite les vaccins, est très contagieux, et on est reparti pour un tour. »

Ce texte est tiré de notre infolettre « Le courrier du coronavirus » du 24 janvier 2022. Pour vous abonner, cliquezici.



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