Les transferts des hôpitaux aux CHSLD n’ont pas été un facteur déterminant pour les décès

«C’était quand même un choix de privilégier les hôpitaux, de vider les hôpitaux», a rappelé le Dr Quoc Dinh Nguyen. «Et ça, c’est mettre un stress supplémentaire sur des ressources déjà limitées en CHSLD.»
Jacques Nadeau Le Devoir «C’était quand même un choix de privilégier les hôpitaux, de vider les hôpitaux», a rappelé le Dr Quoc Dinh Nguyen. «Et ça, c’est mettre un stress supplémentaire sur des ressources déjà limitées en CHSLD.»

Les transferts de patients des hôpitaux vers les CHSLD ont bel et bien augmenté de manière importante durant la première vague de la pandémie, mais ils n’ont pas mené à une hausse marquée de la mortalité dans ces milieux, ont relevé des chercheurs mandatés par la commissaire à la santé et au bien-être (CSBE).

De là à affirmer qu’« il n’y a personne qui a subi les conséquences négatives de ces transferts », comme l’avait soutenu le premier ministre François Legault en avril 2020, il y a cependant un pas. En fait, « nous estimons qu’environ 3 % des patients transférés au cours de cette période ont développé une infection moins de 14 jours après leur admission », ont relevé les médecins Quoc Dinh Nguyen, Robert Goulden et Sophie Zhang dans leur rapport épidémiologique en soutien aux travaux de la CSBE.

La commissaire a mandaté ces trois experts afin qu’ils déterminent, entre autres, les facteurs explicatifs des décès dans les CHSLD. Résultat : « les transferts des hôpitaux vers les milieux d’hébergement n’ont pas été observés comme un facteur ayant contribué à la propagation du virus », a résumé mercredi la CSBE, Joanne Castonguay.

En entrevue au Devoir, le Dr Nguyen a expliqué que les chercheurs avaient tenté de déterminer si les CHSLD ayant reçu le plus grand nombre de patients transférés des hôpitaux avaient eu « plus de mortalité » que ceux en ayant reçu moins. Le tout, en contrôlant une série de variables. « Parce que, évidemment, les CHSLD plus grands reçoivent plus de transferts, mais ont aussi plus d’employés, et donc plus de décès éventuellement », a souligné l’épidémiologiste du Centre hospitalier de l’Université de Montréal.

« Quand on contrôle pour l’ensemble de ces variables-là, on n’arrive pas à trouver une association forte entre les transferts et le nombre de résidents qui ont fini par décéder », a-t-il résumé. « Les facteurs les plus prédominants pour expliquer le décès, ce sont probablement la transmission communautaire, la densité, les tests, le masque, les équipements de protection, etc. Toutes ces variables-là sont plus prépondérantes que le transfert des résidents », a-t-il poursuivi.

« Des ressources déjà limitées »

Les transferts des hôpitaux vers les CHSLD ne se sont pas faits sans heurts pour autant. Le Dr Nguyen et son équipe ont déterminé que ces déplacements avaient augmenté de 18 % entre le 11 mars et le 7 avril 2020. Ce pourcentage concorde avec celui avancé par l’ex-ministre de la Santé Danielle McCann à l’enquête de la coroner sur les décès en CHSLD.

Or, la hausse des transferts a « accru la vulnérabilité et la charge de ces milieux moins dotés en personnel et en ressources matérielles alors que l’épidémie s’y propageait », ont relevé les chercheurs. « C’était quand même un choix de privilégier les hôpitaux, de vider les hôpitaux », a rappelé le Dr Nguyen. « Et ça, c’est mettre un stress supplémentaire sur des ressources déjà limitées en CHSLD. Donc, même si ça n’a pas un impact direct sur la mortalité, ça a quand même un impact sur les soins de base qui peuvent être reçus, la pénurie de personnel, etc. »

À son avis, il serait hasardeux de comparer la situation prévalant lors de la première vague à celle qui sévit actuellement. Au cours des derniers jours, des centres hospitaliers débordés ont recommencé à transférer une partie de leurs patients dans des CHSLD.

« Ce qui est très différent de la discussion qui a lieu en ce moment au Québec, c’est qu’à ce moment-là [lors de la première vague], les hôpitaux ne débordaient pas. […] Il ne faudrait pas faire l’erreur de considérer la situation actuelle comme [celle de] la première vague », a averti l’épidémiologiste.



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