Les huiles essentielles: à condamner ou à adopter?

Sophie Ginoux
Collaboration spéciale
«[Les huiles essentielles] ne constituent pas la solution miracle à tous les maux, que ce soit la COVID-19 ou des dépressions», met en garde l'aromathérapeute Jennifer Hatoum.
Photo: Christin Hume | Unsplash «[Les huiles essentielles] ne constituent pas la solution miracle à tous les maux, que ce soit la COVID-19 ou des dépressions», met en garde l'aromathérapeute Jennifer Hatoum.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Odorantes, enivrantes et mystérieuses, les huiles essentielles sont utilisées depuis plus de 5000 ans pour leurs propriétés aromatiques, cosmétiques et curatives. Même si elles sont souvent perçues comme extravagantes par la médecine moderne, elles intègrent de nombreux produits du quotidien et ont démontré leur efficacité contre plusieurs maux. Elles peuvent donc constituer de précieuses alliées en période hivernale, surtout lorsque celle-ci est vécue dans un contexte pandémique. Bienvenue dans l’univers fascinant des « plantes de vie ».

Les huiles essentielles évoquent pour certains des images de l’iconique film Le parfum (et du non moins iconique roman de Patrick Süskind), dans lequel le parfumeur et meurtrier en série Jean-Baptiste Grenouille nous fait découvrir les procédés pour en produire, à savoir la distillation de plantes et de fleurs avec de l’eau, ou bien l’extraction de leur essence avec un solvant ou de la graisse animale. D’autres penseront peut-être à l’Égypte ancienne, où ces mêmes huiles étaient déjà employées à des fins médicinales, cosmétiques et spirituelles. Connues depuis des millénaires, ces précieuses huiles tirées de 30 % de nos végétaux, en tout ou en partie, suscitent aujourd’hui autant de méfiance que de confiance. On les condamne fermement ou on les adopte religieusement, avec ou sans discernement.

Voilà pourquoi une rencontre avec une aromathérapeute à l’approche scientifique peut être éclairante. Jennifer Hatoum a commencé à s’intéresser aux huiles essentielles par la bande, en raison de problèmes personnels d’acné adulte alors qu’elle travaillait dans le secteur du marketing en Chine. Avec un père médecin et une mère infirmière, on se doute que de nombreuses discussions ont accompagné sa nouvelle passion pour l’aromathérapie ! Toutefois, après quatre ans d’études poussées à Toronto dans ce domaine, et la création depuis six ans de MAKA, un concept mêlant ateliers, soins personnalisés, cosmétiques et divers produits à base de plantes, l’experte est convaincue de plusieurs choses : « Les huiles essentielles ont de nombreuses propriétés bénéfiques et sont efficaces. Mais elles peuvent aussi avoir des effets négatifs si elles sont mal choisies et mal utilisées, et elles ne constituent pas non plus la solution miracle à tous les maux, que ce soit la COVID-19 ou des dépressions. »

Des complices thérapeutiques

Cette petite mise en garde réalisée, Jennifer Hatoum recommande un certain nombre d’huiles essentielles pour l’hiver québécois, marqué par la froideur, les journées raccourcies et le manque de soleil qui entraînent une baisse d’énergie et la déprime saisonnière. « Les agrumes, explique-t-elle, sont un vrai coup de pep en hiver. Les essences de citron, de pamplemousse et d’orange douce, utilisées avec un diffuseur, en inhalations, ou bien mélangées avec un peu d’huile végétale et versées dans un bain — attention, il faut éviter tout contact direct des huiles essentielles avec la peau pour ne pas se brûler — sont parfaites pour lutter contre la fatigue mentale. Certaines huiles essentielles antivirales et qui stimulent le système immunitaire, tel l’eucalyptus radiata, efficace contre la toux et les otites infantiles, sont aussi intéressantes. »

Un encadrement professionnel et, au besoin, un travail combiné avec le corps médical sont idéaux pour en maximiser les bénéfices

 

Comme l’aromathérapeute reçoit de surcroît, depuis le début de la pandémie, beaucoup de personnes, enfants comme adultes, qui souffrent d’anxiété et d’insomnie, elle leur conseille souvent la prise, toujours sous forme de diffusion, d’inhalation et d’inspiration à la bouteille, de plusieurs huiles essentielles. « Je suggère la camomille noble et la lavande vraie, toutes deux anxiolytiques, apaisantes et analgésiques. Mais ma préférée, c’est la ravintsara, un vrai concentré pour lutter contre l’angoisse, les symptômes dépressifs, ainsi que la fatigue physique et mentale. »

Des traitements topiques bienfaisants

Parallèlement aux maux psychiques et viraux, l’hiver québécois est aussi synonyme de sécheresse de la peau et du cuir chevelu, d’eczéma ou de couperose. Des problèmes avec lesquels Catherine Meunier, à la tête depuis huit ans de la marque de biocosmétiques écoresponsables Idoine, jongle souvent lorsqu’elle conçoit de nouveaux produits. La Québécoise, qui est devenue, tout comme Jennifer Hatoum, une adepte des huiles essentielles après en avoir personnellement éprouvé les bienfaits, les utilise abondamment dans toute sa gamme.

« Il est évident, dit-elle, que certaines maladies d’origine interne comme la couperose ne disparaissent pas avec la seule application de soins topiques contenant des huiles essentielles. Mais des beurres ou des huiles riches combinés à des huiles essentielles sont efficaces pour apaiser, hydrater et équilibrer la peau. » Des huiles essentielles comme celles de rose de Damas, de bois de santal, de géranium, d’ylang-ylang et de menthe verte sont par exemple utiles pour traiter différents problèmes ou inconforts cutanés.

« J’utilise aussi beaucoup d’huiles essentielles québécoises, qui sont encore peu connues alors qu’elles sont tout à fait extraordinaires ! » ajoute Catherine Meunier. Effectivement, selon elle, l’huile de peuplier baumier, aux propriétés antirides, anti-inflammatoires et apaisantes, celle de thé du Labrador, aux propriétés anti-âge et cicatrisantes, ou encore celle de thuya occidental, connue de la médecine autochtone pour son efficacité contre le psoriasis, l’acné et les plaies, n’ont absolument rien à envier à leurs pairs étrangers. « Nous devrions donc les connaître et les utiliser davantage pour nos maux hivernaux, en encourageant au passage de petits producteurs d’ici qui travaillent bien. »



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