Le Paxlovid offert en priorité aux immunosupprimés

Un nouveau traitement contre la COVID-19, le Paxlovid, sera offert au Québec en priorité aux personnes dont le système immunitaire est affaibli, peu importe qu’elles soient vaccinées ou non. Si le but est d’alléger le système hospitalier, qui est toujours sous haute pression, précisons que peu de personnes pourront avoir accès au remède en janvier et février.

L’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS) a dévoilé mardi des orientations comparables à celles mises en avant par les autorités fédérales, qui ont annoncé lundi l’homologation du Paxlovid.

Répondant aux questions des journalistes lors d’une séance d’information technique organisée par le ministère de la Santé, Sylvie Bouchard, directrice à l’INESSS, a affirmé que les personnes ciblées en priorité sont celles qui sont à risque de se retrouver à l’hôpital.

« On a identifié les populations les plus à risque, donc on a parlé des immunosupprimés, peu importe leur statut vaccinal, a-t-elle dit. On sait que ces gens-là ont de la difficulté à produire des anticorps pour combattre le virus. »

Environ 6300 traitements seront disponibles au Québec en janvier, ce qui limitera dans un premier temps leur accès aux personnes dont le système immunitaire est affaibli, comme celles traitées pour certains cancers ou qui ont reçu une greffe.

Après la première livraison, le ministère québécois de la Santé s’attend à recevoir 6200 traitements en février et 19 000 en mars. C’est le gouvernement fédéral qui livre le médicament aux provinces. 30 000 traitements ont déjà été reçus au Canada et 120 000 autres arriveront d’ici la fin mars.

Le Québec aurait dépassé le pic des cas de COVID-19 de cette vague, mais pas encore atteint celui des hospitalisations, ont expliqué mardi le ministre de la Santé, Christian Dubé, le directeur national de santé publique par intérim, Luc Boileau, et la sous-ministre adjointe à la Direction générale des affaires universitaires, médicales, infirmières et pharmaceutiques, Lucie Opatrny.

« Depuis plusieurs jours, nous avons constaté un ralentissement dans l’augmentation des hospitalisations, a mentionné le ministre Dubé. Nous n’avons pas encore atteint le pic. Ça augmente moins vite, mais ça augmente encore. Nous sommes encore sous haute tension dans nos hôpitaux. »

Avec le Paxlovid, considéré comme « très efficace », les autorités espèrent éventuellement, à plus long terme, réduire la pression. Le traitement consiste à prendre trois comprimés deux fois par jour, et dans les cinq premiers jours après l’apparition des symptômes, pour éviter l’hôpital à la suite d’une infection au coronavirus.

Le ministre insiste toutefois sur le fait que c’est la vaccination qui est la meilleure solution à court terme. « On devrait essayer de monter à presque 2 % par jour, donc environ 125 000 personnes [qui recevront la troisième dose], a lancé Christian Dubé. La priorité est [donnée à] la vaccination, pendant qu’on attend un plus grand nombre de médicaments qui seront là un jour. » Il aimerait que 50 % de la population ait sa troisième dose « le plus rapidement possible ».

Bientôt dans certaines pharmacies

Le Paxlovid sera disponible dans 50 pharmacies à travers le Québec et sera obtenu, comme nombre d’autres traitements, sur prescription d’un médecin. Les pharmacies devront désormais conserver un nombre suffisant de tests rapides pour ceux qui pourraient avoir accès en priorité au Paxlovid, de façon à leur donner un résultat rapide.

Les orientations dévoilées par l’INESSS prévoient qu’avec l’augmentation prévue des approvisionnements, l’offre du Paxlovid pourrait être étendue à d’autres personnes atteintes de la COVID-19 qui ont un haut risque de connaître des complications et qui sont « non adéquatement protégées ».

« Les immunosupprimés sont considérés comme à très haut risque, et ensuite on pourra ajouter des patients qui ont des risques aussi importants, mais qui le sont un peu moins en termes de fonction immunitaire ou de capacité du système à combattre l’infection », a dit Sylvie Bouchard. Les personnes âgées, celles avec des maladies chroniques, comme le diabète ou l’obésité, ainsi que les personnes vulnérables seront ajoutées à la liste.

Présent lors de la séance d’information technique sur le Paxlovid, le président du Collège des médecins, Mauril Gaudreault, a donné à son tour l’orientation de l’ordre professionnel des médecins québécois. « Soyons clairs, qu’un patient soit vacciné ou non, volontairement ou pas, lorsque sa vie est menacée, le médecin, de même que tous les autres professionnels de l’équipe, a le devoir déontologique de lui offrir le meilleur traitement possible, a-t-il dit. C’est de ça qu’on parle. Il y a un médicament disponible, trouvons les patients qui peuvent le plus en bénéficier pour les traiter avec la quantité que nous avons. »

Moins de soignants absents

Quelque 12 000 travailleurs de la santé sont actuellement absents en raison de la COVID-19 dans le réseau public québécois, a annoncé le ministre Christian Dubé lors d’un point de presse mardi. Ce nombre atteignait 20 000 le 7 janvier. « Oui, ça a baissé, mais il y a encore un manque important de travailleurs », a affirmé le ministre, qui a rappelé qu’au pic de la première vague, 12 000 employés étaient absents.

Pour ramener des soignants au boulot, la période d’isolement des travailleurs de la santé atteints de la COVID-19 et asymptomatiques pourrait être de nouveau raccourcie. Celle-ci est passée de dix à sept jours il y a trois semaines.

« On a dit aux syndicats qu’il était possible, dans les prochains jours, de passer de sept à cinq jours, a précisé le ministre Christian Dubé. Ça fait partie de notre coffre à outils. » Le ministère de la Santé et des Services sociaux a aussi diffusé une nouvelle directive concernant les tests PCR. Les familles des travailleurs de la santé ayant été en contact domiciliaire limité ou en continu avec un cas de COVID-19 ont désormais accès à ces tests.

« J’ai l’impression que ça va nous aider à avoir une gestion plus saine des absences liées aux contacts avec les cas potentiels de COVID-19 », a dit la Dre Chantal Guimont, directrice médicale au GMF MAclinique Lebourgneuf, à Québec. Les proches ayant été en contact avec une personne infectée (à l’école, par exemple) sauront plus rapidement s’ils sont atteints de la COVID-19.

Marie-Eve Cousineau

 



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