Le nombre d’exemptions vaccinales «limité» au Québec, selon des experts

Le ministère de la Santé prévoit deux contre-indications justifiant une exemption médicale à la vaccination: une allergie grave confirmée à tous les vaccins contre la COVID-19 disponibles au Québec, et des antécédents de myocardite ou de péricardite reliés à l’administration d’un vaccin à ARN messager.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le ministère de la Santé prévoit deux contre-indications justifiant une exemption médicale à la vaccination: une allergie grave confirmée à tous les vaccins contre la COVID-19 disponibles au Québec, et des antécédents de myocardite ou de péricardite reliés à l’administration d’un vaccin à ARN messager.

Le Québec recense un peu plus de 1600 exemptions médicales à la vaccination contre la COVID-19. Un chiffre jugé « très petit » par les experts, qui semble indiquer que les certificats d’exemption n’ont pas été octroyés trop librement. Ce qui contraste avec la situation en Ontario, où les autorités ont dû intervenir pour freiner l’accord, trop laxiste, d’exemptions médicales.

Le ministère québécois de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a indiqué au Devoir qu’en date du 16 décembre, un total de « 1641 personnes [avaient] une exemption inscrite au Registre de la vaccination du Québec » qui permettait « l’obtention du passeport vaccinal contre la COVID-19 ».

De ce nombre, certaines personnes pourraient avoir néanmoins reçu une ou plusieurs doses de vaccin, précise la porte-parole du MSSS, Marie-Louise Harvey. Certaines exemptions peuvent en outre être temporaires, si l’individu visé était en attente d’une évaluation médicale par un professionnel de la santé.

Le passeport vaccinal est exigé pour les 13 ans et plus. Le Québec compte 7,3 millions de personnes âgées de 15 ans et plus, selon les projections de l’Institut de la statistique du Québec. Les données de l’organisme sont rassemblées par tranche d’âge et n’offrent pas de ventilation du nombre de jeunes de 13 et 14 ans.

D’après le Dr Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) et membre du Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ), « 1600 sur plus de 7 millions de personnes, cela reste un chiffre qui est tout à fait limité ». « Et cela démontre que les exemptions ont vraisemblablement été données de façon bien ciblée. »

Le ministère de la Santé prévoit deux contre-indications justifiant une exemption médicale à la vaccination : une allergie grave confirmée à tous les vaccins contre la COVID-19 disponibles au Québec, et des antécédents de myocardite ou de péricardite reliés à l’administration d’un vaccin à ARN messager. Les médecins peuvent également accorder une exemption dans de rares cas de « trouble important du comportement faisant en sorte qu’il n’est pas possible de faire une injection même après avoir essayé dans un environnement rassurant », explique la Dre Caroline Quach-Thanh, qui a elle-même été consultée par des patients demandant une exemption médicale.

La microbiologiste-infectiologue au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine affirme en avoir accordé « quatre ou cinq ». « Je pense que la plupart des médecins qui en ont donné ont été très respectueux des vrais risques versus les bénéfices », affirme la Dre Quach-Thanh, qui est elle aussi membre du CIQ. « Je ne crois pas qu’il y ait eu de certificats de complaisance. »

La Presse rapportait il y a deux semaines que le tiers des Québécois ayant réclamé une exemption médicale l’avaient obtenue.

Enquêtes en Ontario

Dans la province voisine, l’octroi d’exemptions médicales a posé problème cet automne.

Le Collège des médecins et chirurgiens de l’Ontario avait pris la peine de rappeler à ses membres, en septembre, qu’une liste restreinte de contre-indications justifiaient une exemption médicale à la vaccination contre la COVID-19. Le Collège s’est depuis tourné vers les tribunaux, a confirmé son porte-parole Shae Greenfield au Devoir, afin de forcer quatre de ses membres à collaborer à une enquête portant sur leur octroi d’exemptions médicales. Trois autres font également l’objet d’enquêtes, notamment parce qu’ils auraient accordé des exemptions médicales injustifiées à la vaccination ou au port du masque. Parmi ces sept médecins, deux se sont vu temporairement retirer leur permis d’exercice, tandis que quatre autres ont vu leur permis resserré.

« Nous avons constaté que certains médecins donnaient une exemption à quiconque le leur demandait », indiquait un haut placé du gouvernement de Doug Ford au Toronto Star, mi-décembre.

Le Collège des médecins du Québec n’a pas observé les mêmes écarts. « Le Collège n’a pas été informé qu’il y aurait actuellement un problème au Québec concernant la délivrance d’exemptions médicales », a indiqué sa porte-parole, Leslie Labranche. Il n’y a pas eu non plus de dépôt de plainte disciplinaire à ce sujet, a-t-elle ajouté.

Au Québec, pour qu’une exemption soit reconnue et inscrite au passeport vaccinal, la Santé publique doit l’approuver ainsi que le formulaire officiel rempli à cet effet par le médecin.

L’Ontario a resserré ses règles en ce sens, début janvier, et exige maintenant lui aussi que les exemptions médicales soient inscrites sur le passeport vaccinal et donc approuvées par la Santé publique. Auparavant, la population pouvait simplement présenter un papier du médecin.

Le ministère ontarien de la Santé a refusé de divulguer le nombre d’exemptions médicales recensées dans la province, malgré les demandes répétées du Devoir.

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