Montée des réticences face à la troisième dose

La dose de rappel de Pfizer est réservée aux personnes de moins de 30 ans en raison de problèmes cardiaques plus fréquents dans cette tranche d’âge lors de l’administration de la deuxième dose de Moderna.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La dose de rappel de Pfizer est réservée aux personnes de moins de 30 ans en raison de problèmes cardiaques plus fréquents dans cette tranche d’âge lors de l’administration de la deuxième dose de Moderna.

Après avoir essuyé des critiques sur la vitesse de déploiement des troisièmes doses, Québec appuie sur l’accélérateur. Non seulement les doses de rappel sont offertes à tous les adultes dès vendredi, mais les personnes rétablies de la COVID-19 peuvent désormais obtenir leur vaccin « dès que leur maladie sera résolue », malgré un avis contraire de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ).

Officiellement, cette décision d’offrir plus rapidement une troisième dose aux personnes guéries de la COVID-19 s’appuie sur « une recommandation de la Santé publique ». Cependant, elle contredit un avis scientifique de l’INSPQ publié tout juste avant les Fêtes. « Une dose de rappel chez une personne ayant déjà reçu deux doses de vaccin et ayant fait une infection confirmée est peu utile. […] Un intervalle de trois mois entre la dernière dose ou l’infection et la dose de rappel serait idéal, avec un intervalle minimal de huit semaines », indiquait-on.

« Ce délai après infection me semble un peu court, soutient le spécialiste en virologie Benoit Barbeau. Mais, comme nous ne sommes pas à court de doses, mieux vaut plus que pas assez. »

Les bénéfices de cette troisième dose après une infection paraissent donc plutôt faibles. En revanche, les risques semblent tout autant limités. « Il y a peut-être quelques effets secondaires plus fréquents, mais pas suffisamment sérieux à ma connaissance », note M. Barbeau.

« Je ne crois pas qu’il y ait de risques importants à recevoir une dose de vaccin peu de temps après avoir fait la COVID-19, confirme le directeur du Département de microbiologie-infectiologie et d’immunologie de l’Université Laval, Louis Flamand. […] Le fait de vacciner tout juste après une COVID-19 permettra quand même d’augmenter la quantité d’anticorps à un niveau supérieur, et ce, même si ce n’est pas la situation optimale d’un point de vue immunologique. La situation avec Omicron est telle qu’il est préférable d’avoir un maximum d’anticorps rapidement, à un moment où le virus est très présent dans la population et se propage à grande vitesse. »

Cette mesure semble indiquer que le gouvernement souhaite uniformiser le passeport sanitaire à trois doses le plus rapidement possible. « Lorsque toute la population aura eu l’occasion de recevoir sa dose de rappel, le statut “adéquatement protégé” pour le passeport vaccinal passera à trois doses », mentionne le communiqué du gouvernement dans la section « Faits saillants ».

Un intervalle de trois mois entre la deuxième dose et la dose de rappel doit toutefois être respecté, mentionne Québec.

 

Pfizer pour les jeunes

Dans les cliniques de vaccination, un air de déjà-vu flotte autour de ces troisièmes doses. Certains patients se présentent à leur rendez-vous, mais devant une seringue remplie du vaccin de Moderna, ils refusent la piqûre et rebroussent chemin, craignant de « mélanger » leurs deux premières doses du vaccin de Pfizer avec celle d’un autre fabricant.

Ces refus demeurent « marginaux », assurent les responsables de la vaccination de plusieurs CIUSSS, bien que ces réticences demandent des explications qui ralentissent le processus.

N’empêche que ces deux vaccins « interchangeables », comme le dit le gouvernement, ne sont pas tout à fait identiques. La dose de rappel de Pfizer n’est offerte qu’aux moins de 30 ans, tandis que celle de Moderna est donnée en priorité aux aînés.

C’est que des problèmes cardiaques « surviennent plus fréquemment chez les hommes de 18 à 29 ans après l’administration de la deuxième dose » de Moderna, indique un avis de la Santé publique. Des épisodes de myocardite ou de péricardite touchent 33,2 individus par tranche de 100 000 personnes pour le vaccin de Moderna, contre un ratio de 14,2/100 000 pour celui de Pfizer, selon des données québécoises.

Quelques études préliminaires portent à croire qu’une interaction entre les vaccins et la testostérone expliquerait cette différence, note Alain Lamarre, chercheur en immunologie et en virologie à l’Institut national de la recherche scientifique. « Le Moderna donne un peu plus d’effets secondaires, c’est connu depuis le début. Ce sont des effets secondaires qui sont réversibles et qui se traitent », ajoute-t-il.

Outre ces conséquences déplaisantes plus intenses après l’injection du produit de Moderna, les niveaux d’efficacité des deux produits restent très semblables. « Par contre, ce sont des données qui datent d’autres vagues, d’avant Omicron. Est-ce que c’est la même chose pour Omicron ? À ma connaissance, il n’y a pas de données pour Omicron. »

« Je m’attends à avoir les trois, raconte M. Lamarre. J’ai eu AstraZeneca en premier, Pfizer en deuxième, et probablement Moderna en troisième. La trilogie des vaccins ! Et ça, ça ne m’inquiète pas du tout. Même qu’il y a un avantage théorique à avoir des mélanges. Ça stimule différentes voies, différentes cellules. »

Le Québec dispose présentement de 2,5 millions de doses du vaccin de Moderna et de 700 000 doses du vaccin de Pfizer. Près de 100 000 troisièmes doses ont été injectées dans la province hier.

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