Des records d’hospitalisations pulvérisés partout en région

Le Québec a aussi battu le 7 janvier dernier le record du nombre total de patients admis aux soins intensifs depuis le début de la pandémie, avec 257 patients requérant des soins critiques.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le Québec a aussi battu le 7 janvier dernier le record du nombre total de patients admis aux soins intensifs depuis le début de la pandémie, avec 257 patients requérant des soins critiques.

Hors de la métropole, le nombre d’hospitalisations et d’admissions aux soins intensifs caracole à des niveaux jamais atteints depuis le début de la pandémie. C’est le cas dans presque toutes les régions du Québec, ce qui place le personnel soignant sur la corde raide. Au contraire des vagues précédentes, où Montréal concentrait la majorité des admissions, on ne dénombre actuellement dans la métropole que le tiers des hospitalisations totales.

« On a tous battu nos records. Et malheureusement, ce sont des records peu enviables. Les patients sont beaucoup plus nombreux dans les étages, et nous manquons de personnel. Heureusement, comme beaucoup de gens sont vaccinés, moins de patients aboutissent aux soins intensifs », explique le Dr Mathieu Simon, pneumologue et chef des soins intensifs à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec – Université Laval, dans la région de la Capitale-Nationale, qui compte 174 patients hospitalisés, dépassant le seuil de 145 patients affiché lors de la difficile troisième vague, vécue au printemps 2021.

Le Québec a aussi battu le 7 janvier dernier le record du nombre total de patients admis aux soins intensifs depuis le début de la pandémie, avec 257 patients requérant des soins critiques, dépassant le sommet de 231 patients admis le 14 janvier 2021, atteint au plus fort de la deuxième vague.

Ces chiffres en disent long sur la puissance et l’étendue géographique de la vague actuelle, malgré le fait que le variant Omicron semble jusqu’à maintenant entraîner moins de symptômes sévères, notamment grâce à la vaccination d’une grande partie de la population, affirme le Dr Simon. « Une personne sur dix se retrouve aux soins intensifs, plutôt qu’une sur trois avec Delta, c’est ce qui nous sauve », dit-il.

Malgré tout, des records d’hospitalisations sont fracassés dans la plupart des régions, notamment dans certaines d'entre elles avec des taux de vaccination plus faibles. C’est le cas dans Chaudière-Appalaches (77 % de couverture vaccinale), où 114 patients étaient hospitalisés le 9 janvier, soit le double du sommet atteint lors de la première vague (56), ainsi qu’en Mauricie–Centre-du-Québec (77 %), avec 163 patients admis, contre 84 au plus fort de 2020.

« Ils font face à une marée sévère de cas. On a dû aider ces régions avec des transferts, elles ont été débordées par la cinquième vague », ajoute le Dr Simon.

Non-vaccinés surreprésentés

D’autres régions écopent aussi, notamment la Montérégie qui, avec 460 hospitalisations en cours, en dénombre deux fois plus qu’en janvier 2021 (240).

Les records sont aussi pulvérisés dans les Laurentides, qui comptent près de trois fois plus de patients hospitalisés que lors du sommet affiché en janvier 2021 (72), avec 197 admissions dans ses hôpitaux. La région de Lanaudière bat aussi son propre record avec 124 patients hospitalisés le 9 janvier, deux fois plus qu’en janvier 2021 (67).

« Les gens non vaccinés sont surreprésentés dans ce tableau, surtout aux soins intensifs. On approche le manque de ressources. Nous avons beaucoup moins de ressort et de personnel que lors de la première vague. On ne peut plus s’entraider entre régions, car maintenant tout le monde est touché », affirme le Dr Hoang Duong, intensiviste au centre hospitalier Pierre-Le Gardeur, dans Lanaudière, et chef de l’Association des spécialistes en médecine interne du Québec.

Dans cet hôpital, le Dr Duong est aux premières loges pour observer la rapidité avec laquelle la cinquième vague déferle sur le réseau. « On avait 15 patients COVID il y a dix jours, nous en avons 68 ce matin. On peine à redistribuer le personnel vers les zones COVID. On voit les infirmières épuisées qui enchaînent jusqu’à 16 heures d’affilée. Des chirurgiens ont dû venir prêter main-forte et effectuer des tâches d’infirmières aux soins intensifs et à l’urgence », dit-il.

« Des patients nous ont été transférés de Lanaudière et des Laurentides, et même parfois de plus loin, confirme le Dr Joseph Dahine, chef des soins intensifs à la Cité-de-la-Santé de Laval. Bien que des lits soient en théorie “disponibles”, nous n’avons parfois pas le personnel nécessaire pour utiliser ces lits », explique-t-il.

Les régions de Montréal et de Laval se distinguent, avec moins de patients admis que lors des première et deuxième vagues. Mais avec 914 hospitalisations, Montréal s’approche tout de même lentement du record de 1234 patients établi le 12 mai 2020. Avec 90 patients hospitalisés, Laval n’a pas non plus dépassé le sommet de 142 vécu lors de la première vague.

Mais plusieurs petits et moyens hôpitaux ont déjà largement dépassé les seuils atteints précédemment, notamment l’hôpital Notre-Dame (59 patients), l’hôpital de St. Mary (64), l’hôpital de Verdun (41), l’hôpital Jean-Talon (28) et l’hôpital Fleury (27). Le CHUM, le CUSM, et les hôpitaux Sacré-Cœur et Maisonneuve-Rosemont n’ont pas atteint les sommets observés lors de la première vague.

Patients pénalisés

Selon le Dr Joseph Dahine, la situation dans la métropole pourrait s’expliquer en partie par les forts taux d’infection vécus lors des vagues précédentes. « Ceux qui ont déjà été infectés ne sont pas frappés cette fois-ci. On a peut-être un peu plus d’immunité que d’autres régions. Mais pour [que le réseau] survive, on pénalise quand même des patients avec des maladies urgentes à traiter », déplore-t-il.

Même si les protocoles de priorisation d’accès aux soins intensifs sont fin prêts à être utilisés en cas de saturation du réseau, on n’en est pas là, affirment les médecins consultés. « On a 800 lits de soins intensifs disponibles, mais ils ne peuvent pas être tous mobilisés à cause des absences. Le tiers est occupé par des patients COVID. On peut encore traiter les cas urgents, à cause du délestage. Ceux qui revendiquent encore leurs libertés individuelles au détriment des autres patients doivent se faire vacciner, c’est la seule solution. On espère que les mesures plus sévères seront prises pour ne pas avoir à choisir entre deux patients », insiste le Dr Simon.

Hors de Montréal, les régions du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de la Côte-Nord et de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine n’ont, elles aussi, toujours pas dépassé les records d’hospitalisations atteints lors des vagues précédentes.



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