Une application personnalisée pour suivre vos résolutions de santé

«En combattant l’ambivalence des gens, on peut vraiment les aider à rester engagés dans de bonnes habitudes de vie», estime le professeur Simon Bacon.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «En combattant l’ambivalence des gens, on peut vraiment les aider à rester engagés dans de bonnes habitudes de vie», estime le professeur Simon Bacon.

Une application qui utilise l’intelligence artificielle pour encourager les utilisateurs à maintenir de saines habitudes de vie : c’est ce qu’est en train de développer une équipe de chercheurs de l’Université Concordia et de l’École de technologie supérieure.

« Imaginez quelqu’un qui suit un programme de remise en forme par l’activité physique, illustre Simon Bacon, professeur à l’Université Concordia et cotitulaire de la Chaire en intelligence artificielle et en santé numérique pour le changement de comportement en santé. Chaque semaine, cette personne doit faire quelques changements supplémentaires, atteindre des buts qu’elle s’est fixés. À la huitième semaine, elle a eu une semaine très difficile au travail, qui a perturbé son horaire et ses plans. »

En arrivant à la maison, l’application qu’elle utilise pour faire le suivi de ses progrès lui demande des nouvelles. Elle répond alors, par vidéo, « ça va, ça va ». En analysant ses mots, son ton défaitiste et même son haussement d’épaules, l’application comprend que l’utilisatrice a une baisse de motivation. Elle lui répond alors : « Parfois, les changements d’habitudes peuvent être difficiles, et des obstacles peuvent entraver votre chemin. »

« Une simple manifestation de compréhension, ça peut avoir un effet très positif », affirme M. Bacon.

Selon lui, la majorité des gens souhaitent bouger davantage et manger plus santé, mais sont susceptibles de reculer devant les problèmes comme le manque de temps ou la distance entre leur domicile et leur centre sportif préféré.

 

M. Bacon définit cette hésitation comme étant de l’ambivalence, un état crucial qui peut faire dérailler le processus. « En combattant l’ambivalence des gens, on peut vraiment les aider à rester engagés dans de bonnes habitudes de vie », ajoute-t-il.

Pallier les lacunes du système

 

Le système de santé offre du soutien aux personnes ayant développé des maladies chroniques importantes liées à leurs habitudes de vie. Mais pour la majorité des gens, il n’y a que très peu de services disponibles.

« Dans le système de santé, on peut vous proposer des solutions, mais on ne vous accompagne pas dans le processus. Pourtant, beaucoup de gens bénéficieraient de quelques petits changements pour être en meilleure santé », estime le chercheur.

C’est là qu’entre en jeu l’application de M. Bacon et de son équipe, constituée d’une douzaine de chercheurs et d’étudiants. Sa version actuelle, en anglais et en français, permet de choisir des objectifs hebdomadaires et d’enregistrer ses progrès. Il y a aussi des rencontres virtuelles avec de vrais professionnels tout au long du parcours. Ces derniers peuvent détecter les hésitations des participants et conseiller, en conséquence, des changements au plan de match. Toutefois, étant donné la faible disponibilité des ressources professionnelles, cette solution ne peut pas être accessible à grande échelle.

L’équipe de M. Bacon s’attelle donc à remplacer ces intervenants par de l’intelligence artificielle. Pour ce faire, la première étape est de détecter l’ambivalence chez l’utilisateur.

Des chercheurs en santé comportementale analysent des heures de vidéos de dizaines d’utilisateurs volontaires, en les annotant lorsqu’ils remarquent des indices d’ambivalence, comme des expressions faciales, des gestes et des intonations qui contrastent avec leurs propos. Des informaticiens et ingénieurs informatiques utilisent ensuite ces données pour développer un algorithme pouvant détecter l’ambivalence d’une multitude d’individus dans une variété de situations. Cela permettra de générer une intervention adaptée à leurs réponses.

Durant la prochaine année, les enregistrements de 200 à 300 utilisateurs serviront à raffiner la nouvelle version de l’application. Cette dernière devrait être disponible en 2023, sous un nom encore inconnu. Elle pourrait être utilisée dans les systèmes de santé, mais aussi individuellement par un large public, estime M. Bacon.

Pour tous ceux qui n’ont pas encore réussi à aller faire du sport plus de deux semaines d’affilée après le mois de janvier, il y a encore de l’espoir. En attendant, l’expert recommande la stratégie des petits pas : effectuer des changements modestes et graduels, mais réalistes.

Ce contenu est réalisé en collaboration avec l’Université Concordia.

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