Pluie d’éclosions de COVID-19 dans les communautés autochtones

Mashteuiatsh, la communauté autochtone voisine de Roberval, avait été surprise par une vague de COVID-19 en mars 2021. Encore cette année, elle n’y a pas échappé.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Mashteuiatsh, la communauté autochtone voisine de Roberval, avait été surprise par une vague de COVID-19 en mars 2021. Encore cette année, elle n’y a pas échappé.

Relativement épargnées durant les premières vagues de la pandémie, de nombreuses communautés autochtones font face à des éclosions depuis décembre. Alors que le nombre de cas continue de grimper, l’heure est au resserrement des mesures.

Le problème touche tout le Canada. En deux semaines, le nombre de personnes atteintes dans les communautés a plus que triplé, passant de 986 à 3404, selon le dernier bilan de Services aux Autochtones Canada (SAC).

« Je suis très inquiet », confiait jeudi au Devoir le Dr Stanley Vollant, qui conseille notamment les communautés innues dans leur réponse à la COVID-19. « Les communautés sont frappées de façon très importante. Une chance que le taux de vaccination est élevé et que la maladie donne moins de complications, mais on joue quand même avec le feu. »

Malheureusement, encore bien des familles autochtones vivent dans des maisons surpeuplées et mal ventilées, rappelle-t-il.

 
3404
C’est le nombre de personnes atteintes de la COVID-19 dans les communautés autochtones à travers le Canada, trois fois plus qu’il y a deux semaines.

Chez les Innus, les communautés de Uashat et Pessamit, sur la Côte-Nord, ont été particulièrement frappées cette fois. Mercredi, on recensait 115 cas actifs et 16 nouveaux cas à Uashat sur une population de 4600 personnes. Pendant ce temps, Pessamit a comptabilisé 69 cas depuis le 22 décembre, dont 5 nouveaux mercredi.

Une situation précaire à laquelle les précédentes vagues ont au moins permis aux collectivités de se préparer, selon un intervenant de la nation innue joint par Le Devoir. « Ça fait plusieurs fois que les communautés sont rodées à mettre en place un filet de protection avec le système de gestion des entrées, les cliniques de dépistage et les cliniques de vaccination. On est dans un système essoufflé, mais qui fonctionne. »

« La clé », souligne le Dr Vollant, c’est de « rester en dedans, se faire vacciner, faire attention et de protéger nos aînés ».

Les Innus du Lac-Saint-Jean n’ont pas non plus été épargnés. À Mashteuiatsh, on continue de se battre contre l’éclosion qui a forcé la fermeture de l’école et du service de garde à la mi-décembre. Jeudi, le Conseil de bande rapportait 27 nouveaux cas en trois jours. Au pire de la seconde vague l’an dernier, il en avait recensé 11 la même journée dans la communauté de 2200 personnes.

Là comme ailleurs, on table sur la vaccination pour freiner Omicron. Dès lundi, le centre communautaire de Mashteuiatsh accueillera une clinique mobile pour distribuer la troisième dose (ou les autres si nécessaire) à tous ceux qui souhaitent se faire vacciner.

On est dans un système essoufflé, mais qui fonctionne

Frappée pour la première fois

Mashteuiatsh était l’une des rares communautés autochtones à avoir dû fermer son école l’an dernier, en même temps que sa voisine Roberval.

D’autres affrontent aujourd’hui le virus pour la première fois. C’est le cas de la petite communauté anichinabée Long Point First Nation de Winneway, en Abitibi. Le 3 janvier, on confirmait que 14 personnes étaient atteintes, l’équivalent de 4 % de la population de 317 habitants.

Les 14 cas proviennent de « 13 ménages différents qui représentent environ 10 % de toutes les maisons de la communauté », soulignait le conseil local, en anglais, dans un communiqué.

À Wemotaci, en Mauricie, le Conseil des Atikamekw annonçait jeudi que sa communauté serait désormais « fermée pour toutes les visites considérées comme non essentielles ». À l’instar du gouvernement du Québec, elle a en outre imposé un couvre-feu entre 22 h et 5 h du matin.

Depuis lundi, on a dénombré pas moins de 24 nouveaux cas et 66 cas actifs, une donnée inquiétante pour Wemotaci, qui n’en avait recensé que 126 depuis le début de la pandémie.

Chez les Cris du Québec, la COVID-19 cause aussi des remous inédits. En début de semaine, l’organisme Cree Health recensait 493 cas actifs dans les communautés. « La pandémie de COVID-19 continue de représenter une menace pour la population d’Eeyou Istchee », prévenait l’organisme sur son site Web.

Cas plus nombreux dans le ROC

Pour le Dr Vollant, il n’y a pas de doute : ces nombreuses éclosions sont l’œuvre du variant Omicron. Pour l’heure, le SAC a seulement associé 620 des cas chez les Autochtones à ce variant, mais il a été détecté dans pas moins de 36 communautés différentes.

Questionné mercredi sur la situation, le premier ministre Justin Trudeau a réitéré que les communautés autochtones étaient particulièrement « vulnérables » au virus.

Le gouvernement dit s’assurer qu’elles sont « soutenues de façon appropriée », a de son côté déclaré le ministre de la Santé, Jean-Yves Duclos. « Nos efforts ont été couronnés de succès lors des premières vagues. Nous avons veillé à ce qu’il y ait des campagnes de vaccination hâtives. »

Au Canada, c’est en Alberta qu’on recense le plus grand nombre de cas chez les Autochtones depuis le début de la pandémie (14 780), suivie de la Saskatchewan (13 882) et du Manitoba (12 661). Le Québec se classe à ce titre au sixième rang derrière l’Ontario avec 2666 cas, selon les données de SAC.

Depuis le début de la pandémie, 567 Autochtones sont décédés de la maladie au Canada.

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