Des sites ontariens pour rapporter les résultats aux tests rapides, à défaut d’une réponse gouvernementale

Trois groupes d’Ontariens ont créé de toutes pièces dans la dernière semaine des portails pour permettre aux résidents de la province de déclarer leur résultat à un test de dépistage rapide.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Trois groupes d’Ontariens ont créé de toutes pièces dans la dernière semaine des portails pour permettre aux résidents de la province de déclarer leur résultat à un test de dépistage rapide.

Trois groupes d’Ontariens ont créé de toutes pièces dans la dernière semaine des portails pour permettre aux résidents de la province de déclarer leur résultat à un test de dépistage rapide, mais des experts en santé publique doutent de l’efficacité de ces nouvelles sources d’information.

C’est en apprenant le 30 décembre que l’Ontario mettrait fin au dépistage PCR de la COVID-19 pour toute la population que l’étudiant de l’Université Western Elliot Hegel a conçu, avec un ami programmeur, le site Rapid Report. « Nous voulions prouver que si deux étudiants pouvaient créer un site en une journée, le gouvernement pourrait le faire lui aussi et mieux », dit l’étudiant.

Seule la Colombie-Britannique, au Canada, permet pour l’instant à ses résidents de rapporter les résultats d’un test rapide sur une plateforme en ligne. Selon trois concepteurs de portails interrogés par Le Devoir, leurs tableaux de bord permettront de mieux comprendre le risque de contracter la COVID dans la province. « Sans les résultats des tests rapides, c’est difficile pour un parent de déterminer s’il devrait renvoyer son enfant à l’école le 17 janvier », affirme Billy Lo, qui a lancé le site ReportMyTest.ca avec des collègues le 5 janvier.

Résultats régionalisés

 

Selon l’épidémiologiste torontoise Dre Ananya Tina Banerjee, le caractère numérique de ces portails pourrait toutefois faire en sorte que des résidents de quartier marginalisés n’entrent pas leurs résultats, que ce soit puisqu’ils ne parlent pas anglais ou français, ou puisqu’ils n’ont pas accès à un ordinateur. « Il y a aura peut-être des quartiers avec de nombreux cas, mais le portail montrera qu’il y en a peu », explique-t-elle, ce qui pourrait créer un faux sentiment de sécurité.

Les premières données du portail RAT Tracker, produit le 1er janvier par le site web The Local, donnent raison à l’épidémiologiste. La majorité des quelque 2 500 résultats sur le portail ont jusqu’à présent été rapportés par des résidents des quartiers centraux et mieux nantis de la ville, comme East York, alors qu’une poignée de personnes dans le quartier Scarborough — où se trouvent plusieurs communautés marginalisées — l’ont fait.

« Nous tentons de rejoindre ces personnes sur les réseaux sociaux, en faisant des entrevues et par le bouche-à-oreille », a décrit Craig Madho, l’un des concepteurs du RAT Tracker. La page a été créée spécifiquement pour les parents d’élèves des écoles publiques de la ville de Toronto. Depuis le 31 décembre, le gouvernement ontarien ne rapporte plus les cas de COVID-19 dans les écoles.

Elliot Hegel assure lui aussi être conscient des risques associés à l’entrée volontaire des informations par la population. « On n’a pas beaucoup de cas rapportés par des gens à Kingston, alors qu’on sait qu’il y a une transmission élevée. Et c’est simplement, je présume, parce que nous n’avons pas joint des gens là-bas », dit-il. « Des personnes pourraient tirer des conclusions à propos des régions qui sont sécuritaires et celles qui ne le sont pas », concède l’étudiant.

Surreprésentation positive

 

Près de 29 % des tests de dépistage effectués par la province le 5 janvier ont été positifs d’après la dernière mise à jour de l’agence de santé publique ontarienne. Mais Elliot Hegel a constaté que le taux de positivité des résultats dans sa base de données est d’un peu plus de 40 %.

Il y a un biais de notification selon l’infectiologue Sumon Chakrabarti, de l’hôpital Trillium Health Partners, à Mississauga. « Une personne aura plus tendance à entrer son résultat s’il est positif que s’il est négatif », précise-t-il. Il serait donc difficile de tirer des conclusions à partir des données, ajoute l’infectiologue, qui salue néanmoins l’instinct innovateur de l’étudiant de l’Université Western. « C’est pourquoi avant de présenter les données, nous voulons les analyser avec des chercheurs », justifie Elliot Hegel.

Le Dr Sumon Chakrabarti estime toutefois qu’éventuellement, très peu de gens utiliseront ces tests rapides. Ces portails pourraient donc bientôt être moins utiles. « En ce moment, nous avons des politiques d’isolement liées à un test positif. Le but, c’est qu’à un moment en 2022, nous revenions au fonctionnement de 2018 : si vous êtes malade, vous restez à la maison et on n’a pas besoin de savoir de quel virus il s’agit », illustre-t-il.

Jeudi, le gouvernement ontarien a d’ailleurs freiné la distribution des tests rapides, limitant leur distribution aux milieux à haut risque, tels que les foyers de soins de longue durée, et pour le milieu scolaire. L’utilisation des tests avant des regroupements sociaux n’est plus recommandée non plus en raison des risques de faux négatifs. La province cessera finalement d’organiser des centres éphémères pour la distribution gratuite des trousses à la population générale le 14 janvier.

Ce reportage bénéficie du soutien de l'Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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